Les pays du Golfe pris en défaut face aux drones d’Iran
Téhéran a lancé plus de 1 000 drones, essentiellement des Shahed-136, contre les pays du Golfe
Installations énergétiques, centres de données, bases militaires et hôtels de luxe : en multipliant contre les pays du Golfe les frappes de drones à longue portée, l’Iran exploite l’inadaptation de leurs défenses face à cette menace à bas coût pour obtenir des Etats-Unis la fin de la guerre.
Depuis son déclenchement samedi, « l’Iran a principalement utilisé des missiles balistiques pour attaquer Israël, mais s’est appuyé sur des drones pour attaquer les pays du Golfe », pointent dans une note l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) et le Critical Threats Project (CTP), deux centres de réflexion américains spécialisés dans l’étude des conflits.
Quand Israël a été la cible de « plus de 50 drones tirés depuis l’Iran », indiquait dimanche soir l’armée israélienne, Téhéran a lancé plus de 1 000 drones, essentiellement des Shahed-136, contre les pays du Golfe.
Aux Emirats, contre qui plus de 800 drones et environ 200 missiles ont été tirés, un hôtel de luxe de Dubaï, la base navale française d’Abou Dhabi ou encore une usine de dessalement ont été visés.
En Arabie saoudite, c’est l’ambassade américaine qui a été touchée mardi par deux drones, tandis que la gigantesque raffinerie de Ras Tanura a dû interrompre certaines opérations après une frappe.
Bahreïn, le Koweït, le Qatar, Oman et la Jordanie ont également été frappés.
« Guerre d’usure »
Pour Steve Feldstein, chercheur au centre Carnegie, le recours à ces drones valant quelques dizaines de milliers de dollars constitue un « moyen important pour le régime (iranien) pour imposer des coûts à ses adversaires ». Et ce facteur ne fera qu’augmenter à mesure que le conflit se prolonge.
Le Shahed-136, fourni par l’Iran à la Russie qui le produit désormais par milliers sous le nom de Geran-2 dans sa guerre contre l’Ukraine, est incomparablement moins cher que les missiles tirés pour les intercepter, explique à l’AFP une source industrielle européenne spécialisée dans ces questions.
Pour cette source, c’est un « outil pour une guerre d’usure » visant à épuiser les ressources de l’adversaire.
La défense antiaérienne des pays du Golfe n’est pas dimensionnée pour y faire face.
S’ils n’utilisent pas les très coûteux missiles Patriot, préservés pour détruire des cibles complexes comme des missiles, ils ont recours à des systèmes comme le Nasams ou l’Avenger, dont les missiles valent plusieurs centaines de milliers de dollars, note-t-elle. Les Emirats disposent également du système antidrones Coyote qui reste « très cher ».
Et si les Shahed, guidés par GPS, peuvent être brouillés, les capacités de brouillage des pays de la région sont « faibles » et « créeraient beaucoup de difficultés, y compris pour les systèmes de défense, poursuit cette source.
« En Ukraine, le territoire est constellé de systèmes de détection acoustique, de drones antidrones qui permettent d’abattre les Shahed à un faible coût. Il n’y a pas de ça du tout dans les pays du Golfe », selon la source industrielle, pour qui « les leçons observées en Ukraine n’ont pas été apprises, notamment par les Américains ».
Washington a toutefois déployé ces dernières semaines dans la région des avions d’attaque A-10, dont le canon peut être utilisé contre les drones – comme les Israéliens le font avec leurs hélicoptères Apache.
L’Ukraine s’est elle dite « prête à aider et partager (son) expérience » dans la lutte antidrones.
« Faire monter la pression »
Contrairement à la guerre des 12 Jours en juin où Téhéran s’était limité à des frappes contre Israël, en attaquant cette fois les voisins du Golfe, « le calcul de l’Iran, c’est de faire monter la pression le plus rapidement possible pour que ces pays-là fassent ensuite pression sur les Etats-Unis », pour qu’ils mettent fin à leurs frappes, analyse Camille Lons, spécialiste du Golfe au centre de recherche ECFR.
« Contrairement à Israël, ces pays ont très peu de résilience face à la pression militaire » et leur société est moins préparée à y faire face, selon elle.
Et si l’Iran a frappé si rapidement, c’est de crainte de voir ses propres capacités offensives vite entamées par les coups de boutoir américains et israéliens et parce que « la leçon de l’année dernière, c’est qu’en voulant justement limiter l’escalade, ils sont apparus comme faibles auprès des Etats-Unis », estime la chercheuse.
Cette stratégie iranienne « pourrait produire l’effet inverse » à celui recherché, estime toutefois Seth Jones, expert au Centre d’études stratégiques et internationales.
Selon lui, « il n’est pas totalement exclu que l’on voie certains Etats du Golfe s’impliquer davantage, en fournissant des renseignements, en permettant que leur territoire soit utilisé pour des frappes offensives et pas seulement défensives ».
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