Opinion

Le vote arabe, fierté de la diaspora pro-Israël, perçu comme une menace en Israël

Le vote arabe renforce la défense d’Israël à l’étranger, mais complique les coalitions des partis juifs, qui ont suivi Netanyahu dans sa délégitimation des dirigeants arabes

Yousef Jabareen, chef de file de l’alliance politique « Liste arabe unie » (au centre à gauche), et d’autres membres célèbrent les premiers résultats des sondages à la sortie des urnes, diffusés à la télévision au siège de campagne de l’alliance, à Nazareth, le 27 octobre 2026. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Avant même l’annonce des résultats, les soutiens d’Israël à l’étranger vantaient déjà la force de la démocratie israélienne, soulignant la forte participation de la minorité arabe du pays.

« Les citoyens arabes d’Israël, hommes et femmes, se rendent aux urnes en nombre historique. Ils peuvent voter, se présenter aux élections et siéger à la Knesset, des droits refusés à de nombreux Arabes et à de nombreuses femmes dans une grande partie du Moyen-Orient », a écrit sur X le député démocrate américain Josh Gottheimer.

« Israël, notre allié essentiel dans la lutte contre le terrorisme, est la seule démocratie de la région, et il le prouve aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Gottheimer est l’un des élus les plus fervents défenseurs d’Israël au Congrès et fait partie d’une minorité de plus en plus isolée au sein du Parti démocrate, aux côtés notamment du député Tom Suozzi.

« Aujourd’hui, 5,5 millions d’Israéliens juifs, chrétiens et, notamment, arabes ont participé à la seule démocratie du Moyen-Orient », a écrit Suozzi sur X, reprenant un argument couramment avancé pour réfuter les accusations d’apartheid visant Israël.

« Les élections qui se déroulent aujourd’hui en Israël rappellent une fois de plus les valeurs communes de nos deux nations. Am Yisrael Chai », a-t-il ajouté.

Des électeurs attendent leur tour dans un bureau de vote lors des élections législatives israéliennes, dans la ville arabe israélienne d’Umm al-Fahm, le 27 octobre 2026. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Un autre ressortissant étranger, bien que de passage en Israël, a lui aussi tenté de faire l’éloge du pays pour le droit de vote qu’il accorde à ses citoyens arabes.

« C’est aujourd’hui le jour des élections en Israël… Les Arabes votent au même titre que les Israéliens. Un processus controversé, mais c’est une démocratie. Il n’y en a pas beaucoup dans cette région ! », a écrit l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee.

Exclus de l’équation

Le choix des mots de l’ambassadeur américain est révélateur. Il a laissé entendre que les Arabes n’étaient pas des citoyens israéliens, une maladresse qu’il a reconnue par la suite.

Cette distinction entre les Arabes et le reste de la population israélienne est toutefois largement admise parmi les Juifs israéliens lorsqu’il est question de la représentation politique de cette minorité.

C’est pourquoi les médias ont présenté les résultats des élections de mardi comme indécis, alors même qu’une majorité d’électeurs ont voté pour des partis déterminés à remplacer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, grâce notamment aux 19 sièges, un record, remportés par les deux partis à majorité arabe.

De gauche à droite : Yaïr Lapid, Gadi Eisenkot, Yair Golan, Naftali Bennett et Avigdor Liberman se réunissent au domicile de Yaïr Lapid à Tel Aviv, le 26 septembre 2026. (Crédit : Lihi Lapid)

Le bloc anti-Netanyahu est généralement défini sans tenir compte de la Liste arabe unie (12 sièges) ni du Raam (7 sièges), ce qui le réduit à une minorité de 48 sièges, selon les résultats du dépouillement de quelque 90 % des suffrages mercredi.

Cette lecture des résultats s’explique notamment par les déclarations des dirigeants de ce bloc, à savoir le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, le chef de Beyahad, Naftali Bennett, et le chef d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, qui ont tous exclu la possibilité de former une coalition avec des partis dirigés par des Arabes.

Critères supplémentaires

La Liste arabe unie, qui se concentre davantage sur la question palestinienne que sur la situation des Arabes en Israël, s’est montrée peu disposée à un tel partenariat politique. Elle s’est néanmoins déclarée prête à collaborer avec les autres partis anti-Netanyahu, ne serait-ce que pour évincer le Premier ministre au pouvoir depuis de nombreuses années. Lors de la dernière campagne, celui-ci n’a cessé de diaboliser les électeurs arabes.

Il a également nommé des ministres d’extrême droite qui ont mis en œuvre des mesures visant leurs communautés et leurs frères palestiniens de l’autre côté de la Ligne verte.

Le Raam, plus pragmatique, cherche quant à lui à rejoindre une coalition anti-Netanyahu. Son chef, Mansour Abbas, a multiplié les initiatives pour rendre son parti acceptable aux yeux de la population juive, notamment en intégrant l’ancien haut responsable de la police Yoav Segalovitz à la liste électorale du Raam pour la Knesset.

Abbas reconnaît par ailleurs depuis des années Israël comme un État juif, répondant ainsi à l’un des principaux critères posés par Eisenkot pour envisager un partenariat politique.

