Les partis d’opposition disent vouloir remplacer rapidement le président de la Knesset, Amir Ohana

Les formations anti-Netanyahu auraient engagé des discussions, mais Liberman pourrait se montrer réticent à s'allier avec des députés arabes ; elles prévoient ensuite de créer une commission d'enquête nationale sur le 7-Octobre

Le président de la Knesset Amir Ohana lors d'une séance plénière à la Knesset, à Jérusalem, le 25 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon des informations diffusées vendredi, les partis politiques opposés au Premier ministre Benjamin Netanyahu prévoient de démettre de ses fonctions l’actuel président de la Knesset, Amir Ohana (Likud), peu après l’investiture de la nouvelle Knesset, qui aura lieu le mois prochain.

Le « bloc du changement » – composé de Yashar, BeYahad, HaDemocratim et Yisrael Beytenu -, associé aux partis à direction arabe que sont la Liste arabe unie et le Raam, détient la majorité des 120 sièges de la Knesset, avec 67 sièges. Il sera donc en mesure de limoger Ohana de son poste actuel.

Barak Seri, commentateur politique de la chaîne N12, a indiqué vendredi qu’un accord visant à destituer Ohana avait déjà été conclu. Si Seri n’a pas précisé qui serait le candidat susceptible de le remplacer, certaines informations laissent entendre que les partis d’opposition envisageraient de faire appel à l’ancien Premier ministre Yair Lapid.

S’exprimant vendredi soir aux côtés de Seri sur N12, le président du parti HaDemocratim, Yair Golan, a déclaré que « la première chose que nous ferons » après l’investiture de la 26e Knesset sera de nommer un nouveau président, puis de désigner les présidents des commissions et de mettre en place une commission d’enquête nationale sur le massacre qui a été perpétré le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël sous les ordres du Hamas.

Selon Seri, le vote pour élire le nouveau président de la Knesset devrait avoir lieu le jour même de l’investiture de la nouvelle Knesset, le 10 novembre, quelles que soient l’évolution des négociations en cours pour former la prochaine coalition.

La chaîne d’information Kan a également rapporté vendredi que le bloc de l’opposition prévoyait de remplacer Ohana sans tarder. Elle a toutefois précisé que Liberman n’était pas pour autant favorable à cette initiative ; il reste en effet réticent à l’idée de coopérer avec les partis arabes de la Knesset, dont le soutien sera nécessaire pour mener à bien ce changement.

Si Liberman venait à refuser de voter en faveur de cette mesure, les dirigeants des autres formations ont invité son parti à s’abstenir, ce qui permettrait tout de même à l’opposition d’obtenir la majorité simple en séance plénière, a précisé la chaîne.

Le député Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, présidant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 15 juin 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Interrogé par N12, Golan s’est également montré optimiste quant à la possibilité pour le bloc du changement de former le prochain gouvernement avec le soutien des partis à direction arabe, alors même que Liberman a publiquement refusé d’envisager cette option.

Golan a fermement rejeté l’idée d’un gouvernement d’union nationale auquel participerait le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, affirmant : « Absolument pas. Ce serait un nouveau gouvernement Netanyahu… Cet homme représente un risque pour la sécurité nationale. »

Golan a fait valoir que les partis d’opposition « peuvent former un gouvernement, et doivent former un gouvernement », même s’ils n’ont obtenu que 48 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Avec le Raam, le bloc disposerait de 56 sièges, tandis que la Liste arabe unie en détient 11 autres.

Le président du parti HaDemocratim, Yair Golan (à droite), rencontre le président du Ra’am, Mansour Abbas, le 29 octobre 2026. (Autorisation)

Golan a indiqué avoir rencontré jeudi le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, le numéro deux de BeYahad, Yair Lapid, et le dirigeant du Raam, Mansour Abbas. « J’ai constaté que tous trois étaient profondément déterminés à former un gouvernement », a-t-il souligné.

Le Raam pourrait rejoindre le bloc du changement au sein d’une coalition et la Liste arabe unie pourrait apporter son soutien de l’extérieur, a fait valoir Golan. Il a ajouté que les partis arabes pourraient accepter de ne pas occuper de sièges au sein du cabinet de sécurité, compte tenu des « sensibilités de l’opinion publique israélienne ».

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, aux côtés de membres de son parti sur scène après la publication des sondages à la sortie des urnes, à Sakhnin, dans le nord d’Israël, le 27 octobre 2026. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Golan a réaffirmé que l’alliance de l’opposition « formera un gouvernement qui, j’en suis convaincu, pourra être stable, mais même s’il ne dispose que d’un mandat limité, nous serons en mesure, dans un délai relativement bref, de sauver la démocratie israélienne et, surtout, la sécurité d’Israël ».

Selon N12, Liberman et Lapid ont prévu de s’entretenir dès samedi à propos du remplacement d’Ohana.

