Le Shas entre en campagne avec une video conçue pour attirer les militaires et la droite sioniste

Pour changer son image anti-conscription, le parti ultra-orthodoxe met en scène un militaire de retour dans sa famille et tente de rassurer les électeurs de la droite sioniste

Le leader spirituel de Shas, le Grand Rabbin Yitzhak Yosef, et le slogan « J'ai choisi le chemin de la foi », sur une affiche de campagne du parti, à l'entrée de Jérusalem, le 20 août 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Dans le but de retenir les électeurs modérés rebutés par ses positions fermes contre la conscription, le parti ultra-orthodoxe Shas est entré samedi soir en campagne avec une vidéo mettant en scène une famille attendant le retour de l’armée de leur fils pour le dîner de Shabbat.

Lorsque le jeune soldat arrive, impatient, il est chaleureusement accueilli par son père et son frère, étudiant à plein temps dans une yeshiva , alors qu’un message à l’écran explique que « plus de 30 000 conscrits et soldats de carrière ont voté pour le Shas aux dernières élections ».

« Un des fils étudie dans une yeshiva et l’autre fait son service militaire : chacun d’entre eux contribue à sa manière à la vie du peuple d’Israël », souligne le parti dans un communiqué.

« C’est l’histoire de la famille Shas : foi, tradition, unité et amour d’Israël », ajoute le parti. « Étudiants de la Torah et soldats de Tsahal, nous formons une seule et même famille. »

Ce message du Shas est en nette rupture avec ses décisions et prises de position de ces dernières années, notamment celles destinées à obtenir une exemption quasi-universelle du service militaire en faveur des hommes ultra-orthodoxes.

Le Shas, représentant traditionnel des juifs ultra-orthodoxes originaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, redouterait que ses électeurs sionistes, contrariés par la position dure du parti sur la question de la conscription, ne se tournent vers Otzma Yehudit, le parti d’extrême droite du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, ou encore le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, voire le parti d’opposition Yashar, de Gadi Eisenkot.

Jeudi dernier, lors d’une rencontre conçue pour apaiser leur différend avec le chef du parti Aryeh Deri, le leader spirituel du Shas et ex-grand rabbin, Yitzhak Yosef, a béni les soldats, ces « messagers du Saint, béni soit-Il », dans une vidéo diffusée par le porte-parole du parti.

Avant cela, des années durant, Yosef a eu des propos très durs envers la conscription, appelant par exemple les étudiants de yeshiva à jeter leur ordre d’incorporation aux toilettes et menaçant d’un exode massif des juifs haredim si le gouvernement interpelait des étudiants de yeshiva en raison de leur refus d’obtempérer.

Le président du Shas, Aryeh Deri, avec le rabbin Yitzhak Yosef, leader spirituel du Shas, sur scène lors du lancement officiel de la campagne électorale du parti à Holon, dans le centre d’Israël, le 21 août 2026. (Yaakov Cohen)

Il a également rendu les étudiants des yeshivot haredim qui n’étudient pas assez la Torah responsables de la mort de soldats israéliens à Gaza, traité d’hérétique un confrère rabbin, dont un fils est mort au combat, pour ses positions pro-conscription et qualifié l’accord de juin entre les États-Unis et l’Iran de punition divine face aux efforts de la procureure générale, Gali Baharav-Miara, pour sanctionner les réfractaires au service militaire.

Récemment, le Shas a reculé dans les sondages, semble-t-il en raison de la longue crise politique autour de la conscription des hommes ultra-orthodoxes. Il se pourrait que le Shas soit le parti le plus affecté par ses positions fermes contre le service militaire.

Le parti ashkénaze YaHadout HaTorah, en campagne aux côtés du Shas, n’a pas enregistré de décrochage de même ampleur.

Des juifs orthodoxes bloquent la circulation lors d’une manifestation contre l’arrestation d’un réfractaire au service militaire, sur la route 4 près de Bnei Brak, le 12 août 2026. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Face à ce recul dans les sondages, le Shas a semble-t-il décidé de tenter d’adoucir son image à l’échelle nationale en se donnant une apparence à la fois plus sioniste et favorable à la conscription et à l’armée dans son ensemble.

Il n’a cependant annoncé aucun changement au niveau de son programme, axé depuis plusieurs années sur l’adoption d’une loi d’exemption militaire et le maintien de l’indépendance culturelle et politique des Haredim par rapport au reste du pays.

Le gouvernement sortant n’est pas parvenu à faire adopter la loi consacrant les exemptions massives en faveur des Haredim. Deux lois adoptées en toute dernière minute, pour faire de l’étude de la Torah une Loi fondamentale et suspendre l’arrestation des réfractaires, ont été suspendues par la Cour suprême.

En ce moment, près de 72 000 hommes ultra-orthodoxes de 18 à 24 ans, considérés comme aptes au service militaire, n’effectuent pas leur service alors même que Tsahal fait état, depuis des mois, d’un besoin urgent de 12 000 recrues pour faire face aux multiples conflits en cours.

Les tentatives répétées de la coalition sortante pour légiférer sur l’exemption militaire des ultra-orthodoxes lui ont valu la vive opposition des réservistes, des conseillers juridiques de la Knesset et d’une grande partie de l’opinion publique.

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