Les artistes israéliens se battent contre les appels au boycott partout dans le monde

Pris pour cible par l'appel de 4 000 personnalités d'Hollywood, le festival du film de Sderot note le retrait de films à mesure que le mouvement gagne en ampleur

La chanteuse israélienne Noga Erez donne un concert à Katzrin le 4 octobre 2023 (Photo de Michael Giladi/Flash90)

À l’heure où les réalisateurs désertent les festivals israéliens, que les stars hollywoodiennes appellent au boycott du cinéma israélien et que des pays tentent de faire interdire Israël du concours Eurovision de la chanson, l’isolement d’Israël sur la scène internationale est impossible à ignorer.

Cela fait longtemps déjà que les groupes pro-palestiniens s’en prennent à l’industrie culturelle israélienne et pressent les musiciens, réalisateurs et autres artistes de boycotter Israël ou les Israéliens. Jusqu’à récemment, cette campagne avait eu un succès très relatif et, au fil des ans, seuls quelques artistes avaient annulé leur spectacle.

Mais le mécontement croissant de la communauté internationale envers les agissements d’Israël, en particulier à Gaza, a fait de ce mouvement destiné à évincer le pays de la vie culturelle partout dans le monde un phénomène sasn commune mesure.

Début septembre, ce sont en effet plus de 4 000 personnalités du monde du cinéma – parmi lesquels des acteurs de premier plan comme Joaquin Phoenix, Elliot Page ou encore Guy Pearce – qui se sont engagées à ne pas travailler avec les institutions israéliennes « impliquées dans le génocide et l’apartheid contre le peuple palestinien ».

Quelques jours plus tard, ce sont quelque 400 musiciens qui ont demandé que leurs œuvres ne soient plus disponibles à l’écoute en Israël dans le cadre de l’initiative « Pas de musique pour le génocide ». Y ont notamment pris part le groupe britannique Massive Attack, le groupe écossais Primal Scream et le groupe indé américain Japanese Breakfast, ainsi que l’auteure-compositrice-interprète américaine Carole King, la star japonaise de la pop Rina Sawayama et l’artiste danois MO.

Sur Instagram, Massive Attack a comparé la mobilisation efficace des artistes contre l’apartheid, en Afrique du Sud, avec « l’apartheid, les crimes de guerre et le génocide actuellement commis par l’État d’Israël ».

Une publicité pour un disque vinyle sorti en février 2024 par Fontaines DC/Massive Attack/Young Fathers en soutien à Médecins Sans Frontières à Gaza et en Cisjordanie (Autorisation)

Le mouvement s’est propagé au-delà des limites de la communauté créative, jusque dans les lieux de pouvoir.

Les gouvernements espagnol, irlandais, slovène, islandais et néerlandais ont fait savoir, il y a peu, qu’ils ne participeraient pas à l’édition 2026 de l’Eurovision si Israël était autorisé à y prendre part. La Belgique et la Finlande ont par ailleurs indiqué qu’elles envisageaient de se retirer.

Mais tous les pays ne sont pas d’accord avec le boycott de l’Eurovision.

« C’est précisément parce que l’Eurovision est né des ruines de la guerre qu’il ne doit pas devenir une scène d’exclusion », a déclaré le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer, dans un communiqué.

L’Union européenne de radio-télévision (UER) votera début décembre pour déterminer si Israël sera autorisé ou non à participer au concours 2026.

L’israélienne Yuval Raphael interprète la chanson « New Day Will Rise » lors de la finale du 69e Concours Eurovision de la chanson, à Bâle, en Suisse, le 17 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Martin Meissner)

Pour l’heure, la réaction d’Israël semble consister à faire comme si de rien n’était.

Kan, la société de radiodiffusion publique israélienne, et Keshet, une société de production télévisée, ont annoncé qu’elles choisiraient une fois de plus ensemble le candidat israélien à l’Eurovision.

Comme l’an dernier, le candidat d’Israël sera le gagnant de l’émission « HaKochav HaBa La’Eurovision » (La prochaine star de l’Eurovision), que la chaine Keshet 12 commencera à diffuser au retour des vacances d’automne.

« Il n’y a aucune raison pour qu’Israël ne continue pas à jouer un rôle important lors de cet événement culturel, qui ne doit pas devenir
politique », avait déclaré le PDG de Kan, Golan Yochpaz, le mois dernier.

Malgré la controverse et le brouhaha incessant, ces trois dernières années, les candidats israéliens se sont toujours classés dans les cinq premières places de ce concours, dont le gagnant est désigné à la fois par le vote des juges et des fans de tous les pays participants.

Noa Kirel a fini troisième en 2023, Eden Golan cinquième en 2024 et Yuval Rafael, deuxième l’an dernier.

Ostracisé

Mais d’autres ressentent déjà les effets du boycott.

Selon Tamir Hod, le directeur artistique du prochain Festival Cinema South à Sderot, l’une des nombreuses cibles de l’appel au boycott hollywoodien, des projections ont dû être annulées pour raisons politiques.

« On nous retire des films d’un peu partout », explique Hod.
C’est notamment le cas du réalisateur français Michel Gondry, qui a retiré il y a peu son film d’animation, « Maya, Give Me a Title », de l’affiche du festival du film qui a lieu en novembre.

