Le Shin Bet aurait refusé d’enquêter sur un professeur soupçonné de préparer des attentats contre des Arabes

Accusé d’avoir planifié une milice pour tuer des centaines d’Arabes, le mathématicien a rencontré un podcasteur qui regrette de ne pas avoir alerté la police ; une lettre exposerait ses projets

Montage photo (de gauche à droite) : La lettre qui aurait été rédigée par un professeur de l’université Bar-Ilan et adressée à Moshe Feiglin, rendue publique le 5 octobre 2026 ; une vue de l’université Bar-Ilan. (Crédits : X/utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur ; Yossi Aloni/Flash90)

L’agence de sécurité intérieure du Shin Bet aurait refusé d’enquêter sur un professeur de mathématiques qui aurait comploté pour tuer des centaines d’Arabes israéliens avec l’aide d’une milice terroriste, alors même qu’il était devenu évident qu’il avait pris des mesures concrètes pour mener son plan à bien.

Les médias israéliens ont également rapporté que ce professeur de l’université Bar-Ilan avait rencontré plusieurs personnalités de premier plan de la droite dans l’espoir de faire avancer son complot.

Le suspect, dont le nom est sous embargo, a été mis en examen lundi pour préparation d’attentat terroriste, chantage et entrave à la justice. Il aurait passé trois ans à élaborer son plan, qui visait à assassiner entre 600 à 700 citoyens arabes et à en pousser des milliers d’autres à fuir vers la Jordanie, le Liban et Gaza, prétendument avec l’aide « d’éléments subversifs » au sein de l’armée.

Ce plan, qu’il a commencé à élaborer en février 2023 et détaillé dans un manifeste de 20 pages, appelait à des « massacres » et à la prise de contrôle des routes, des communautés arabes, des villes mixtes et des hôpitaux. Il prévoyait également l’aide « d’éléments subversifs » au sein de l’armée de l’air, du Corps d’Artillerie et du Corps Blindé Mécanisé de Tsahal, et avertissait que tout arrêt des opérations entraînerait « un chaos insupportable, puis un massacre des Juifs ».

Le document ordonnait également aux recrues de ne montrer aucune pitié envers les femmes ou les enfants et de « s’endurcir le cœur ».

Le Shin Bet comprend une division juive chargée d’enquêter sur de telles allégations d’extrémisme juif. Toutefois, selon un article publié lundi dans le journal Haaretz, l’agence de sécurité intérieure a refusé d’enquêter sur le professeur et a rapidement renvoyé l’affaire à la police. Le Shin Bet a refusé d’enquêter sur cet homme, même après qu’il est apparu clairement qu’il était titulaire d’un permis de port d’arme et qu’il s’était rendu dans la ville bédouine de Tuba-Zangariyye, dans le nord du pays, dans le cadre de ses préparatifs, indique Haaretz.

Le leader de la droite Moshe Feiglin assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, à Jérusalem, le 11 août 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En réponse, le Shin Bet a déclaré avoir arrêté le suspect et l’avoir interrogé, au cours de quoi « ses intentions ont été mises au jour », avant de le transférer à la police.

Un élément central du plan présumé du suspect consistait à rallier des dirigeants de droite à sa cause, et il s’est attaché à persuader l’homme politique Moshe Feiglin de le rejoindre. Feiglin affirme avoir refusé et ne pas avoir ouvert la lettre que le professeur lui avait envoyée.

Feiglin a refusé de coopérer et, après que le suspect a commencé à tenter de le faire chanter, Feiglin, son adjoint Yitzhak Haï Zaga et le directeur exécutif du Zehut, Shaï Malka, ont remis à la police des lettres de menaces qu’ils ont reçues du suspect le mois dernier, selon un document judiciaire.

Une copie de l’une de ces lettres, publiée par plusieurs médias israéliens, comprend cinq pages de texte densément rédigé, à interligne simple. Elle commence par ces mots : « Petites lettres, grande signification. »

Tamir Dortal s’exprimant lors d’un épisode de son podcast « On Meaning ». (Crédit : Capture d’écran YouTube tirée du podcast Al Hamashmaut)

Les médias israéliens ont également rapporté que le podcasteur de droite et avocat Tamir Dortal avait rencontré le professeur et s’était vu présenter son projet, mais qu’il n’avait pas alerté la police.

Dortal a déclaré à la presse que le professeur s’était présenté comme un universitaire à la retraite proposant ce qu’il considérait comme un projet théorique « absurde » et « effroyable ». Il a indiqué l’avoir rejeté, avoir demandé si le professeur possédait une arme, s’être entendu répondre que non, puis lui avoir ordonné de partir.

« Je regrette de ne pas avoir contacté la police à ce moment-là », a déclaré Dortal dans son communiqué, qualifiant cela « d’erreur de jugement ». Il a indiqué avoir pleinement coopéré avec les autorités après l’arrestation du professeur et a nié avoir soutenu ou aidé à faire avancer le complot présumé.

Le professeur aurait également tenté de rencontrer d’autres universitaires, d’anciens responsables de la sécurité, des journalistes et d’autres personnalités publiques afin de faire avancer son projet.

Noam Lehmann a contribué à cet article.

read more: