Les festivités de Noël reviennent à Bethléem après deux ans de guerre à Gaza

Cette ville dépendante du tourisme accueille des foules venues d'Israël, de Cisjordanie et d'ailleurs, et cherche à 'raviver l'espoir' après des célébrations discrètes en raison de la guerre, et avant cela, du COVID

Un homme déguisé en Père Noël vendant des ballons lors d'une cérémonie d'illumination du sapin de Noël, près de la place de la Nativité, à Bethléem, en Cisjordanie, le 6 décembre 2025. (Crédit : John Wessels/AFP)

Bethléem a retrouvé un peu de joie samedi soir. Le traditionnel spectacle des illuminations de la ville de naissance de Jésus à l’approche de Noël a été inauguré en grande pompe après deux années d’annulation du fait de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

En présence du maire de la ville, Nicola Canawati, et de représentants de diverses confessions chrétiennes, le grand sapin de Noël, surmonté d’une étoile rouge scintillante, s’est illuminé sous les acclamations d’une foule compacte rassemblée sur la place de la Mangeoire, devant la basilique de la Nativité, construite sur la grotte où la tradition chrétienne situe la naissance du Christ.

L’ambiance était éclectique, mêlant fanfare de cornemuses, scouts palestiniens et « Jingle Bells ». Dans la foule, des vendeurs de café, typiquement orientaux, côtoient des Pères Noël, manteaux pourpres et barbes blanches, qui écoulent des stocks de bonnets à pompons.

La saison est lancée, et elle ne s’arrêtera pas au Noël catholique du 25 décembre, mais se prolongera jusqu’à la fête orthodoxe du 7 janvier.

En 2023 et 2024, la municipalité de Bethléem, en Cisjordanie, avait annulé les festivités de rue à l’occasion de Noël, par solidarité avec les Palestiniens de Gaza.

Aujourd’hui, plus de deux ans après la guerre déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, une trêve très fragile tient tant bien que mal à Gaza, depuis bientôt deux mois.

Une photo aérienne montrant des personnes rassemblées lors d’une cérémonie d’illumination du sapin de Noël, sur la place de la Nativité, à Bethléem, en Cisjordanie, le 6 décembre 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Cependant, la Cisjordanie reste en proie à une violence endémique liée au conflit israélo-palestinien.

Si les chrétiens fêteront à Noël la naissance de Jésus, Dieu fait homme, « Prince de la paix » et Sauveur du monde, ils sont loin d’être les seuls à marquer le début des illuminations de Bethléem, une ville aujourd’hui largement musulmane.

La tête couverte d’un hijab, Abir Shtaya, 27 ans, qui travaille à l’université Al-Zaytoonah de Salfit, dans le nord de la Cisjordanie, a bravé les barrages israéliens pour venir.

« Nous voulons célébrer et être avec nos frères et sœurs à Bethléem pour profiter de cette journée », dit-elle.

« Après tout ce qui s’est passé et vu la situation [actuelle], c’est comme un symbole de résilience. »

Sur la place, des religieuses en habit croisent des parents qui achètent des ballons à leurs enfants. L’air est empli de rires, et la pluie, une bénédiction après une année particulièrement sèche, ne gâche en rien la fête.

Des personnes prenant des photos depuis un clocher lors d’une cérémonie d’illumination du sapin de Noël à Bethléem, en Cisjordanie, le 6 décembre 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Originaire de Chine mais vivant en Israël depuis des décennies, Liyu Liu est partie tôt de chez elle, dans le nord, pour venir en bus avec un groupe.

« C’est assez émouvant d’être là après deux ans de guerre et de mort », confie cette femme de 50 ans.

Bethléem vit principalement du tourisme religieux. Le 7 octobre 2023, l’afflux de pèlerins, qui avaient repris le chemin des Lieux saints après deux années d’interruption quasi totale à cause de la pandémie de Covid, a été coupé net.

Depuis quelques mois, on observe un retour timide : de petits groupes venus surtout d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Est.

Cependant, les personnes souhaitant venir en pèlerinage « continuent d’avoir peur, car il n’y a pas de fin officielle à la guerre », relève Fabien Safar, guide et directeur de la société Terra Dei, organisatrice de pèlerinages en Terre sainte.

« Les gens s’inquiètent aussi de la situation au Liban et se demandent ce qui va se passer », ajoute-t-il, faisant référence à la récente montée des tensions entre Israël et son voisin du nord, qui fait craindre une nouvelle guerre entre l’armée israélienne et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Safar se prépare à accueillir trois groupes de pèlerins fin décembre, après deux Noëls sans clients.

Des enfants tenant des ballons lors d’une cérémonie d’illumination du sapin de Noël, sur la place de la Nativité, à Bethléem, en Cisjordanie, le 6 décembre 2025. (Crédit : John Wessels/AFP)

« Ça fait du bien », dit-il, mais même s’il a « déjà quelques réservations à partir du mois de février », la « reprise réelle » viendra selon lui en 2027 et « dépendra évidemment de l’évolution de la situation avec le Liban et de l’avenir de Gaza ».

« Le Covid c’était mauvais mais rien en comparaison de ces deux dernières années », maugrée Mike Shahen, 43 ans, qui tient un magasin de céramique sur la place de la Mangeoire.

Le retour des lumières de la ville est, espère-t-il, « un message pour le monde que c’est calme » ici.

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