Vendredi, Liberman a rappelé que son parti refusait de rejoindre toute coalition incluant les deux partis dirigés par des Arabes au sein de la prochaine Knesset. « Nous ne siégerons pas aux côtés de partisans du terrorisme ! », a-t-il écrit sur Facebook, citant plusieurs déclarations et actions de députés du Raam et de la Liste arabe unie.

Il a notamment évoqué le soutien apporté par le député de la Liste arabe unie Ofer Cassif, le seul membre juif de la faction, à la plainte pour génocide portée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice, le refus du député du Raam Yasser Hujirat de qualifier le Hamas d’organisation terroriste, ainsi que l’hymne national palestinien entonné par le député de la Liste arabe unie Osama Saadi au soir des élections.

Le mois dernier, la Haute Cour a annulé une décision de la Commission centrale électorale qui visait à disqualifier à la fois le Raam et la Liste arabe unie. La Cour a toutefois fait pression sur Sami Abu Shehadeh, président du Balad – l’une des trois factions de la Liste arabe unie – pour qu’il renonce à sa candidature, sous peine d’être disqualifié pour avoir exprimé son soutien à la lutte armée contre Israël.

« Quiconque souhaite s’appuyer sur des partisans du terrorisme est libre de le faire », a écrit Liberman. « Yisrael Beytenu, lui, ne le fera pas. »

L’ancien ministre de la Défense appelle à la coopération avec le Raam

Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense belliciste devenu un critique virulent de Netanyahu, a appelé vendredi les partis d’opposition à majorité juive à former un gouvernement avec le Raam et à proposer un poste ministériel à son président, Mansour Abbas.

Dans un long message publié sur X, Yaalon, qui a affirmé connaître personnellement et professionnellement le dirigeant du Raam, a fait l’éloge d’Abbas, qu’il a présenté comme un « leader arabe israélien courageux », faisant valoir qu’il avait à la fois reconnu Israël comme un État juif et démocratique et qu’il soutenait le service obligatoire universel, militaire ou civil – autant de conditions posées par Eisenkot pour toute collaboration avec un parti.

Moshe Yaalon prend la parole lors d’un rassemblement anti-gouvernemental sur la place Habima à Tel Aviv, le 21 avril 2025. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Il a opposé les actions d’Abbas à celles des ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, rappelant ainsi comment, lors des violents affrontements qui ont éclaté dans les villes mixtes juives-arabes en mai 2021, il s’était rendu sur les lieux des violences « pour éteindre » les flammes attisées par « les kahanistes de Ben Gvir » – une référence au défunt rabbin d’extrême droite Mair Kahane.

« Je connais Itamar Ben Gvir depuis l’époque où il faisait l’objet d’une surveillance du Shin Bet, lorsqu’il incitait à la haine, à l’agitation et à la violence dans la région d’Hébron », a écrit Yaalon. « Il a été condamné pour huit chefs d’accusation distincts liés à ses agissements, notamment pour soutien à une organisation terroriste (juive).

« Je connais Bezalel Smotrich depuis l’époque qui a précédé le désengagement, lorsqu’il a été arrêté, suspecté d’avoir prévu de faire exploser 700 litres de carburant sur la route 1 », a poursuivi l’ancien ministre de la Défense et chef de l’armée israélienne.

« Mansour Abbas n’est pas juif. J’espère néanmoins que la majorité des citoyens israéliens se reconnaissent davantage dans ses valeurs que dans celles des messianistes, des racistes et des fascistes. »

« Mansour Abbas doit être nommé ministre au sein du gouvernement israélien », a lancé Yaalon. « Nous devons nous opposer aux règles imposées par ceux qui sont responsables des événements du 7-Octobre et qui sont prêts à réduire le pays en cendres dans le seul but de se maintenir au pouvoir. »

Les dirigeants des partis désignent les présidents de groupe

Les partis qui feront leur entrée à la 26e Knesset ont commencé à nommer les présidents de leurs groupes parlementaires respectifs en vue de la cérémonie d’investiture, qui aura lieu le 10 novembre.

Eisenkot a annoncé qu’il confierait la présidence du groupe parlementaire de son parti au nouveau député Roy Folkman. Folkman a été député à la Knesset pour le parti Kulanu, aujourd’hui dissous, entre 2015 et 2019, et a occupé le poste de président de groupe parlementaire du mouvement.

Eisenkot a décrit Folkman comme un homme doté d’une « solide expérience politique » et possédant « la finesse intellectuelle, la créativité et les qualités de dirigeant avérées » essentielles pour occuper ce poste.

Bennett, du parti BeYahad, a quant à lui nommé le député Eitan Ginzburg, représentant du parti Kakhol lavan dans le parlement sortant, au poste de président de son groupe à la Knesset.

Né en Argentine, Ginzburg a déjà occupé plusieurs fonctions parlementaires. Il a notamment présidé plusieurs commissions à la Knesset. Il a également occupé le poste de ministre de la Communication pendant une brève période de six semaines, avant la dissolution du gouvernement Netanyahu-Gantz en juin 2021.

read more: