Le suspect du complot contre la procureure générale est un Britannique vivant à Jérusalem

Étudiant de yeshiva, Israël Ezagui est accusé d'avoir demandé l'autorisation rabbinique d'assassiner Gali Baharav-Miara

La procureure générale israélienne, Gali Baharav-Miara, assiste à une réunion de la commission de la Constitution, du droit et de la justice à la Knesset à Jérusalem, le 27 avril 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un homme accusé d’avoir demandé l’autorisation rabbinique d’assassiner la procureure générale, Gali Baharav-Miara, a été identifié : il s’agit d’un ressortissant britannique qui étudie dans une yeshiva de Jérusalem.

Le suspect, nommé Israel Ezagui, âgé de 36 ans, a été inculpé vendredi de menaces de mort à l’encontre de Baharav-Miara. L’embargo de publication de son identité a été levé dimanche et sa détention, prolongée sine die.

Ezagui est accusé d’avoir adressé, mercredi, une lettre à l’ancien grand rabbin Yitzhak Yosef pour lui demander l’autorisation de tuer la procureure générale, personnalité des plus impopulaires au sein de la droite et des ultra-orthodoxes d’Israël.

Une photo d’Ezagui tirée d’images de sécurité, publiée par le site d’information Walla, le montre dans ce qui semble être un costume traditionnel haredi. Selon certaines informations, il étudie dans une yeshiva liée à Yossef.

Il est soupçonné d’avoir demandé à Yossef d’émettre un « din rodef » contre Baharav-Miara – un décret religieux pris à l’encontre de délinquants graves considérés comme un danger imminent et mortel pour autrui. En vertu de la loi juive, il est permis d’arrêter un rodef par tous les moyens, y compris en le tuant.

« Les erev rav profanent le nom des cieux avec leurs actions contre le monde de la Torah, je suis prêt à tuer la procureure générale si je reçois l’accord des trois anciens de la génération. Sans leur accord, je ne le ferai pas », peut-on lire dans la lettre du suspect qui emploie un terme faisant référence aux non-Israélites qui ont rejoint l’Exode biblique d’Égypte.


Après avoir reçu la lettre, Yosef aurait dit au directeur général du ministère des Affaires religieuses, Yehuda Avidan, qu’un homme l’avait approché pour lui demander d’émettre un din rodef contre Baharav-Miara. Avidan a ensuite contacté la police de Jérusalem, ce qui a conduit à l’arrestation du suspect dans les heures suivantes.

Dans une lettre adressée au chef de la police, Daniel Levy, reprise par les médias israéliens, Avidan explique que le cabinet de Yosef « a mis en garde contre une menace qui parait bien réelle et pourrait mettre en danger la vie de la procureure générale ».

Le chef spirituel du Shas, le rabbin Yitzhak Yosef, lors d’un enseignement hebdomadaire à la synagogue Yazdim à Jérusalem, le 7 juin 2025. (Chaim Goldberg/FLASH90)

La notion de rodef, inconnue dans la loi israélienne, est devenue tristement célèbre, dans l’histoire politique israélienne, lorsque Yigal Amir, l’assassin du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, en novembre 1995, l’a utilisée pour justifier son acte aux yeux de la religion.

Baharav-Miara fait régulièrement l’objet d’attaques de la part de membres de l’actuel gouvernement, lesquels ont voté en début de mois sa destitution, immédiatement suspendue par la Cour Suprême pour lui laisser le temps de l’examiner.

Elle s’est par ailleurs mis à dos les autorités ultra-orthodoxes en redoublant de pression sur les haredim réfractaires au service, en faisant en sorte que l’armée envoie des milliers d’ordres d’enrôlement aux étudiants de yeshiva, quitte à procéder à leur arrestation en cas de désobéissance.

L’avocat Idan Butbul, qui représentait un homme arrêté pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre du procureur général Gali Baharav-Miara, lors d’une audience au tribunal de première instance de Jérusalem le 21 août 2025. (Capture d’écran/Ynet)

Lors d’une audience devant le tribunal de première instance de Jérusalem, jeudi, l’avocat d’Ezagui a plaidé avec force le cas de son client, affirmant qu’il n’avait nullement l’intention d’assassiner Baharav-Miara puisqu’il n’avait jamais reçu l’autorisation de Yosef.

« Même s’il s’agit d’un acte répugnant sur le plan moral et éthique, nous sommes toujours dans le domaine du droit pénal », a déclaré l’avocat Idan Butbul. Il a contacté le rabbin via une enveloppe scellée et non avec une intention directe, et lui a posé une question. Dans ces circonstances, l’acte ne constitue pas une menace criminelle.

La police a toutefois fait valoir que la lettre du suspect constituait une menace crédible contre la vie de Baharav-Miara.

« Le suspect s’était rendu au domicile de Rabbi Yossef dans le but de lui parler. Lorsqu’il s’en est fait éconduire, il a remis une lettre dans laquelle il dit son souhait de tuer la procureure générale », a déclaré le représentant de la police lors de l’audience de jeudi, selon Ynet. « C’est écrit noir sur blanc. »

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