Les Juifs de l’Ontario attristés, mais pas surpris, par la fusillade devant une synagogue
Ses dirigeants accusent les discours anti-Israël et anti-sionistes d’alimenter la montée de l’antisémitisme et de mettre en danger les Canadiens juifs
TORONTO — Dimanche, à la veille de Yom Kippour, Doug Warren assistait à l’office de Kol Nidre à la synagogue « Sons of Jacob » de Belleville, en Ontario. Les prières étaient sur le point de commencer lorsqu’il a entendu des coups de feu.
« Le rabbin venait juste de nous inviter à entrer dans le sanctuaire. Nous étions en train d’y pénétrer quand nous avons entendu une forte détonation, et nous nous sommes tous arrêtés », a raconté Warren, 56 ans, à la Jewish Telegraphic Agency.
« On aurait dit que quelqu’un frappait violemment contre la fenêtre ou la porte. »
Il s’agissait d’un ancien soldat canadien de 29 ans qui échangeait des coups de feu avec un policier posté à l’extérieur de la synagogue. Le tireur, Sean Ward, originaire de Quinte West, en Ontario, a succombé à ses blessures mardi. Le policier, l’agent Jeff Smith, qui compte 13 ans d’ancienneté dans les forces de l’ordre, est toujours hospitalisé dans un état critique.
On sait peu de choses sur Sean Ward, qui a servi dans l’armée canadienne de 2017 à 2022 sans jamais avoir été déployé.
« Nous savions que cela allait arriver », a déclaré Warren, membre de Sons of Jacob et habitant de Belleville, à la JTA.
« En tant que Juifs, nous n’avons cessé de dire que nous sommes très préoccupés par la montée de l’antisémitisme. Que pensiez-vous qu’il allait se passer ? Les gens ne prenaient pas cela au sérieux. »
Alors que les coups de feu se poursuivaient, les personnes présentes se sont précipitées pour se mettre à l’abri.
« Certains ont suggéré d’aller au sous-sol, d’autres ont dit de sortir par la porte de derrière », se souvient-il.
« En même temps, on reste pétrifié parce qu’on ne sait pas ce qui se passe ni quoi faire. Finalement, les coups de feu ont cessé. »
Warren a ajouté que la communauté était extrêmement reconnaissante envers Smith, qui était posté à l’extérieur de la synagogue dans un véhicule banalisé.
« Ce type est un héros. Je peux vous dire que le tireur en avait après nous à l’intérieur et qu’il essayait d’abord d’éliminer nos agents de sécurité armés », a-t-il expliqué.
« Nous prions pour le rétablissement [de Smith]. »
Une fois sur place, la police a demandé à tout le monde d’attendre à l’intérieur jusqu’à ce que la zone soit sécurisée. Les personnes présentes ont ensuite été conduites au commissariat de Belleville, où l’on leur a proposé des donuts et du café, qu’ils ont poliment refusés, selon Warren, car ils jeûnaient pour Yom Kippour.
Richard Marceau, directeur juridique et vice-président senior du Center for Israel and Jewish Affairs (CIJA), a fait écho aux préoccupations de Warren.
« J’aimerais pouvoir dire que j’ai été surpris ou choqué, mais ce n’est pas le cas », a déclaré Marceau.
« Malheureusement, en 2026 au Canada, on en est venu à s’attendre à ce genre de choses. Cela nous montre simplement que la promesse du Canada a été rompue. »
La fusillade de Belleville s’est produite deux jours après l’arrestation d’Alexander Parfitt, 19 ans, soupçonné d’avoir publié en ligne des menaces de fusillade contre une synagogue du sud de l’Ontario.
Marceau estime que les responsables politiques canadiens n’ont pas suffisamment pris en compte la menace que représente l’antisémitisme.
« On a assisté à un échec à tous les niveaux, tant dans le secteur politique que dans les forces de l’ordre », a-t-il déclaré.
« C’est une incapacité à comprendre les menaces auxquelles les Juifs sont confrontés. »
Selon Marceau, les discours anti-Israël et anti-sionistes ont également contribué à la flambée de l’antisémitisme et mis en danger les Juifs canadiens.
« L’anti-sionisme alimente la violence à l’encontre des Canadiens, et le deux-poids-deux-mesures à l’égard d’Israël joue un rôle », a déclaré Marceau.
« Les responsables politiques ont besoin d’un plan clair, et pas seulement de parler des idéologies extrémistes, des organisations et des acteurs étatiques étrangers. Il faut organiser une réunion entre tous les niveaux de gouvernement pour s’assurer que les réseaux extrémistes soient démantelés. »
Le sentiment anti-Israël a été un sujet de controverse dimanche soir.
Peu après 20 h, Avi Lewis, homme politique juif canadien et chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), a publié un message sur le réseau social X indiquant qu’à l’occasion de Yom Kippour, il « réfléchissait au fait que nous n’avons pas fait notre part pour mettre fin à un génocide en cours commis en notre nom ».
Environ une heure plus tôt, Ward avait ouvert le feu devant le lieu de culte Sons of Jacob. On ignore si Lewis savait que la fusillade avait eu lieu au moment où il a publié son message. Il n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Le député canadien Anthony Housefather a réagi au message de Lewis, affirmant : « Il est ignoble de tenir les Juifs canadiens et les Juifs du monde entier collectivement responsables d’événements sur lesquels ils n’ont aucun contrôle. »
Le lendemain, Lewis a répondu dans une publication que cette attaque « nous rappelle une fois de plus tout le chemin qu’il reste à parcourir pour créer un Canada où les personnes de toutes confessions, y compris les Juifs, se sentent véritablement en sécurité pour pratiquer leur culte, se rassembler et vivre sans crainte ».
Lors d’une conférence de presse, il a rejeté les accusations selon lesquelles il rendait les Juifs collectivement responsables des actions d’Israël.
Malgré ce dont il a été témoin dimanche soir, Warren reste confiant dans la résilience de sa communauté juive locale. Ne pouvant pas accéder à leur synagogue, Warren a expliqué que la congrégation des Sons of Jacob s’était réunie lundi soir dans un hôtel Best Western pour l’office.
« Nous voulons continuer, mais nous savons que ce ne sera pas facile. Nous serons peut-être émus lorsque nous retournerons pour la première fois à l’intérieur de la synagogue, et nous devrons simplement surmonter cela », a-t-il déclaré.
« Cela ne nous arrêtera pas. »