Le Sénat US déconseille à Israël de laisser la Chine gérer le port de Haïfa
Rechercher

Le Sénat US déconseille à Israël de laisser la Chine gérer le port de Haïfa

Un texte exhorte Jérusalem à "considérer les risques sécuritaires des investissements étrangers" ; les USA soulignent constamment les menaces des sociétés chinoises

Vue générale du pont du porte-avions américain USS George H. W. Bush, amarré au large du port de Haïfa, le 3 juillet 2017. (AFP Photo/AFP Photo et Pool/Ronen Zvulun)
Vue générale du pont du porte-avions américain USS George H. W. Bush, amarré au large du port de Haïfa, le 3 juillet 2017. (AFP Photo/AFP Photo et Pool/Ronen Zvulun)

WASHINGTON (JTA) – Un important projet de loi de finances au Sénat comprend un avertissement voilé à Israël de ne pas permettre à Pékin de gérer un de ses ports et de reconsidérer les énormes investissements à venir de Chine en Israël.

Le National Defense Authorization Act en est aux dernières étapes de son adoption et devrait être approuvé par le Sénat dirigé par les Républicains.

Il comprend un « avis du Sénat » [« Sense of the Senate »] indiquant que « les États-Unis sont favorables à la présence future de navires de guerre américains dans le port de Haïfa en Israël, mais qu’ils ont de sérieuses préoccupations en matière de sécurité en ce qui concerne les accords de location du port de Haïfa au moment où cet acte est adopté ; et devrait exhorter le gouvernement d’Israël à examiner les conséquences sécuritaires des investissements étrangers en Israël. »

Haaretz, qui a signalé pour la première fois l’adoption du projet de loi massif lorsqu’il a été publié jeudi sur un site Web du Congrès, a déclaré que cela fait référence au Shanghai International Port Group, qui selon un accord avec Haïfa devrait exploiter son port pendant 25 ans, dès 2021.

La 6e flotte de la marine américaine fait souvent escale à Haïfa et constitue un important stimulant économique pour la ville. Les administrations successives et les responsables des deux bords politiques considèrent la Chine comme une menace pour la sécurité et se méfient de tout accord qui faciliterait son accès à la sécurité américaine.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et son épouse Sara s’entretiennent avec des soldats américains lors d’une visite sur le porte-avions américain USS George H. W. Bush, alors qu’il est amarré au large du port de Haïfa, le 3 juillet 2017. (AFP Photo/Pool/Ronen Zvulun)

Le projet de loi comprend de nombreux passages favorables à Israël, y compris le financement de sa technologie anti-tunnel pour les systèmes antimissiles. Définissant le passage sur Haïfa de « Sense of the Senate » signifie qu’il n’est pas contraignant – il s’agit davantage d’un avertissement qu’Israël pourrait subir des conséquences en cas de poursuite de cet accord.

Par le passé, Israël a subi les répercussions américaines de ses relations avec la Chine. L’administration de George W. Bush a suspendu le dialogue stratégique avec Israël pendant trois ans jusqu’à ce qu’Israël accepte de permettre aux États-Unis d’examiner les ventes militaires israéliennes à la Chine.

L’accord de Haïfa a provoqué des remontrances inhabituelles de la part de Mark Dubowitz, directeur de la Foundation for the Defense of Democracies, un think tank pro-Israël.

« Les responsables israéliens doivent se réveiller », a déclaré sur Twitter M. Dubowitz, qui a consulté les principaux législateurs et l’administration Trump sur la politique iranienne. « Tout cela est grave et les plus fervents partisans d’Israël perdent patience. »

En mars, le président américain Donald Trump aurait averti le Premier ministre Benjamin Netanyahu que si Israël ne mettait pas un frein à ses liens avec la Chine, ses relations sécuritaires avec les États-Unis pourraient en souffrir.

Des messages similaires auraient été relayés ces derniers mois par de hauts responsables de l’administration Trump, dont le conseiller à la sécurité nationale John Bolton et le secrétaire d’État Mike Pompeo.

M. Trump a émis cet avertissement lors de sa rencontre avec M. Netanyahu à Washington peu après avoir officiellement reconnu la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, a rapporté la Treizième chaîne, citant plusieurs hauts fonctionnaires israéliens qui ont été informés du contenu de la réunion.

Selon les responsables, Trump n’a pas fait de menace spécifique ou présenté un ultimatum, mais a demandé à savoir où en était l’affaire.

Le vice-président chinois Wang Qishan (à droite) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sommet israélien de l’Innovation, à Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Crédit : Ariel Schalit / POOL / AFP)

Ils ont déclaré que si Netanyahu n’aurait aucun problème à empêcher les entreprises chinoises de participer aux appels d’offres du gouvernement pour les télécommunications, il serait difficile d’annuler un appel d’offres pour la construction d’un port à Haïfa, car l’entreprise chinoise qui l’a remporté a déjà commencé les travaux de construction.

Selon le rapport, M. Netanyahu a déclaré à l’administration américaine ces derniers mois que le gouvernement allait approuver un nouveau mécanisme pour surveiller les investissements chinois en Israël. Toutefois, deux réunions du Cabinet sur la question n’ont donné lieu à aucune décision, en raison de désaccords au sein du Cabinet du Premier ministre et entre les ministères des Affaires étrangères et des Finances sur cette question.

Ces dernières années, la Chine et Israël ont intensifié leurs relations commerciales et entamé des pourparlers de libre-échange.

En octobre, M. Netanyahu et le vice-président chinois Wang Qishan ont co-organisé une conférence très médiatisée sur le commerce et l’innovation à Jérusalem. Netanyahu a annoncé à l’époque que les deux pays achèveraient un accord de libre-échange en 2019 et que la Chine prévoyait d’investir massivement dans les infrastructures israéliennes, y compris de nouveaux ports et un tramway.

Les entreprises chinoises ont fait des percées majeures en Israël, y compris la prise de contrôle du géant alimentaire local Tnuva en 2014, et des accords pour gérer les principaux ports de Haïfa et Ashdod.

Au cours de sa visite en Israël au début de l’année, le conseiller américain pour la sécurité nationale, M. Bolton, a encouragé les responsables israéliens à adopter une position plus ferme à l’égard des fabricants chinois d’électronique ZTE et Huawei.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) s’entretient avec le conseiller américain pour la sécurité nationale John Bolton, lors d’une conférence de presse après leur réunion à Jérusalem, le 6 janvier 2019. (Matty Stern/ambassade des États-Unis à Jérusalem)

« Nous sommes tous préoccupés par le vol de la propriété intellectuelle et des entreprises chinoises de télécommunications qui sont utilisées par la Chine à des fins de collecte de renseignements », a déclaré un haut fonctionnaire de l’administration qui a été informé des discussions, selon Reuters.

En janvier, le chef de l’agence de sécurité israélienne du Shin Bet aurait exprimé des préoccupations similaires quant à la participation de la Chine à l’infrastructure nationale du pays.

« L’influence chinoise en Israël est particulièrement dangereuse en termes d’infrastructures stratégiques et d’investissements dans les grandes entreprises », a déclaré M. Argaman lors d’un discours à huis clos à l’université de Tel Aviv.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...