Les Irakiens célèbrent le départ définitif des troupes américaines

Des défilés militaires marquent ce départ ; Washington s'engage à maintenir un soutien ciblé en matière de formation et de renseignement alors que les inquiétudes grandissent face aux milices et à l'État islamique

Des agents de sécurité irakiens faisant le signe de la victoire depuis des véhicules décorés de drapeaux nationaux, au sein d'un convoi célébrant le retrait total des troupes américaines d'Irak, à Bagdad, en Irak, le 30 septembre 2026. (Crédit : Hadi Mizban/AP)

BAGDAD, Irak — Mercredi, les Irakiens ont célébré le départ des forces américaines après plus de deux décennies de présence, même si beaucoup craignent qu’un vide sécuritaire ne renforce le pouvoir des milices soutenues par l’Iran ou ne favorise le retour du groupe terroriste sunnite État islamique (EI).

Le retrait des dernières troupes, principalement depuis une base aérienne située à Erbil, dans la région kurde semi-autonome, a mis fin à la plus grande guerre menée par les États-Unis ce siècle-ci, guerre qui a entraîné une dévastation et un chaos généralisés dont l’Irak ne s’est pas encore pleinement remis.

Téhéran et ses alliés ont salué ce retrait comme une victoire dans leur campagne visant à chasser les forces américaines du Moyen-Orient. Toutefois, ce retrait avait été convenu en 2024 sous la présidence de Joe Biden et mis en œuvre par l’administration de Donald Trump, alors même que celle-ci mène une guerre contre l’Iran voisin.

Pour marquer ce retrait, les troupes irakiennes ont défilé à bord de véhicules dans les rues de Bagdad et de la ville sainte chiite de Najaf.

Ce retrait « nous remplit de joie », a déclaré Ahmed Salah, un habitant de Bagdad, qui a affirmé se sentir renaître à l’âge de 70 ans.

Mais il a également ajouté qu’il était désormais temps que les puissants groupes déposent les armes, « et laissent au gouvernement la responsabilité de nous protéger, vous et moi, sur terre, dans les airs et sur l’eau ».

Des véhicules de sécurité irakiens, décorés de drapeaux nationaux et de rubans, défilant en convoi devant un panneau d’affichage représentant le commandant iranien Qassem Soleimani, le chef du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah Hassan Nasrallah et le commandant de milice irakien Abu Mahdi al-Muhandis, tous trois tués, assis avec des personnalités religieuses autour d’un feu, alors qu’ils célèbrent le retrait complet des troupes américaines d’Irak, à Bagdad, le 30 septembre 2026. (Crédit : Hadi Mizban/AP Photo)

Les forces américaines avaient envahi l’Irak en 2003 pour renverser le dictateur Saddam Hussein, déclenchant ainsi des années de troubles et de chaos. Les troupes américaines s’étaient initialement retirées fin 2011, mais elles étaient revenues moins de trois ans plus tard pour venir en aide aux forces irakiennes, après que les terroristes de l’État islamique ont pris le contrôle d’un tiers du territoire irakien et imposé un régime violent.

Plus de 4 500 soldats américains ont perdu la vie en Irak, soit environ deux fois plus que lors de la guerre parallèle en Afghanistan. Selon le projet « Iraq Body Count », plus de 200 000 civils irakiens ont été tués.

Le Pentagone a déclaré que les États-Unis et leurs partenaires de la coalition avaient officiellement mis fin à l’Opération « Inherent Resolve », mais que Washington continuerait à fournir une formation ciblée et un soutien en matière de renseignement à ses partenaires irakiens.

Les Irakiens devraient désormais prendre la tête des efforts visant à assurer la sécurité du pays, allié à la fois de Washington et de Téhéran, et à maintenir sous contrôle les derniers éléments de l’EI.

Des soldats américains et irakiens passant devant une affiche de Moqtada al-Sadr, à Bassorah, en Irak, le 10 juin 2008. (Crédit : Kim Gamel/AP Photo)

« La fin de la mission de la coalition internationale ne signifie pas la fin de notre combat contre le terrorisme, mais plutôt le passage de l’Irak à une phase où il assume l’entière responsabilité de sa sécurité et de sa stabilité », a déclaré le Premier ministre irakien Ali Faleh al-Zaidi dans un communiqué.

