Les États-Unis ont envoyé des drones de surveillance dans le ciel de Gaza
L'Australie, la France, l'Espagne et les Émirats arabes unis ont envoyé du personnel dans le nouveau centre situé dans le sud d'Israël, qui a été créé pour superviser le cessez-le-feu fragile
Les États-Unis auraient commencé à déployer des drones de surveillance au-dessus de la bande de Gaza afin de garantir qu’Israël et le Hamas respectent bien le cessez-le-feu, a signalé samedi le New York Times. Une décision qui a été prise alors que de nouveaux pays ont envoyé des représentants dans un Centre qui vient d’être créé, et ce pour aider à surveiller les efforts visant à faire respecter au mieux une trêve qui reste fragile.
Selon le Times, qui a cité deux responsables militaires israéliens et un responsable américain de la Défense, l’armée américaine a commencé à faire voler des drones au-dessus de la bande de Gaza pour surveiller le cessez-le-feu. Des vols qui sont effectués avec le consentement d’Israël.
Les officiels n’ont pas précisé d’où ces drones étaient pilotés.
Ces vols de surveillance auraient pour objectif de donner à Washington une image indépendante de la situation sur le terrain et d’aider le tout nouveau Centre de coordination civilo-militaire (CMCC) dans ses travaux. Le CMCC est désormais installé dans le sud d’Israël et il a notamment pour tâche de superviser l’accord finalisé par Trump.
Selon le reportage, les États-Unis avaient déjà effectué des missions au drone dans le ciel de Gaza dans le but d’aider à localiser les otages – mais ces nouveaux vols semblent signaler la volonté de l’administration Trump de vérifier l’évolution de la situation à Gaza indépendamment des canaux des services de renseignement israéliens.
« Il s’agit d’une version très intrusive de la surveillance américaine sur un front où Israël perçoit une menace active », a commenté Daniel B. Shapiro, ancien ambassadeur américain en Israël sous l’administration Obama, auprès du Times.
« S’il y avait une transparence totale et une confiance totale entre Israël et les États-Unis, une telle initiative ne serait pas nécessaire », a ajouté Shapiro. « Mais il est évident que les États-Unis veulent éliminer toute possibilité de malentendu ».
Selon l’article, l’armée israélienne et le département d’État américain ont refusé tout commentaire sur le sujet.
Des informations qui ont été rendues publiques alors que les États-Unis ont élargi leur coalition de partenaires dorénavant impliqués dans la surveillance et dans le maintien du fragile cessez-le-feu à Gaza. D’autres pays ont envoyé des représentants au CMCC.
En plus de la Jordanie, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, du Danemark et du Canada – dont les drapeaux ont été hissés lors de l’inauguration du Centre, au début de la semaine – l’Australie, la France, l’Espagne et les Émirats arabes unis ont également rejoint l’initiative, a confirmé vendredi un responsable américain au Times of Israel.
Le CMCC, créé sous le leadership des États-Unis, a pour mission de coordonner l’aide humanitaire, logistique et sécuritaire à Gaza tout en prenant part à la supervision de la phase de stabilisation après-guerre. Environ 200 militaires américains ont été déployés pour mettre en place le centre, qui accueille actuellement des soldats de plusieurs pays alliés.
Le Commandement central américain (CENTCOM) a souligné que les forces américaines ne se déploieraient pas à Gaza même. « Le CMCC est conçu pour soutenir les efforts de stabilisation… Les militaires américains aideront plutôt à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, logistique et sécuritaire fournie par leurs homologues internationaux à Gaza », a annoncé le CENTCOM dans un communiqué publié lors de la création du centre.
Le centre a été inauguré dans la journée de mardi par le vice-président américain JD Vance, qui était accompagné du commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, et du lieutenant-général Patrick Frank, qui a été nommé à la tête de l’équipe de l’armée américaine.
Malgré la liste croissante des pays participants, la structure précise, la hiérarchie et le statut juridique du CMCC restent indéterminés. Il est difficile de dire quels pays, le cas échéant, accepteront d’envoyer des forces de maintien de la paix à Gaza dans le cadre d’une future force de stabilisation mandatée par l’ONU.
L’un des défis les plus importants que devront relever ces soldats sera de superviser le désarmement du Hamas et la destruction des tunnels terroristes qui existent encore sous Gaza.
