Les menaces contre la commissaire pro-Israël de la NYPD, un tournant pour les Juifs de New York
Si Jessica Tisch venait à être limogée, ce serait le départ d’une responsable qui est considérée par les Juifs pro-israéliens comme leur rempart face à la mairie - ce qui interrogerait quant à la réponse du maire Mamdani face à l’antisémitisme
Les partisans de la commissaire de la police de New York, Jessica Tisch, ont assurément dû être déconcertés quand le maire de la Grande Pomme, Zohran Mamdani, s’est refusé à dire s’il s’apprêtait à la licencier lors d’un entretien qu’il a accordé dimanche à une chaîne d’information câblée.
Une question qui n’est pas sortie de nulle part. Il faut dire que la base électorale de Mamdani éprouve une certaine rancœur à l’égard de Tisch depuis que des agents qui appartenaient à l’ICE ont abattu un immigrant sans papiers dans le Bronx, jeudi dernier, provoquant des affrontements entre la police et les manifestants qui se trouvaient sur place. Le lendemain, 17 élus et candidats d’extrême-gauche de la ville ont signé une lettre qui ont demandé le remplacement de la numéro un de la NYPD – à moins qu’elle n’accepte d’entreprendre des réformes policières majeures.
Les coups de feu meurtriers – en plus de la réaction qui a été celle de la police de New-York face à cet incident – n’ont aucun lien direct avec Israël ou avec la problématique de l’antisémitisme qui sévit dans la ville. Mais la colère qui s’exprime aujourd’hui à l’encontre de Tisch, contestée à son poste (et l’incertitude s’agissant de la durée de son mandat) a largement précédé, en réalité, les événements qui sont survenus jeudi. Elle est par ailleurs susceptible d’avoir des implications profondes pour la communauté juive de la ville.
Si les neuf mois de mandat de Mamdani ont été marqués par des affrontements avec les principaux groupes juifs de New York, une destitution de Tisch pourrait entraîner une nouvelle rupture qui serait indubitablement la plus grave à ce jour. Le licenciement de la commissaire signifierait le départ d’une responsable qui est considérée par les Juifs pro-israéliens comme leur rempart face à la mairie, ce qui soulèverait une nouvelle fois des questions sur l’engagement qui a été réaffirmé à maintes reprises par Mamdani s’agissant de la lutte contre l’antisémitisme et sur sa réelle volonté de s’attaquer à l’antisionisme.
La commissaire de la police de New York, une juive pro-israélienne modérée, issue d’une famille milliardaire, forme un duo insolite avec le maire socialiste, farouchement anti-israélien. Tisch, qui n’a jamais fait carrière dans la police, a pris ses fonctions il y a presque deux ans maintenant après avoir travaillé pour la municipalité et elle a été saluée pour ses compétences en matière de gestion. Son professionnalisme a été reconnu par l’équipe du prédécesseur de Mamdani, Eric Adams et quand le nouveau maire lui a demandé de rester, elle a accepté, rassurant ainsi les esprits modérés et le monde des affaires.
Le soulagement a été particulièrement palpable parmi les Juifs pro-israéliens de New York – un grand nombre d’entre eux, inquiets, avaient voté contre l’homme qui avait fait savoir, pendant sa campagne, que l’activisme pro-palestinien était au cœur de son identité politique. Le maintien de Tisch à la tête de la NYPD a signifié qu’elle dirigerait un service qui se trouve souvent en première ligne face aux actes antisémites et qui assure l’ordre lors des manifestations anti-israéliennes.
Tisch « a toujours été présente aux côtés des Juifs de New York qui sont confrontés à des niveaux sans précédent d’attaques antisémites et elle s’est efforcée de renforcer les partenariats communautaires », avait commenté Mark Treyger, le président directeur général du Conseil des relations communautaires juives de la ville, lors de sa reconduction, selon la JTA. « Nous nous réjouissons de travailler en étroite collaboration avec elle pour renforcer la confiance de la communauté et pour avancer vers notre objectif commun : garantir la sécurité et le soutien de chaque New-Yorkais ».
Depuis lors, Tisch a établi une relation de travail avec Mamdani sans pour autant renoncer à ses sentiments pro-israéliens ni à son engagement sans faille en faveur de la sécurité des membres de la communauté juive. Lorsqu’une manifestation qui avait été organisée devant une synagogue à l’occasion d’un événement immobilier israélien avait donné lieu à des appels à la violence et à des propos antisémites, Mamdani avait tenu des propos équivoques. Tisch, de son côté, avait présenté des excuses bienvenues à la communauté la semaine suivante, s’engageant à réagir différemment la prochaine fois qu’un rassemblement similaire serait amené à se dérouler.
Quand Tisch avait été interrogée sur le refus de Mamdani de participer au défilé pro-israélien qui est traditionnellement organisé par la ville, au mois de mai dernier, elle avait répondu : « C’est la décision qui a été prise par le maire de ne pas défiler, et c’est ma décision de le faire avec fierté ».
Et quand une attaque antisémite avait pris pour cible la Central Synagogue, dont Tisch a la responsabilité, elle y avait pris la parole le vendredi suivant, dans la soirée.
« Les institutions juives ne seront pas abandonnées s’agissant de leur protection, eles garderont un partenaire au sein du service de police de la ville de New York. Il ne sera pas dit aux familles juives qu’elles devront accepter la peur comme prix à payer pour pratiquer leur foi à New York », avait-elle affirmé.
