Les dirigeants mondiaux réunis à l’ONU sur fond de guerres au Moyen-Orient et en Ukraine
L'instance internationale peine à faire face aux coupes budgétaires et à la fin imminente du mandat de son dirigeant ; Netanyahu prendra la parole jeudi
NATIONS UNIES (Reuters) — Les dirigeants du monde entier sont réunis cette semaine à New York à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. Ils se préparent à écouter le président américain Donald Trump prendre la parole pour la deuxième année consécutive. Les discussions porteront principalement sur l’aggravation des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que sur les risques liés à l’intelligence artificielle.
Quelque 130 chefs d’État se trouveront ainsi réunis alors que l’ordre international tel qu’il a été établi après la Seconde Guerre mondiale est mis à rude épreuve, et que l’ONU elle-même peine à conserver sa pertinence. Elle doit en outre faire face aux attaques de Donald Trump, qui a réduit les contributions américaines et qui s’est retiré de plusieurs dizaines d’organes onusiens.
Le dirigeant chinois Xi Jinping, qui s’était adressé pour la dernière fois à cette assemblée diplomatique par visioconférence en 2021, ne se rendra pas à New York. Il a préféré donner rendez-vous à Donald Trump jeudi à Washington pour des entretiens en tête-à-tête – un choix qui vient alimenter le débat sur la pertinence de l’ONU face aux crises mondiales.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu doit prendre la parole jeudi. Il ne devrait rester à New York qu’une journée. Donald Trump, qui doit s’exprimer mardi, ne devrait pas le rencontrer.
À ces crises du moral et des finances s’ajoutent les interrogations concernant le prochain dirigeant de cette organisation créée voici 80 ans. Le mandat du secrétaire général Antonio Guterres prendra fin en 2026, sans qu’aucun favori ne se détache clairement dans la course à sa succession.
Le Conseil de sécurité de l’ONU, composé de 15 membres, pourrait par ailleurs tenir des réunions de haut niveau sur l’Ukraine, l’intelligence artificielle et le Moyen-Orient, incluant notamment des entretiens avec des dirigeants arabes, ont indiqué des diplomates.
Plus d’un an après le début du second mandat de Trump, « nous ne sommes plus en mesure d’affirmer que l’ONU est en chute libre, nous dirions plutôt qu’elle est enlisée dans une crise sans issue », a commenté Richard Gowan, de l’International Crisis Group. « L’ONU n’est peut-être plus dans une situation d’urgence comme c’était le cas l’année dernière. Mais elle semble condamnée à rester sous assistance intensive dans un avenir proche. »
Cette semaine, les États-Unis sont parvenus à éviter de perdre leur droit de vote à l’Assemblée en versant 725 millions de dollars au titre des contributions au budget ordinaire. Ils restent toutefois redevables de plus d’un milliard de dollars à l’organisation, et ne cessent de réclamer des réductions budgétaires et des réformes.
Des craintes face aux risques croissants liés à l’IA
L’Assemblée se réunit peu après que plusieurs leaders du secteur de l’intelligence artificielle ont appelé à un ralentissement coordonné du développement de cette technologie, avertissant qu’elle pourrait bientôt évoluer de manière autonome et échapper au contrôle humain.
Guterres a annoncé que l’IA serait un sujet majeur. Il a ajouté que les pays qui repoussent les limites de cette technologie devraient mettre en place « des garde-fous communs afin d’éviter cette surenchère qui pourrait un jour conduire à une catastrophe gigantesque à l’échelle mondiale ».
Le secrétaire général préconise depuis longtemps une gouvernance mondiale de l’IA. En 2023, l’ONU a créé un organe consultatif consacré à cette technologie, composé notamment de dirigeants du secteur technologique, de responsables gouvernementaux et d’universitaires.
Cette mise en garde a opposé Guterres à Donald Trump, lequel a qualifié les risques liés à l’IA de « canular », affirmant qu’il existait un « complot malveillant » à son encontre et que la Chine tirerait profit des doutes jetés sur son développement.
Le Moyen-Orient au cœur des débats
Le Moyen-Orient occupera à nouveau le devant de la scène, alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran continue d’alimenter l’inflation dans le monde et de déstabiliser la région. Les récentes avancées des rebelles Houthis soutenus par l’Iran, qui combattent une coalition conduite par l’Arabie saoudite au Yémen, menacent la navigation dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb – et pourraient faire grimper encore davantage les prix de l’énergie.
« Il est extrêmement difficile de trouver une solution militaire à ce problème. L’expérience des combats au Yémen a notamment démontré à quel point il est délicat d’intervenir avec succès », a souligné Guterres qui a par ailleurs rappelé que l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen déployait des « efforts considérables » pour faire avancer les négociations.
Les pourparlers de paix sont néanmoins toujours au point mort, alors que l’Iran et les États-Unis continuent d’échanger des frappes et que Trump menace d’une escalade majeure du conflit.
Le président iranien Masoud Pezeshkian doit s’adresser à l’Assemblée générale mercredi.
Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ne sera pas présent en personne à cette assemblée pour la deuxième année consécutive. Les États-Unis lui ont en effet une nouvelle fois refusé un visa. Jeudi, l’Assemblée générale a voté en faveur de la participation d’Abbas par visioconférence.
Une réunion de haut niveau sur le conflit au Soudan devrait en outre avoir lieu en marge de l’Assemblée, ont indiqué des diplomates. Une percée diplomatique semble cependant peu probable.
Des discussions attendues sur l’Ukraine
La guerre menée par la Russie en Ukraine depuis plus de quatre ans figure également à l’ordre du jour.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’adresseront à l’Assemblée générale. Zelensky cherchera probablement à renforcer la position de l’Ukraine avant ce qui s’annonce comme un nouvel hiver difficile, ont estimé des diplomates.
Le Conseil de sécurité n’a pas été en mesure de mettre fin au conflit, car la Russie, qui est un membre permanent de cette instance, dispose d’un droit de veto.
Trump a parfois exprimé son irritation face à son incapacité à négocier la fin de la guerre – un objectif qu’il avait défini comme prioritaire lors de son entrée en fonction pour son deuxième mandat, en janvier de l’année dernière. Le président américain s’est entretenu avec son homologue russe Vladimir Poutine au début du mois ; on ignore pour l’instant s’il prévoit de rencontrer Zelensky à New York.
Guterres a souligné l’impact de la guerre sur les civils, mais également sur la sécurité alimentaire et les prix de l’énergie.
« Le blocus de facto qui existe en mer Noire engendre d’énormes problèmes, qui viennent s’ajouter à ceux déjà causés par la crise au Moyen-Orient. Il me semble donc essentiel de trouver un moyen garantissant la sécurité des exportations ukrainiennes et russes de denrées alimentaires, d’engrais et d’énergie via la mer Noire », a-t-il déclaré.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.