Les médias mainstream exigent un accès libre pour les journalistes à Gaza
La BBC, Reuters, l'AP et l'AFP ont diffusé un court-métrage en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, avertissant que leurs journalistes palestiniens 'sont confrontés à la même situation désastreuse que celle qu'ils couvrent'
Certaines des agences de presse et médias les plus importants au monde ont diffusé, dans la journée de mercredi, un court-métrage accompagné d’une déclaration commune qui appelle Israël à autoriser l’entrée à Gaza des journalistes internationaux pour leur permettre de couvrir la guerre contre le Hamas, un conflit qui est encore en cours.
C’est la voix d’un journaliste de la BBC, David Dimbleby, qui accompagne les images dans ce film qui a été réalisé pour le compte de la BBC, de Reuters, de l’Associated Press (AP) et de l’Agence France-Presse (AFP). Il présente des photos marquantes et des extraits de reportages consacrés aux guerres et aux crises qui ont ébranlé l’Histoire, avec le message : « L’Histoire est racontée par ceux qui la couvrent ».
« Les images du débarquement, le D-Day, avaient montré le combat qui visait à libérer l’Europe de la tyrannie ; l’image d’une enfant brûlée au napalm avait fait prendre conscience de l’horreur de la guerre du Vietnam ; en Éthiopie, les journalistes avaient obligé le monde à regarder la réalité de la famine dans les yeux ; sur la place Tienanmen, un homme seul avait résisté, défiant les chars ; le monde avait ignoré le Rwanda jusqu’à ce que les journalistes révèlent que des milliers de personnes étaient massacrées chaque jour ; la photo du corps sans vie d’un petit enfant échoué sur une plage avait révélé la dure réalité de la crise des réfugiés syriens ; en Ukraine, des journalistes du monde entier risquent aujourd’hui leur vie pour rendre compte des souffrances de la population », dit Dimbleby, commentant les clichés qui défilent, les uns après les autres, dans la vidéo.
« Mais s’agissant de Gaza, le travail de reportage pèse sur les seules épaules des journalistes palestiniens qui paient un prix terrible, laissant moins de témoins derrière eux », ajoute-t-il alors que des photos de Gaza apparaissent sur l’écran.
« Le gouvernement israélien ne permet pas aux journalistes internationaux d’entrer à Gaza pour faire leur travail et pour documenter librement ce qu’ils voient. Les journalistes internationaux doivent désormais être autorisés à entrer à Gaza pour partager leur travail avec les journalistes palestiniens sur place, afin que nous puissions tous faire connaître les faits sur le terrain au monde entier », conclut-il.
Le court métrage a été présenté en avant-première à New York lors d’un événement organisé par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.
Le CPJ a accusé l’armée israélienne d’être responsable du meurtre d’un journaliste sur six dans le monde depuis 2016 – un certain nombre sont morts au sein de l’encave côtière, pendant le conflit en cours. Les militaires, de leur côté, ont insisté sur le fait qu’ils ne prenaient pas intentionnellement pour cible les journalistes, tout en soulignant qu’un grand nombre de ceux dont les noms figuraient la liste établie par le Comité appartenaient à des groupes terroristes.
« Presque deux années se sont écoulées depuis le 7 octobre [2023], depuis que le monde a été témoin des atrocités commises par le Hamas », a expliqué Deborah Turness, présidente-directrice-générale de BBC News, dans un communiqué qui a été émis avant la sortie du court-métrage. « Depuis lors, une guerre fait rage à Gaza, mais les journalistes internationaux ne sont pas autorisés à y entrer. Nous devons maintenant être autorisés à entrer à Gaza. Pour travailler aux côtés des journalistes locaux, pour que nous puissions tous faire connaître les faits au monde entier ».
Dans une déclaration commune, les quatre médias ont ajouté qu’ils étaient « extrêmement préoccupés par le sort réservé à nos journalistes à Gaza, qui ont de plus en plus de mal à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles ».
