Les Israéliens passent Shabbat à faire des allers-retours dans les abris

L'alerte initiale de l'attaque américano-israélienne a fait bondir la population hors du lit ; les dizaines de missiles balistiques lancés par l'Iran en représailles l'ont précipitée dans les abris

Une personne se mettant à l'abri alors que les sirènes retentissent à Jérusalem le 28 février 2026, après l'annonce du lancement d'une attaque préventive contre l'Iran par Israël. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu'il ne fallait pas laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire et a exhorté les Israéliens à « rester unis » après le lancement des frappes contre la République islamique par Israël et les États-Unis, le 28 février. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Samedi matin, à 8 h 13, les sirènes d’alerte ont rompu le silence matinal qui régnait sur Israël pour la première fois depuis des mois, avertissant des millions de personnes de se préparer à des attaques de missiles iraniens, alors que Jérusalem frappait l’Iran, en collaboration avec les forces américaines.

Le hurlement des sirènes, devenu monnaie courante depuis le 7 octobre 2023 en raison des attaques de missiles depuis Gaza, le Liban, l’Iran, le Yémen et d’autres fronts, mais que la plupart des Israéliens n’avaient plus entendu depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025 dans la bande de Gaza, a poussé la population du pays à se précipiter vers les abris. Beaucoup de gens ont sauté du lit, les yeux encore embrumés, alors qu’il s’agissait d’un matin de Shabbat normalement calme.

Les gens ont rapidement compris qu’il n’y avait pas encore de danger : les autorités de la défense israéliennes avaient déclenché les sirènes pour avertir la population du début de la campagne et la préparer à la menace de missiles attendue, comme elles l’avaient fait au début de la guerre de douze jours en juin 2025.

La population est sortie des abris, et quelques heures de calme tendu ont suivi, tandis que l’on apprenait que les États-Unis et Israël avaient frappé la République islamique de manière massive, que les dirigeants des deux pays ont déclaré vouloir renverser.

Au-delà des hauts dirigeants iraniens, la première vague de frappes a vraisemblablement touché le réseau de missiles iranien, retardant et limitant sa capacité à frapper l’État hébreu. Cependant, l’Iran a rapidement commencé à lancer ses missiles disponibles, et les alertes d’attaques réelles ont poussé des millions de personnes à se réfugier dans des abris tout au long de la journée.

Pendant près de deux mois, la population s’était préparée avec inquiétude à une reprise du conflit avec Téhéran. Les manifestations anti-régime, qui se sont généralisées dans tout l’Iran, ont été réprimées dans le sang, puis ont été suivies de menaces d’action militaire de la part des États-Unis. Les responsables iraniens ont répondu par des contre-menaces, avertissant qu’une frappe américaine entraînerait des représailles contre Israël.

Des personnes à l’abri, à Tel Aviv, le 28 février 2026. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

Les négociations entre Washington et Téhéran se sont alors orientées vers le programme nucléaire. Cependant, samedi, l’Iran n’avait manifestement pas réussi à convaincre le président américain Donald Trump qu’il était sérieux dans sa volonté de parvenir à un accord acceptable pour lui.

Samedi après-midi, au moins 40 missiles balistiques ont été tirés depuis l’Iran vers Israël dans une série de salves limitées, selon les premières estimations de l’armée israélienne.

Les systèmes de défense aérienne ont intercepté plusieurs de ces projectiles, tandis que d’autres ont touché des zones dégagées. Des fragments de missiles et d’intercepteurs ont également été retrouvés à travers le pays.

Ces salves étaient jusqu’à présent beaucoup moins importantes que celles lancées par l’Iran contre Israël lors du conflit de juin 2025, où Téhéran avait souvent envoyé plusieurs dizaines de missiles à la fois pour submerger les défenses israéliennes. On ignore encore si cela est dû aux dommages causés aux capacités de Téhéran pendant cette guerre, à l’assaut initial israélo-américain de samedi, à la confusion qui règne dans les rangs iraniens, ou à une combinaison de ces facteurs.


Un homme d’une cinquantaine d’années a été légèrement blessé dans le nord d’Israël pendant les attaques, a indiqué le service de secours du Magen David Adom (MDA) qui a précisé qu’il avait été blessé après être tombé dans un trou creusé par des fragments de missile.

D’autres personnes ont été soignées pour des blessures légères, notamment après être tombées en courant vers un abri ou en raison d’une crise d’anxiété, a ajouté le MDA.

En réponse à l’escalade, le Commandement du Front intérieur a annoncé que tous les grands rassemblements étaient interdits jusqu’à nouvel ordre. Plusieurs événements prévus pour le week-end à l’occasion de la fête de Pourim ont été annulés, et les groupes de protestation anti-gouvernement ont déclaré qu’ils annulaient leurs manifestations hebdomadaires du samedi soir.

