Les primo-votants pourraient peser sur l’attribution de jusqu’à 12 sièges à la Knesset

Plus de 80 % des jeunes Israéliens comptent voter, leur expérience militaire depuis le 7-Octobre ou leur prochaine incorporation pouvant peser sur leur choix

De jeunes partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu posant devant une affiche de campagne à Jérusalem, le 21 octobre 2026, quelques jours avant les élections législatives israéliennes. (Crédit : Jewel Samad/AFP)

JTA — Ce 27 octobre, Yaël Chernyvsky, 18 ans, originaire de Ramat HaSharon, dans le centre d’Israël, votera pour la première fois.

« Je vote pour que nous puissions changer l’avenir de ce pays », a déclaré la jeune femme à la Jewish Telegraphic Agency au début du mois. Elle s’apprêtait à entrer dans un auditorium de Tel Aviv où certains des plus grands responsables politiques israéliens allaient s’adresser à plus d’un millier de nouveaux électeurs, dont beaucoup suivaient des programmes de préparation au service militaire.

Chernyvsky, qui suit un programme de préparation à l’armée dans le Néguev, attribue les problèmes du pays au gouvernement de droite actuel dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Elle a donc déclaré qu’elle voterait pour l’un des partis d’opposition du « bloc du changement », qui cherche à évincer Netanyahu, au pouvoir depuis près de 19 ans presque sans interruption.

Chernyvsky n’avait pas encore décidé pour quel parti elle voterait, mais elle a indiqué que ce serait « probablement » soit HaDemocratim de Yaïr Golan, soit Yashar dirigé par Gadi Eisenkot.

« Nous avons fondamentalement le même gouvernement depuis 20 ans, et je pense sincèrement qu’il est corrompu. Pourquoi cette guerre dure-t-elle depuis trois ans ? Pourquoi a-t-il fallu deux ans pour faire revenir les otages ? Pourquoi le gouvernement donne-t-il autant d’argent aux Juifs ultra-orthodoxes qui ne travaillent pas et ne font pas leur service militaire ? »

Des dizaines de milliers de Juifs ultra-orthodoxes assistant à un rassemblement électoral organisé par le parti Yahadout HaTorah, dans la ville de Bnei Brak, à majorité haredi, le 25 octobre 2026. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Chernyvsky fait partie des quelque 640 000 Israéliens âgés de 18 à 22 ans habilités à voter lors des élections de mardi, selon l’Institut israélien de la démocratie (IDI).

Représentant près de 10 % de l’électorat, leurs voix pourraient faire pencher la balance pour pas moins de 12 sièges à la Knesset, qui en compte 120.

« Israël est un pays jeune avec un taux de natalité élevé », a déclaré Tammy Hoffman, responsable du programme de politique éducative à l’IDI, qui a co-organisé cet événement destiné aux jeunes électeurs avec le Centre Yigal Allon.

« Si leur taux de participation est élevé, comme le suggèrent nos recherches, les électeurs votant pour la première fois feront la différence. »

En mai, Hoffman et ses collègues ont interrogé de jeunes électeurs potentiels, juifs et arabes, votant pour la première fois, sur leurs attitudes et leur engagement politique. Tous groupes de population confondus, 80 à 95 % d’entre eux ont déclaré qu’ils voteraient « à coup sûr » ou probablement. Ce sont les jeunes juifs laïcs qui ont exprimé le plus haut niveau de certitude quant à leur participation, tandis que 87 % des Arabes ont déclaré avoir l’intention de voter.

Ce pourcentage est supérieur à celui observé aux États-Unis, où le taux de participation des jeunes à l’élection présidentielle de 2024 n’était que de 47 %, selon le Center for Information and Research on Civic Learning and Engagement.

Plus de quatre cinquièmes des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête de l’IDI ont qualifié la possibilité de voter de « plutôt significative » ou de « très significative », les réponses les plus enthousiastes provenant notamment des jeunes juifs traditionnels et religieux.

Un sondage distinct mené par les médias Ynet et Yedioth Aharonoth auprès de jeunes de 18 à 22 ans susceptibles de voter pour la première fois a également révélé un niveau de motivation élevé : 67 % des personnes interrogées se disaient certaines d’aller voter, tandis que 19 % pensaient qu’elles le feraient.

Dans ces deux sondages, la sécurité nationale et le coût de la vie figuraient parmi les principales priorités, tant pour les Juifs que pour les Arabes. Hoffman n’en a pas été surpris.

« Depuis plusieurs années, ils ont vécu dans un environnement instable durant leur adolescence. Ils étaient au collège pendant la pandémie de COVID, ils ont été témoins des manifestations contre la réforme judiciaire et, bien sûr, du 7-Octobre. Ils s’inquiètent pour leur avenir. »

Si l’assaut barbare et sadique du groupe terroriste palestinien du Hamas a touché tous les Israéliens, le fait qu’un si grand nombre de nouveaux électeurs servent actuellement dans l’armée israélienne ou s’apprêtent à le faire dans un avenir proche pourrait influencer leur choix électoral.

Hoffman a noté que les électeurs israéliens juifs de tous âges se sont déplacés vers la droite sur le plan politique au cours des deux dernières décennies.