À l’approche des élections de mardi, Eisenkot a ajouté une nouvelle condition : reconnaître le Hamas comme un groupe terroriste qu’Israël doit détruire.

Le député israélien Mansour Abbas, chef du parti Raam, vote en compagnie de sa famille dans un bureau de vote lors des élections législatives israéliennes, à Maghar, en Israël, le 27 octobre 2026. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Si Abbas a condamné le pogrom du 7 octobre 2023, appelé à la libération des otages et défendu le principe d’une solution à deux États, rejetée par le Hamas, il s’est toutefois gardé de le reconnaître comme groupe terroriste et de réclamer la destruction du groupe terroriste, la guerre menée par Israël contre le Hamas ayant également eu des conséquences dramatiques pour les civils palestiniens de Gaza.

Le chef du Raam n’a cependant pas exclu de répondre à cette dernière exigence d’Eisenkot, estimant que la question pourrait être abordée lors des négociations en vue de former une coalition. Mais même si les deux hommes parvenaient à s’entendre, deux autres partis du bloc anti-Netanyahu resteraient à convaincre.

Répartition des sièges à la Knesset par parti, selon les résultats partiels des élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026, après le dépouillement de 85,6 % des suffrages, à 14 h 32

Bennett et Liberman ont tous deux exclu de former une coalition avec des partis non juifs, affirmant ne pas avoir reçu de mandat électoral pour une telle alliance depuis le 7-Octobre. Une position qu’ils maintiennent alors même que des citoyens arabes, au même titre que des citoyens juifs, ont été assassinés ou pris en otage et emmenés à Gaza.

Pourtant, selon deux sources proches du dossier, les deux dirigeants avaient reconnu en privé la loyauté d’Abbas lorsqu’ils gouvernaient ensemble, entre 2021 et 2022.

Seul le chef des Démocrates, Yaïr Golan, a défendu une position différente. Les autres dirigeants des partis juifs se sont, eux, alignés sur Netanyahu.

Netanyahu donne le ton

Le Premier ministre n’a pas cherché à priver les Arabes de leur droit de vote. Il s’est toutefois efforcé de vider ce vote de son sens et de sa légitimité, en présentant la participation de l’ensemble de cette communauté aux élections comme une menace pour la sécurité nationale.

Mardi, il a diffusé une vidéo alarmiste dans laquelle il soulignait la forte participation dans les villes arabes et accusait cette communauté minoritaire de « tenter de nous voler l’élection ».

Yousef Jabareen, chef de file de la Liste arabe unie (au centre), et d’autres membres de cette alliance politique dirigée par des Arabes israéliens applaudissent à l’annonce des premiers sondages à la sortie des urnes, diffusés à la télévision au siège de campagne de l’alliance, à Nazareth, dans le nord d’Israël, le 27 octobre 2026. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Netanyahu avait lancé un avertissement similaire le jour des élections de 2015. Face aux vives accusations de racisme suscitées par ses propos, il avait finalement présenté ses excuses.

Lors de ce scrutin, cependant, cette rhétorique est devenue un élément à part entière de sa stratégie électorale. Netanyahu a averti que ses rivaux formeraient une coalition avec les partis arabes, affirmant qu’un tel gouvernement serait incapable de faire face aux menaces pesant sur la sécurité d’Israël.

Un commentateur politique de droite a qualifié la participation record des électeurs arabes de « 7-Octobre politique ».

« Il est tout simplement interdit de mettre Israël en danger et de former un gouvernement qui s’appuie sur des partis arabes antisionistes », a déclaré Netanyahu mercredi matin, peu après la publication des sondages à la sortie des urnes. Ceux-ci indiquaient que la formation d’un gouvernement minoritaire soutenu par les partis arabes constituait l’un des rares scénarios susceptibles de le priver du pouvoir.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, avec son épouse, Sara Netanyahu, bat le rappel de leurs partisans à Beit Shemesh aux dernières heures du scrutin pour les élections à la Knesset, le 27 octobre 2026. (Crédit : Yaakov Lederman/Flash90)

La participation du Raam au précédent gouvernement n’avait pourtant pas empêché Israël de mener une campagne antiterroriste en Cisjordanie, faisant de 2022 l’année la plus meurtrière pour les Palestiniens de ce territoire depuis près de vingt ans.

Netanyahu a dénigré les « partis arabes antisionistes », alors même que son propre bloc compte des députés orthodoxes représentant des communautés antisionistes, ainsi que des habitants d’implantations extrémistes, dont certains rejettent eux aussi la souveraineté de l’État juif.

Le Premier ministre avait lui-même courtisé Raam à l’issue des précédentes élections. Mais faute d’avoir réussi à former une coalition, il avait vu le parti arabe s’allier à Bennett.

Les rivaux de Netanyahu ont aujourd’hui la possibilité de renouer avec ce type de partenariat. Rares sont toutefois les analystes qui s’attendent à voir Eisenkot, Bennett et Liberman revenir tous trois sur leurs promesses de campagne pour former une coalition avec le soutien du Raam et de la Liste arabe unie.

Les voix des électeurs arabes auront donc peut-être pesé davantage à l’étranger qu’en Israël.

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