Israël en guerre - Jour 196

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Analyse

Les lourdes conséquences de la catastrophe de jeudi à Gaza

L'incident pourrait compliquer les 2 objectifs principaux de la guerre - l'élimination du Hamas et le retour des otages, exacerber les frictions sur d'autres fronts et renforcer les appels pour un cessez-le-feu permanent

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Image aérienne montrant des foules en train d'affluer vers des camions de livraison d'aide humanitaire dans le nord de Gaza, publiée le 29 février 2024. (Crédit : Armée israélienne)
Image aérienne montrant des foules en train d'affluer vers des camions de livraison d'aide humanitaire dans le nord de Gaza, publiée le 29 février 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Dès le début de cette guerre décisive pour Israël – dont l’objectif est de démanteler le Hamas et de le priver de toute capacité à se relever et à perpétrer de nouvelles atrocités comme celles du 7 octobre – les Etats-Unis, principal allié d’Israël, ont imploré le gouvernement de tout mettre en œuvre pour garantir l’acheminement d’une aide humanitaire suffisante dans la zone de guerre de Gaza et d’envisager une autre forme de gouvernance civile pour ce territoire, en lieu et place du Hamas.

Deux préoccupations que les services de sécurité israéliens ont également exprimées.

Nul ne peut affirmer que, même si les dirigeants israéliens avaient déployé les efforts les plus assidus pour résoudre ces deux problèmes, ils auraient pu empêcher jeudi matin la mort de nombreux habitants de Gaza au cours de la cohue et du chaos autour d’un convoi de camions d’aide humanitaire. Toutefois, dans la mesure où Israël est largement considéré, et se considère, comme la seule autorité n’appartenant pas au Hamas dans la bande de Gaza déchirée par la guerre, c’est à Israël que la communauté internationale, tant ses ennemis implacables que ses plus fidèles partisans, attribue la responsabilité ultime de l’incident.

La nature même du désastre, à savoir, la convergence désespérée de larges foules vers des denrées précieuses dont la seule voie d’accès à Gaza passe par les postes d’inspection israéliens, montre bien pourquoi Israël est pointé du doigt. Et peu importe si Israël affirme que l’aide qu’il met à disposition est bien plus importante que celle que les Nations unies (ONU) ont pu distribuer, que le désespoir lié à la pénurie de nourriture et de fournitures est largement dû à un Hamas qui reste encore en partie puissant et qui réquisitionne l’aide, et que les morts de jeudi étaient presque tous dus aux mouvements de foule autour des camions et au fait que des personnes se sont fait écraser, et que des hommes armés gazaouis ont également tiré sur la foule.

Le 17 octobre, le Hamas accusait une frappe aérienne israélienne d’avoir touché l’hôpital al-Ahli dans la ville de Gaza, causant la mort de centaines de personnes. Cette allégation, qui a été largement diffusée juste après l’événement et à laquelle les détracteurs d’Israël croient peut-être encore, a toutefois été assez rapidement démentie de manière crédible : l’explosion avait été provoquée par une roquette du Jihad islamique mal tirée. Les détails et le contexte de l’incident de jeudi sont plus complexes et potentiellement beaucoup plus lourds de conséquences.

Le président américain Joe Biden a déjà indiqué que cela compliquerait la réalisation de l’un des deux principaux objectifs d’Israël dans cette guerre, à savoir le retour des 130 otages toujours détenus par les terroristes dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre.

Cela risque également de compliquer la réalisation du second objectif principal, à savoir le démantèlement complet du Hamas. Les Etats-Unis, dont Israël dépend fortement pour son soutien militaire et diplomatique, ont prévenu qu’ils n’avaient pas encore vu le plan d’Israël pour attaquer le dernier bastion du Hamas, Rafah, à la frontière égyptienne, en prenant soin d’éviter de causer de lourdes pertes civiles.

Le chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, a présenté son plan pour Rafah au cabinet de guerre en début de semaine, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, lors d’une conférence de presse jeudi soir, s’est montré catégorique : Israël s’attaquera aux quatre bataillons du Hamas qui y sont retranchés. « Nous le ferons en évacuant les civils des zones de combat », a-t-il promis. « Nous le ferons en prenant soin de leurs besoins humanitaires, et nous le ferons dans le respect du droit international. »

La mort de civils jeudi dans une zone du nord de Gaza où Israël affirme depuis des semaines avoir pris le contrôle de la situation ne fera que renforcer les inquiétudes des alliés d’Israël face à l’éventualité de nouvelles morts de non-combattants dans le conflit qui fait rage, et en particulier à Rafah.

Cet incident renforcera la pression exercée dans pratiquement toutes les sphères internationales en faveur d’un cessez-le-feu permanent, sans destruction du Hamas.

Biden est déjà très méfiant de la gestion de la guerre par Netanyahu, il est farouchement opposé à l’agenda pro-implantation du Premier ministre, il a renforcé les sanctions contre les résidents violents des implantations, il a publiquement critiqué les alliés d’extrême droite de la coalition de Netanyahu, et il est convaincu que la survie ultime d’Israël dépend d’un arrangement viable avec les Palestiniens. Pour un président qui se bat pour sa réélection, trouver l’équilibre entre son sionisme, son antipathie pour le Premier ministre, son électorat et sa campagne est une tâche de plus en plus difficile.

Le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, qui se vanterait de tenir Israël là où il le souhaite et qui croit que la pression internationale préviendra la défaite du Hamas, ne pourra que s’en réjouir.

Il faut également s’inquiéter de l’impact de l’incident sur les multiples autres fronts où Israël et Tsahal sont déjà engagés – ou pourraient l’être.

Il s’agit notamment du nord du pays, où les affrontements entre le Hezbollah et Israël dégénèrent peu à peu en une guerre. Il s’agit également de la Cisjordanie, où un membre des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) a tué deux Israéliens lors d’une attaque terroriste jeudi après-midi.

Il pourrait aussi s’agir du complexe d’Al-Aqsa, au sommet du mont du Temple, ainsi que de Jérusalem-Est, où l’arrivée du ramadan est toujours synonyme de frictions, et où le Hamas tente sans relâche de semer le trouble depuis les massacres du 7 octobre, qu’il a, par ailleurs, baptisé « Déluge d’Al-Aqsa » afin de conférer une légitimité religieuse à un massacre de masse barbare.

Finalement il s’agirait également du front intérieur d’Israël, où les efforts du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, visant à imposer des restrictions non spécifiées à l’accès des citoyens arabes à la mosquée Al-Aqsa n’ont pas encore été définitivement annulés par Netanyahu.

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