« Nous soutenons les combattants et toutes les forces de sécurité dans la protection de l’État d’Israël », a déclaré le groupe de protestation Hofshi Be’Artzenu (Libres sur notre terre), appelant tous les Israéliens à suivre les directives de Tsahal.

Un homme portant deux enfants dans ses bras alors qu’il court se mettre à l’abri après le déclenchement des sirènes à Tel Aviv le 28 février 2026, à la suite de l’annonce du lancement d’une frappe préventive contre l’Iran par Israël. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

L’aéroport Ben Gurion a également annoncé qu’il suspendait ses activités jusqu’à lundi au moins, laissant d’innombrables Israéliens bloqués à l’étranger et des ressortissants étrangers bloqués en Israël, alors que la situation de l’espace aérien reste incertaine.

Lors de la première alerte, samedi matin, les habitants de plusieurs villes d’Israël, notamment Givatayim, Herzliya, Holon, Hadera et Givat Olga, se sont plaints que les abris antiatomiques publics étaient fermés, selon la presse israélienne.

Selon la chaîne N12, l’ordre du Commandement du Front intérieur d’ouvrir les abris n’est parvenu aux autorités locales que samedi matin et de nombreuses municipalités n’ont pas eu le temps de les ouvrir avant que les alarmes ne retentissent.

Des vidéos diffusées en ligne montrent des Israéliens blottis dans des abris publics, partageant des collations, plaisantant nerveusement et, dans certains cas, chantant ensemble en attendant que la menace passe.


Dans un espace protégé de Tel Aviv, une congrégation locale de la synagogue a poursuivi ses prières du samedi matin alors que les sirènes retentissaient et que les rues, d’ordinaire animées, se sont soudainement tues.

D’autres ont cherché refuge dans des abris moins conventionnels, notamment dans les stations de tramway souterraines et les parkings à proximité, descendant sous terre pour trouver une protection plus efficace.

« Nous n’avons pas d’abri dans notre immeuble », a déclaré Yaël, mère de deux jeunes enfants arrivée à la station Allenby de Tel Aviv, au journal Israel Hayom.

« Nous vivons près de Rothschild dans un vieil appartement sans pièce renforcée. Chaque fois qu’une sirène retentit, nous courons vers la cage d’escalier, mais je ne me sens pas en sécurité. Ici, sous terre, j’ai l’impression que les enfants sont mieux protégés. »

Des personnes se réfugiant dans un parking après le déclenchement des sirènes à Tel Aviv le 28 février 2026, à la suite de l’annonce du lancement d’une frappe préventive contre l’Iran par Israël. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

« Je vis seul au troisième étage, sans ascenseur et sans abri », a expliqué Moshe, 78 ans, au journal.

« Descendre à chaque fois que la sirène retentit est presque impossible pour moi. Ma fille m’a amené ici. Ce n’est pas chez moi, mais cela me rassure. »

Par ailleurs, les centres hospitaliers israéliens sont passés en mode urgence, conformément aux directives du ministère de la Santé, et ont transféré les patients dans un état critique ainsi que les opérations vers des complexes souterrains ou des espaces protégés. Ils ont également averti que seuls les patients en urgence devaient se rendre à l’hôpital.

La Dr. Oshrat Fono, de l’hôpital Beilinson de Petah Tikva, a publié une vidéo depuis le service fortifié de l’hôpital, indiquant que les patients pouvant rentrer chez eux avaient été autorisés à le faire, tandis que la plupart des autres avaient été transférés sur place.

Des patients et du personnel médical, dans un parking souterrain transformé en salle de soins à l’hôpital Ichilov de Tel Aviv, après le transfert de nombreux patients suite au déclenchement de la guerre et aux tirs de missiles de l’Iran vers Israël, le 28 février 2026. (Crédit : Flash90)

« L’hôpital a déjà commencé à descendre vers le parking d’urgence, où un hôpital d’urgence a été ouvert à l’intérieur d’un grand bunker capable d’accueillir un grand nombre de patients », a déclaré la Dr. Lena Koren Feldman, directrice de l’hôpital Rabin. « Les patients qui n’ont pas besoin de se rendre à l’hôpital ne doivent pas venir. »

« Tout le personnel de notre centre hospitalier s’est présenté rapidement et en nombre record », a déclaré le Pr. Masad Barhoum, directeur de l’hôpital Nahariya.

« Nous sommes prêts à faire face à tous les scénarios et prenons toutes les mesures nécessaires pour protéger nos patients et nos équipes. »

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