Le régime iranien tombera, mais Washington a arrêté la guerre trop tôt, dit un ex-agent du Mossad
Le plan pour renverser le pouvoir a avorté suite au cessez-le-feu américain, déplore « Aleph », qui rejette les critiques de la CIA qualifiant ce projet de « farce »
Le projet d’Israël et de son service de renseignement du Mossad pour renverser le régime iranien pourrait encore réussir, à condition qu’on lui en donne le temps, après avoir été interrompu par la décision des États-Unis, en avril dernier, de cesser les combats contre la République islamique, a déclaré samedi un ancien haut responsable du Mossad à la chaîne N12. Quoi qu’il en soit, a-t-il affirmé, le régime tombera tôt ou tard.
« Nous n’avons pas essayé jusqu’au bout — nous avons été stoppés sur notre lancée », a déclaré l’ex-cadre supérieur du Mossad, identifié sous le nom d’« Aleph », qui a pris sa retraite l’an dernier. « Il s’agit d’un projet en plusieurs étapes dessiné progressivement et qui est actuellement suspendu. Nous sommes entrés en guerre avec un partenaire, une puissance stratégique qui a fait cesser les combats à un moment donné, alors que les étapes du projet étaient en cours, à commencer par le recours à des partenaires kurdes, dans le but de remplacer le régime. »
Selon N12, Aleph a travaillé pour le Mossad pendant une trentaine d’années, gravissant tous les échelons jusqu’à ce qu’il fasse valoir ses droits à la retraite l’an dernier, une fois assuré qu’il ne serait pas pressenti pour le poste de directeur de l’agence.
En décembre dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a nommé son secrétaire militaire, Roman Gofman, à la tête du Mossad pour succéder à David Barnea. Gofman a pris ses fonctions mardi dernier, après des mois de contestations judiciaires et de polémiques.
Interrogé au sujet d’un article du New York Times affirmant que le directeur de la CIA, John Ratcliffe, et le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, ont qualifié le projet israélien de renversement du régime iranien de « farce » et de « foutaise », suite à sa présentation au président américain Donald Trump par Netanyahu et Barnea, Aleph a souligné que les responsables américains n’avaient pas ses 28 années d’expérience au sein du Mossad.
« C’est dommage qu’ils n’aient pas cette expérience, mais [le projet] n’était certainement pas une foutaise ni une farce », a-t-il assuré. « Au Mossad, l’imagination devient réalité. »
Aleph a fait part de son espoir que les prochaines étapes du projet opérationnel puissent voir le jour, à un moment ou un autre.
« Un projet comme celui-ci est un projet de long terme susceptible de prendre beaucoup de temps, et il faut persévérer à toutes les étapes », a-t-il noté.
Bien que le projet n’ait pas été mené à son terme, l’ex-responsable du Mossad semble convaincu que les conditions sont désormais là pour que le régime perde un jour le pouvoir.
« Qu’il tombe dans six mois ou dans trois ans, ça, je ne peux pas le prédire, mais il ne fait aucun doute que le régime tombera », a-t-il déclaré.
Lors de cette interview, Aleph a expliqué que, lors des douze jours de guerre contre la République islamique, en juin 2025, le Mossad avait opéré en Iran d’une manière qui aurait été impensable encore quelques années auparavant.
« Une unité militaire opérationnelle a opéré conformément à l’entraînement opérationnel de grande qualité qu’elle avait reçu, avec des armes, des appareils de vision nocturne et la capacité de guider des missiles, depuis le territoire-même de l’Iran », a-t-il souligné. « C’était une chose encore inconcevable il y a de cela six ans. C’est la grande révolution qui a eu lieu au Mossad [sous Barnea]. »
Selon Aleph, le Mossad a, ces dernières années, mis l’accent sur le recrutement, la formation et l’instauration de la confiance avec des agents issus de pays ennemis, s’appuyant sur eux pour mener des opérations qui, auparavant, n’auraient été confiées qu’à des agents israéliens.
Les agents d’un pays ennemi peuvent décider de travailler pour Israël pour plusieurs raisons, à commencer par l’argent ou la crainte de voir des secrets personnels, comme des liaisons extra-conjugales, révélés.
En Iran, nombre de ces agents sont motivés par leur opposition au régime.
« Nombre d’entre eux détestent le régime, détestent ce qui leur est imposé, détestent ce qui arrive à leurs filles et à leurs femmes », a déclaré Aleph. « Pour certains d’entre eux, il y a un désir de venger des proches. »
Aleph n’a pas nié que des Iraniens aient pu être conduits en Israël pour y être entraînés.
Interrogé sur l’état de santé du nouveau guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, le responsable a déclaré qu’il serait « très étonné qu’Israël ne sache pas exactement ce qu’il en est ».
Khamenei n’a été ni vu ni entendu en public depuis qu’il a été blessé lors des frappes qui ont tué son père et prédécesseur, Ali Khamenei, au tout premier jour de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février dernier.