« Depuis de nombreux mois, ces journalistes indépendants sont les yeux et les oreilles du monde sur le terrain, à Gaza. Ils sont aujourd’hui confrontés à la même situation désastreuse que celle qu’ils couvrent », est-il écrit dans le communiqué. « Les journalistes endurent de nombreuses privations et difficultés dans les zones de guerre. Nous nous alarmons profondément face à la menace de la famine, une menace qui fait désormais partie de toutes ces difficultés ».
Le communiqué se termine par un appel lancé à Israël en faveur de l’entrée des journalistes internationaux dans la bande de Gaza, avec une déclaration qui précise qu’il est « essentiel » que la population locale « reçoive des vivres en quantité suffisante ».
Alors qu’Israël a critiqué, à plusieurs reprises, les médias internationaux pour s’être appuyés sur les informations qui provenaient des autorités du Hamas à Gaza, l’État juif a interdit aux journalistes d’entrer dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre, à l’exception de quelques voyages occasionnels et étroitement contrôlés par l’armée.
Le gouvernement a rejeté les demandes soumises par les médias qui réclamaient d’accéder librement au territoire palestinien, affirmant que la situation à Gaza était trop dangereuse pour autoriser une entrée dans la bande sans escorte militaire, une décision qui a été confirmée par la Haute Cour de justice au mois de décembre dernier.
La BBC a fait l’objet d’une attention particulière au cours des 18 derniers mois en raison de ce qu’un grand nombre d’observateurs et d’analystes ont considéré comme un parti pris anti-israélien dans la couverture des événements à Gaza – avec notamment le maintien en poste d’un journaliste gazaoui qui avait diffusé des clichés violemment antisémites sur les réseaux sociaux.
La chaîne a été fustigée par les soutiens d’Israël pour son refus de qualifier le Hamas de « terroriste », alors même que la branche militaire du groupe est interdite au Royaume-Uni et qu’il a été largement démontré qu’il avait systématiquement pris pour cible des civils le 7 octobre 2023, quand les hommes armés appartenant à l’organisation avaient massacré plus de 1200 personnes sur le sol israélien, des civils en majorité, et qu’ils avaient enlevé 251 personnes, qui avaient été prises en otage à Gaza.
L’AP a également suscité la controverse lors de l’attaque sanglante du 7 octobre – elle avait été mise en cause lorsqu’il s’était avéré que, peut-être, l’un de ses journalistes indépendants, Hassan Eslaiah, avait entretenu des des liens avec le Hamas. L’agence de presse avait aussi été accusée d’avoir eu connaissance de cette information avant le pogrom.
Eslaiah était entré en Israël aux côtés des terroristes pendant la prise d’assaut sanglante, couvrant leurs attaques à l’encontre des habitants de Nir Oz, l’une des communautés les plus touchées. L’AP avait nié avoir eu connaissance de cette possible affiliation mais elle avait rompu ses relations avec le journaliste au mois de novembre 2023, supprimant ses photos de son flux.
Fin mars, l’armée israélienne a indiqué qu’elle avait facilité 308 déplacements en direction des journalistes israéliens sur tous les fronts – y compris Gaza, le Liban et la Syrie – depuis le début de la guerre, accueillant généralement des groupes de deux à vingt reporters à la fois.
En revanche, seulement 36 voyages ont été accordés aux médias étrangers – toujours en compagnie de soldats. Presque tous ont été organisés en groupes plus importants, d’environ 20 personnes, et principalement à l’intérieur de Gaza.
Israël a été accusé de prendre pour cible les journalistes gazaouis pendant la guerre. L’armée a affirmé ne pas avoir mis en place une telle politique, ajoutant qu’un bon nombre nombre des journalistes qui ont pu perdre la vie pendant le conflit étaient des terroristes.
Dans certains cas, l’armée a fourni des documents saisis à des groupes terroristes à Gaza, où le nom des journalistes était répertorié dans les listes des membres du groupe.
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