Tisch a également fait quelque chose que Mamdani, pour sa part, a été dans l’incapacité de faire : dénoncer explicitement la manière dont la vague de sentiments anti-israéliens a contribué à la recrudescence de l’antisémitisme dans la ville au cours des trois dernières années.
« Un grand nombre des manifestations qui sont survenues sur les campus universitaires ont été particulièrement ignobles, avec des expressions ouvertes et flagrantes d’intolérance », a-t-elle dit dans un discours prononcé en 2025 lors d’une conférence de l’Anti-Defamation League (ADL).
« Dans de nombreux cas, la cible des manifestants n’a pas été – et n’est toujours pas – la politique ou la géopolitique israélienne, ou encore les horreurs de la guerre, mais elle a été le peuple juif lui-même ».
C’est cette approche – et la politique qui en a découlé au sein des forces de l’ordre – qui a fait naître la colère des partisans progressistes et pro-palestiniens de Mamdani, et ce, avant même les coups de feu des agents de l’ICE qui ont visé un immigrant, jeudi dernier. Les principaux groupes pro-palestiniens de la ville ont soutenu les manifestations anti-israéliennes qui ont été organisées sur les campus ou dans les rues, et ils ont rejeté avec fureur la répression policière qui a pu être exercée à leur encontre.
Les organisations pro-palestiniennes qui disent être engagées dans la lutte contre l’antisémitisme affirment avec force que s’opposer à Israël ne constitue pas une discrimination à l’égard des Juifs.
La même approche a été adoptée par Mamdani dans sa récente stratégie de lutte contre l’antisémitisme – une stratégie qui ne mentionne Israël qu’en passant, dont le mot « sionisme » est totalement absent et qui n’aborde pas les cas où la haine de l’État juif est susceptible de tourner à l’incitation à la haine et à la violence. Cette omission a entraîné des réprimandes de la part des mêmes groupes qui ont par ailleurs eu l’occasion de saluer l’approche de Tisch. La déclaration qui a été faite par Mamdani, à l’occasion de la date-anniversaire du pogrom du 7-Octobre – un communiqué qui a été critiqué par de nombreux groupes juifs de la Grande Pomme – n’a rendu que brièvement hommage aux victimes du massacre qui avait été commis par le Hamas et elle n’a pas évoqué le mot « Juif ».
Ce troisième anniversaire de l’attaque de triste mémoire, qui a été marqué la semaine dernière et qui a donné lieu à une grande manifestation anti-israélienne, a également renforcé les pressions exercées sur Tisch, avec une tension qui n’a fait que s’intensifier avec les coups de feu des agents de l’ICE à Brooklyn, qui sont survenus le lendemain. Dans les deux cas, des groupes d’extrême gauche ont fustigé la réponse apportée par la NYPD aux mouvements de protestation et ils ont spécifiquement dénoncé Jessica Tisch.
Les élus socialistes qui ont pris pour cible Jessica Tisch après les coups de feu meurtriers ont d’ailleurs fait part des mêmes revendications que les manifestants pro-palestiniens lors du rassemblement du 7-Octobre : ils ont exigé la dissolution du Groupe d’intervention stratégique de la NYPD, une unité qui est chargée de maintenir l’ordre lors des manifestations, et ils ont demandé à ce qu’un ultimatum soit lancé à Jessica Tisch – allant jusqu’à évoquer la possibilité d’un licenciement pur et simple.
Émise dans la soirée de vendredi, les élus socialistes affirmaient dans leur déclaration que « Jessica Tisch doit mettre un terme à l’aide qui est apportée par la police de New York aux opérations menées par l’ICE et elle doit dissoudre le Groupe d’intervention stratégique de la police de New York — et si elle refuse, elle doit alors être licenciée ». La section new-yorkaise des Socialistes démocrates d’Amérique, à laquelle appartient Mamdani, a formulé des revendications similaires.
Le 9 octobre, dans son propre communiqué, le Palestinian Youth Movement, l’un des organisateurs de la manifestation qui avait eu lieu le 7 octobre, a indiqué que Mamdani « a permis à Jessica Tisch, qui œuvre à la protection des intérêts sionistes et des liens entre la NYPD et Israël, de continuer à diriger les services de police de la ville ». Il a réclamé le licenciement de la responsable et la dissolution du SRG.
Mamdani — qui était une figure incontournable des rassemblements pro-palestiniens, mais qui est aujourd’hui hué par ces mêmes manifestants — cédera-t-il aux pressions ?… Il avait précédemment déclaré que Tisch resterait à son poste, un engagement qu’il n’a pas répété lors de son interview, dimanche. Lundi, il a annoncé qu’il allait procéder à « un examen complet du recours à la force de la part de la NYPD », sans faire la moindre mention de Tisch ni du SRG.
Les relations de Mamdani avec les principaux groupes juifs pro-israéliens de la ville risquent de rester tendues, que Tisch soit renvoyée ou maintenue à son poste. Ces groupes ont critiqué à plusieurs reprises le discours et la rhétorique employés par le maire et ils ont clairement fait savoir qu’ils ne le considéraient pas comme un partenaire fidèle dans la lutte contre la recrudescence de l’antisémitisme dans la ville – et c’est un euphémisme.
Mais avec Tisch à la tête de la NYPD, ils pouvaient compter sur le soutien de la plus haute responsable des forces de l’ordre au sein de la Grande Pomme. Si Mamdani la licencie, ou si elle décide qu’elle en a assez et qu’elle démissionne, les Juifs new-Yorkais se trouveront plongés dans une nouvelle ère inconnue qui, pour beaucoup, sera encore plus inquiétante.