Les archives du Times of Israel sur le 7-Octobre, souvent citées, désormais disponibles sur les réseaux sociaux
« Those We Have Lost » est un hommage à toutes les victimes des massacres du Hamas. À l'approche du troisième anniversaire du pogrom, cette initiative bénéficiera désormais de ses propres comptes sur Instagram, X et Facebook
Après 15 ans passés dans les médias israéliens, la journaliste du Times of Israel Amy Spiro était habituée à couvrir les victimes de guerre et les attentats terroristes, ainsi que leurs conséquences.
« Les victimes étaient toujours au premier plan », dit Spiro.
Toutefois, l’ampleur inimaginable du pogrom commis par le groupe terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, a changé la manière dont les Israéliens couvrent et commémorent cette tragédie.
Plus de 1 200 personnes avaient été brutalement massacrées ce jour-là, et 251 autres avaient été enlevées et prises en otage par le Hamas et par d’autres groupes terroristes dans la bande de Gaza. De nombreux membres des forces de sécurité israéliennes avaient également perdu la vie alors que le pays combattait le Hamas au sein de l’enclave et l’organisation terroriste du Hezbollah, à la frontière nord.
Amy Spiro dit s’être interrogée. Comment raconter un si grand nombre d’histoires ? Comment mettre en lumière tous ces protagonistes ?
Entre les rebondissements incessants qui avaient eu lieu s’agissant des otages et les opérations militaires, avec des centaines de familles en deuil, il avait semblé impossible pour les médias locaux de consacrer suffisamment d’espace à la mémoire de chaque victime.
Mais cela n’avait pas empêché Spiro et une équipe de journalistes du Times of Israel de tenter le pari. Tous s’étaient donné pour mission de documenter les histoires des victimes du terrorisme et celles des soldats tués lors de la guerre entre Israël et le Hamas jusqu’au mois de septembre 2025.
Le projet avait ensuite été mis à jour après la restitution des dernières dépouilles des otages, à la fin de l’année 2025 et au début de l’année 2026. Aujourd’hui, toutes ces données forment les archives les plus complètes en langue française sur les civils et sur les soldats qui ont été tués pendant la guerre.
Le projet Those We Have Lost (lien vers la version française du projet) est une ressource accessible au public qui, jusqu’à présent, était hébergée sur le site web du Times of Israel. À l’approche du troisième anniversaire du 7-Octobre, le ToI a créé de nouvelles pages sur Instagram(@toithosewehavelost), X(@ToILostsProject) et Facebook (Those We Have Lost), dans le but d’aider les personnes qui travaillent sur des projets commémoratifs à accéder plus facilement à ces informations.
Sur le site web, les archives sont dotées d’une fonction de recherche qui permet de trouver des noms spécifiques liés à une notice nécrologique. La page d’accueil se réorganise à chaque clic, dévoilant ainsi une nouvelle série d’hommages.
À mesure que la base de données sera étendue aux réseaux sociaux, les utilisateurs pourront simplement saisir un nom dans la fonction de recherche sur X et Facebook pour consulter la notice nécrologique d’une victime, ou relayer leur hommage sous forme de photo sur Instagram.
« Nous avons essayé de rendre ce service aussi accessible que possible », a déclaré Spiro.
Pour recueillir des informations sur les victimes, Spiro s’est appuyée sur des comptes dédiés à leur mémoire ainsi que sur des publications sur les réseaux sociaux, en particulier concernant les plus jeunes, qui constituent une part importante des personnes tuées pendant la guerre.
« Je tenais vraiment à ce que chacun bénéficie de l’hommage qu’il mérite… Une photo et un nom, c’est déjà un hommage. Mais il y a toujours bien plus que cela », a-t-elle ajouté, soulignant que la rédaction de ces notices nécrologiques exhaustives avait demandé un travail de recherche considérable.
De nombreuses synagogues et associations juives à travers le monde ont puisé dans ces hommages et intégré ces informations à leurs cérémonies et hommages. Spiro a cité l’exemple d’une synagogue dont les fidèles ont « adopté » une personne issue des archives, pour laquelle ils prient.
Le Dr Alexandra Herfroy-Mischler, chercheuse à l’Institut Jacob Robinson pour l’histoire des droits individuels et collectifs de l’Université hébraïque, a affirmé que le projet Those We Have Lost rendait aux victimes une « juste dignité », ajoutant qu’il nommait, commémorait et maintenait les victimes au premier plan des préoccupations nationales.
« La dimension temporelle est complètement transcendée », a expliqué Herfroy-Mischler. Selon elle, la place réservée à ce projet sur le site web ainsi que sa présence permanente sur les réseaux sociaux « rétablissent la dignité » des victimes.
Des projets tels que Those We Have Lost revêtent une importance particulière, alors que les Israéliens continuent de réclamer justice en leurs noms.
Des ONG israéliennes fournissent des données à l’ONU et à la communauté internationale, tout en faisant entendre la voix des citoyens dans l’organisation des commémorations nationales. Parmi ces organisations figurent notamment la Commission civile, qui documente les crimes commis par le Hamas contre les femmes et les enfants et qui sensibilise la communauté internationale à ce sujet, ainsi qu’Edut 710, une initiative israélienne dont l’objectif est de numériser tous les témoignages relatifs au 7-Octobre.
La « constitution d’archives » sur le 7-Octobre par ces organisations, ainsi que le projet Those We Have Lost de Spiro, témoignent d’un syndrome de stress post-traumatique collectif chez les Juifs, un héritage de la Shoah qui a été ravivé par le pogrom perpétré par le Hamas, a noté Herfroy-Mischler.
« Personne ne nous croira, personne ne se souviendra des victimes et personne ne poursuivra les criminels », a-t-elle dit. « La société civile doit donc rassembler toutes les informations nécessaires pour préserver cette mémoire. »
Disposer d’archives accessibles au public telles que Those We Have Lost contribue à apaiser cette crainte que le monde n’oublie, et fournit en même temps un outil qui permet de témoigner et de lutter contre le refus de reconnaître ces atrocités sur la scène internationale, a indiqué Herfroy-Mischler.
Spiro explique que ce qui l’a aidée à poursuivre ce projet malgré les difficultés, ce sont les retours positifs qu’elle a reçus, tels que : « ‘Nous l’utilisons’. ‘Cela nous apporte beaucoup’. ‘Nous en tirons des enseignements’. »
« Pas seulement aux États-Unis, mais beaucoup aux États-Unis, les gens sont à la recherche d’informations. Ils nous considèrent comme une ressource », a-t-elle déclaré. « C’est pour cela qu’il était très important de leur consacrer cet espace. »