D’autres décisions sont plus ambiguës, à l’instar de celle du Festival international du film de Toronto de retirer de son affiche le documentaire sur le 7-Octobre « The Road Between Us : The Ultimate Rescue ».

Les autorités du festival avaient commencé par expliquer que la projection avait été annulée en raison de problèmes juridiques liés à la diffusion d’images issues des caméras corporelles des terroristes sans l’autorisation expresse des auteurs du massacre, avant de faire machine arrière suite à de vives réactions indignées.

Le film, qui raconte de quelle manière le major général Noam Tibon a sauvé ses proches et d’autres personnes lors du pogrom du 7-Octobre, a remporté le prix du public du meilleur documentaire de ce festival, en dépit de manifestations.

(De gauche à droite) Noam Tibon et Barry Avrich de ‘The Road Between Us : The Ultimate Rescue’ posent dans le Getty Images Portrait Studio présenté par IMDb et IMDbPro lors du Festival international du film de Toronto à l’InterContinental Toronto Centre, le 8 septembre 2025, à Toronto, en Ontario. (Gareth Cattermole / Getty Images via AFP)

Les artistes expliquent que les victimes de ces appels au boycott ont peu sinon aucun contrôle sur les actions politiques et militaires d’Israël, et y sont même souvent opposés.

Le directeur exécutif du Festival du film de Jérusalem, Roni Mahadav-Levin, a réagi à l’appel au boycott hollywoodien dans les colonnes du Washington Post en expliquant que le festival comprenait le sentiment d’urgence et la frustration que ressentaient ses 4 000 signataires.

« Nous aussi, nous aimerions pouvoir faire plus pour mettre fin à la violence qui nous entoure », a écrit Mahadav-Levin dans un communiqué publié dans le journal américain.

Lors de l’ouverture du 42e Festival du film de Jérusalem le 17 juillet 2025, la lauréate Gal Gadot (deuxième à partir de la gauche), son mari Yaron Varsano (à l’extrême gauche), la directrice du festival Roni Mahadev-Levin (au centre), Daniel Mimran, président du conseil d’administration de la Cinémathèque de Jérusalem (deuxième à partir de la droite) et le maire de Jérusalem Moshe Lion. (Sivan Farag)

Il a ajouté que le Festival du film de Jérusalem n’était pas un partenaire du gouvernement mais une organisation non-gouvernementale indépendante, privée et dotée d’une autonomie opérationnelle totale.

« Le Festival du film de Jérusalem a constamment et publiquement appelé à la fin de la guerre – sur scène comme dans la presse en hébreu et en anglais », peut-on lire dans le communiqué. « Notre programmation fait la part belle à toutes les voix, à commencer par celles de cinéastes palestiniens et israéliens opposés à la violence et à l’usage de la force. »

Le spectacle continue

Pendant des années, le groupe de métal israélien Orphaned Land a été considéré comme un puissant symbole de paix, qui donnait des concerts en Turquie et avait des fans jusque dans le monde arabe et musulman.

Mais suite aux atrocités du 7 octobre 2023, le chanteur principal Kobi Farhi a reporté la tournée du groupe en Europe. Désormais doté d’un important service de sécurité, le groupe a repris la route un an plus tard en donnant une dizaine de concerts à guichets fermés en France, en Allemagne et ailleurs.

Le groupe n’a pas prévu d’autres spectacles à l’étranger cette année. « Toute cette année n’est que brouillard », a récemment déclaré Farhi à Haaretz.

Le groupe de heavy metal israélien Orphaned Land à Auschwitz-Birkenau en avril 2025 (Autorisation)

La chanteuse Noga Erez a déclaré en décembre 2024 que bon nombre de ses apparitions prévues dans des festivals et des médias à l’étranger avaient été annulées parce qu’elle était israélienne.

Néanmoins, elle a récemment annoncé sur les réseaux sociaux qu’elle se produirait en 2026 à Coachella, l’un des plus grands festivals de musique pop. La DJ israélienne Sahar Z est également à l’affiche de Coachella.

Erez est actuellement en pleine tournée nord-américaine pour six semaines, avant une série de dates en Europe ; à ce jour, elle n’a pas fait état de manifestation ou d’interruption anti-Israël.

La chanteuse avait prévu des moments VIP avec quelques fans avant ses concerts, mais ils ont été annulés.

Erez n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel, mais sur la plateforme de réseaux sociaux Reddit, les fans évoquent des questions de sécurité liées au climat politique actuel.

Le bassiste de jazz Omer Avital, qui vit et travaille à New York depuis des dizaines d’années, aimerait revenir en Israël en raison du 7-Octobre et de l’explosion simultanée du sentiment anti-israélien et de l’antisémitisme dans sa ville d’adoption, sur fond de l’interminable guerre à Gaza.

« Personnellement, je ne suis pas encore touché [par les boycotts] », confie Avital, « mais l’ambiance est horrible. »

Lors d’une interview accordée à la chaîne N12, le chanteur Idan Raichel a aussi indiqué qu’il ne donnait pas de concert en dehors d’Israël.

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