« Les vides sécuritaires peuvent être extrêmement dangereux »

Si le départ des forces américaines est largement plébiscité par les Irakiens, certains craignent que les forces de sécurité formées et financées par les États-Unis ne soient pas encore en mesure de protéger le pays.

« La leçon des deux dernières décennies est que les vides de sécurité peuvent être extrêmement dangereux », a déclaré Jassim al-Bahadli, analyste irakien et conseiller des forces de sécurité.

Des policiers irakiens se tenant à côté de véhicules de sécurité décorés de drapeaux nationaux et de rubans lors d’un convoi célébrant le retrait complet des troupes américaines d’Irak, à Bagdad, le 30 septembre 2026. (Crédit : Hadi Mizban/AP Photo)

Adil Salman, 45 ans, professeur d’anglais dans un lycée, a déclaré que les Irakiens « ne devraient pas se précipiter pour célébrer » ce retrait.

« Les milices opèrent toujours hors du contrôle de l’État et l’État islamique n’a toujours pas disparu », a-t-il déclaré.

« Je crains que le départ des États-Unis n’entraîne une nouvelle période d’instabilité. En fin de compte, les gens jugeront cette décision sur un seul critère : la sécurité restera-t-elle stable dans les années à venir ? »

Avec la présence des forces américaines aux côtés de groupes armés alliés à l’Iran, l’Irak s’est retrouvé pris dans la guerre de cette année.

Sur les 18 militaires américains recensés comme tués depuis que Trump a lancé l’Opération « Fureur épique » » aux côtés d’Israël en février, sept sont morts en Irak. Le dernier était un sergent de l’armée qui a perdu la vie lors de la destruction contrôlée d’un drone sur une base près d’Erbil en juillet.

L’Iran et ses alliés sortent vainqueurs

L’Iran, qui a consolidé son influence en Irak par l’intermédiaire de groupes armés alliés depuis la chute de Saddam Hussein, présente le retrait américain comme un triomphe pour son « axe de la résistance ».

« L’axe de la résistance » est le terme utilisé par les responsables iraniens pour désigner la République islamique et ses alliés anti-Israël, tels que le Hezbollah, les Houthis du Yémen et d’autres milices chiites en Irak et en Syrie.

Des agents de sécurité irakiens faisant le signe de la victoire à bord de véhicules décorés de drapeaux nationaux et de rubans, lors d’un défilé célébrant le retrait complet des troupes américaines d’Irak, à Bagdad, le 30 septembre 2026. (Crédit : Hadi Mizban/AP Photo)

Ce retrait soulève « la possibilité que les proxys de l’Iran se sentent de plus en plus forts en l’absence d’une présence militaire occidentale. Ces groupes pourraient tenter d’étendre leur rôle dans l’élaboration des politiques de l’État et de consolider leur présence au sein des institutions clés », a déclaré Ahmed Younis, analyste politique basé à Bagdad.

Certains responsables de la sécurité irakiens, tant au sein du gouvernement fédéral que dans la région kurde semi-autonome du nord, affirment que le retrait américain risque également de redonner un nouveau souffle aux combattants de l’État islamique. Ceux-ci conservent en effet un réseau de cellules dormantes, malgré la défaite de leur califat autoproclamé il y a près d’une dizaine d’années.

Lors du dernier retrait américain, l’armée irakienne s’est révélée incapable de faire face à l’EI : les soldats ont retiré leurs uniformes et ont pris la fuite lorsque le groupe s’est emparé de Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak, en 2014.

Depuis la défaite du califat autoproclamé de l’État islamique en 2017, les troupes américaines ont fourni aux forces de sécurité irakiennes des renseignements essentiels sur les mouvements du groupe terroriste, ainsi que des services de surveillance aérienne et de reconnaissance.

Des agents de sécurité irakiens montés sur des véhicules lors d’un convoi célébrant le retrait complet des troupes américaines d’Irak, à Bagdad, le 30 septembre 2026. (Crédit : Hadi Mizban/AP Photo)

« La question la plus importante aujourd’hui est de savoir si les institutions de sécurité irakiennes ont préparé un plan B viable pour la phase post-coalition », a déclaré le général à la retraite de l’armée irakienne Mohammed al-Jubouri, qui a commandé une brigade lors de la guerre contre l’État islamique.

« L’un des pires scénarios serait que l’État islamique se procure des drones armés ou chargés d’explosifs, alors que l’Irak ne dispose toujours pas de capacités de défense aérienne suffisantes pour contrer efficacement de telles menaces. »

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