La chaîne d’information N12 a indiqué que le ministre de la Défense, Israel Katz, avait déclaré au vice-président américain JD Vance qu’environ 60 % du réseau souterrain du Hamas était encore intact. La chaîne a émis l’hypothèse que la moitié de ces tunnels se trouvaient à proximité de la « ligne jaune », vers laquelle les forces israéliennes se sont retirées au début du cessez-le-feu, le 10 octobre.
Le reportage a également souligné les difficultés persistantes auxquelles se heurte l’establishment de la Défense israélien, qui a du mal à démanteler complètement les vastes infrastructures souterraines du Hamas. Au début de l’année, l’armée israélienne avait estimé avoir détruit environ un quart des tunnels du Hamas depuis le commencement de la guerre, en se concentrant principalement sur les tunnels d’attaque et ceux utilisés comme centres de commandement ou comme usines de fabrication d’armes.
De récentes évaluations militaires qui ont été faites par Israël ont révélé que le Hamas comptait encore environ 20 000 hommes dans sa branche militaire, contre environ 30 000 avant le pogrom commis par le groupe terroriste, le 7 octobre 2023 – une attaque sanglante qui avait fait plus de 1200 morts. 251 personnes avaient été prises en otage dans la bande de Gaza.
Ce massacre avait été à l’origine de la guerre.
Selon l’armée israélienne, les cinq brigades régionales et les 24 bataillons du Hamas ont été systématiquement démantelés au cours des 24 mois de combats – même si certaines unités du centre de Gaza ont été largement épargnées.
Alors que l’armée israélienne affirme avoir tué plus de 22 000 terroristes du Hamas, le groupe est toutefois parvenu à recruter de nouveaux combattants, même si Tsahal estime que ces recrues sont moins entraînées et moins expérimentées. Les militaires considèrent désormais le Hamas comme une organisation de guérilla qui, si elle a été affaiblie, est toujours armée de centaines de roquettes, pour la majorité à courte portée. Elle possèderait également des milliers d’armes légères.
Parallèlement au désarmement du Hamas, l’attention se porte également sur le régime d’après-guerre à Gaza.
Vendredi, le Hamas a diffusé ce qu’il a qualifié de déclaration commune avec d’autres « factions palestiniennes », annonçant un accord qui portait sur la formation d’un comité technocratique indépendant qui serait chargé d’administrer Gaza après la guerre.
Si cette déclaration a présenté cette initiative comme une avancée vers un front palestinien unifié, elle semble toutefois rester largement symbolique. Le Hamas affirme depuis longtemps qu’il est prêt à renoncer à son autorité sur Gaza, tout en laissant la question du désarmement à des discussions bien distinctes.
Depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu, les hommes armés du Hamas sont revenus sur le devant de la scène dans une grande partie de la bande de Gaza, en particulier à Gaza-City, où des terroristes ont fait leur réapparition dans les rues, reprenant leurs activités avec une visibilité totale. Selon des informations locales, les forces de sécurité intérieures du groupe auraient arrêté, frappé et dans certains cas exécuté des Gazaouis qui étaient accusés de collaborer avec Israël.
La déclaration qui a été émise par le Hamas n’a aucunement mentionné le Fatah ou l’Autorité palestinienne, alors que, selon certaines informations, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait donné pour instruction à ses collaborateurs de boycotter la réunion des factions palestiniennes en raison de la participation du Hamas.
Elle ne donne également aucun détail sur la composition du comité proposé, une instance qui nécessiterait probablement l’accord des États-Unis pour fonctionner.
S’exprimant vendredi devant le CMCC, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a réaffirmé que le Hamas « ne pourra pas être impliqué dans la gouvernance future de Gaza », faisant remarquer que ce positionnement était partagé par tous les pays alignés sur le plan d’après-guerre qui a été présenté par l’administration Trump.
Cette déclaration a aussi fait suite au sommet qui avait été organisé le 13 octobre à Charm el-Cheikh, où le président Donald Trump avait rejoint les dirigeants égyptien, qatari et turc dans le but de signer un accord-cadre pour la reconstruction et la gouvernance de Gaza.
« La mise en œuvre du plan du 29 septembre ne se fera pas sans heurts. Il y aura des hauts et des bas, des rebondissements », a dit Rubio en faisant référence au plan de paix en 20 points de Trump. « Mais je pense que nous avons de nombreuses raisons d’être optimistes concernant les progrès réalisés. »