« Mais le service militaire ne conduit pas nécessairement à une position nationaliste », a-t-il souligné.

« Il peut avoir l’effet inverse : il peut soulever des questions sur la guerre et ses objectifs. »

Parallèlement, les Israéliens arabes ne se sont pas déplacés vers la droite, mais ils sont plus enclins à voter lors de cette élection que lors des précédentes, ce qui reflète leur engagement croissant dans la société israélienne, a ajouté Hoffman.

Dans un sondage réalisé le 23 septembre par la chaîne N12, 74 % des jeunes ont déclaré avoir des opinions politiques « de droite » ou « de centre-droit », tandis que 23 % se sont identifiés comme « de gauche » ou « de centre-gauche ». Si les élections avaient eu lieu au moment du sondage, 16 % des personnes interrogées auraient voté pour le parti Yashar d’Eisenkot et 14 % pour le Likud de Netanyahu.

Bien que l’on parte du principe que la majorité des jeunes juifs votera pour des partis de droite et d’extrême-droite, les élections simulées organisées dans les lycées à travers le pays révèlent une réalité différente, a déclaré Hoffman.

Elle a précisé que la majorité des élèves avaient voté pour le parti Yashar d’Eisenkot et pour Beyahad, dirigé par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, issus du bloc d’opposition « du changement », et que « certains avaient voté pour le Likud [de droite] de Netanyahu, mais peu pour [Itamar] Ben Gvir », qui dirige un parti d’extrême-droite.

Omer Gross, originaire de Jérusalem, qui a obtenu son baccalauréat en juin et suit actuellement un programme de préparation à l’armée dans le Golan, prévoit de voter pour le parti HaTzionout HaDatit dirigé par les hommes politiques ultra-nationalistes que sont le ministre des Finances Bezalel Smotrich et Moshe Feiglin.

« Je ne suis pas vraiment d’accord avec ce que Smotrich a fait à Gaza », a-t-il déclaré, faisant référence à l’objectif de Smotrich de rétablir les implantations juives dépeuplées de Gaza et d’encourager l’émigration des Gazaouis hors de l’enclave, « mais je soutiens ce qu’il fait dans les territoires » – la Cisjordanie.

« Nous avons besoin d’un Israël fort et sûr. »

Tomer Shiloh, originaire d’Herzliya, qui participe au même programme sur le plateau du Golan que son ami Omer, a d’autres projets.

« Je vais voter pour le ‘bloc du changement’, pour Gadi Eisenkot ou Naftali Bennett », a déclaré le jeune homme de 18 ans.

Si cela ne tenait qu’à Shiloh, le prochain gouvernement obligerait les jeunes hommes haredim, ou ultra-orthodoxes, à servir dans Tsahal, comme il le fera lui-même l’année prochaine. Il souhaite également que le prochain gouvernement réduise le coût de la vie élevé en Israël.

Un soldat se tenant devant une affiche de campagne électorale dans la ville de Kiryat Shmona, au nord du pays, à la veille des élections législatives israéliennes, le 26 octobre 2026. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

« Je veux que les personnes qui dirigent ce pays aient de bonnes valeurs et agissent dans l’intérêt du pays, et non dans leur propre intérêt », a-t-il ajouté.

Le sergent M est un employé de bureau âgé de 22 ans qui effectue actuellement sa première période de service de réserve après avoir terminé son service militaire obligatoire. Il affirme que veiller à ce que tous les Israéliens servent leur pays, que ce soit au sein de Tsahal ou dans le cadre du service national, figure en tête de ses priorités électorales. Il votera toutefois pour le parti de centre-gauche Hademocratim, principalement pour des raisons économiques.

« Saviez-vous que la plupart des étudiants universitaires doivent travailler pendant leurs études pour payer leurs frais de scolarité, leurs livres, leur nourriture et leur logement ? », a déclaré ce réserviste qui a souhaité garder l’anonymat en raison du règlement de l’armée israélienne, alors qu’il rentrait chez lui en train depuis sa base militaire.

« Je voulais commencer mes études dès la fin de mon service militaire, mais entre le coût des études et les obligations de réserve, c’est impossible », a-t-il ajouté.

Depuis son domicile à Shef-Amra, une ville du nord d’Israël, Khalel Alaa Sabeh, 18 ans, a déclaré qu’il comptait voter pour un parti arabe qui s’attachera en priorité à combler les disparités en matière de ressources au sein de la communauté arabe.

« Je veux que davantage de fonds soient alloués à la communauté arabe », a-t-il déclaré, soulignant que les communes arabes ont historiquement reçu moins de financements publics que les communes juives.

« Mais surtout, je veux que nos familles soient en sécurité. La criminalité est très répandue dans le secteur arabe et le gouvernement Netanyahu n’en fait pas assez pour y mettre un terme. »

Sabeh, qui prévoit d’entrer à l’université l’année prochaine, a déclaré qu’il exhortait ses amis à se rendre aux urnes le 27 octobre.

« Je veux voir un changement dans ce pays, et si Netanyahu gagne, nous aurons encore quatre mauvaises années devant nous. »

Cependant, quel que soit le résultat le jour du scrutin, a-t-il ajouté, « je ne quitterai pas le pays. C’est ma terre, c’est chez moi. »

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