Des responsables juifs somment Mamdani de modérer sa rhétorique anti-Israël après une attaque au couteau
Des élus de l’État et de la ville, ainsi que des personnalités de la communauté, se sont rassemblés sur les lieux de l’attaque lors d'une conférence de presse
NEW YORK — Des dirigeants de la communauté juive et des élus ont exigé vendredi que le maire de New York, Zohran Mamdani, modère son discours antisioniste sur les lieux d’une agression à l’arme blanche dont avait été victime un homme juif, la veille.
« Quand le maire de New York utilise à plusieurs reprises sa tribune pour pointer du doigt sans relâche Israël, pour diaboliser Israël, le seul État juif au monde, et qu’il qualifie ceux qui le soutiennent de ‘monstres’, il contribue à créer un climat dans lequel les Juifs new-Yorkais sont de plus en plus pris pour cible », a indiqué Eric Goldstein, le président de l’UJA-Federation of New York.
« Monsieur le maire Mamdani, cessez d’attiser les flammes de la haine et de la division. Les conséquences ne sont pas abstraites. Elles se jouent dans nos rues », a ajouté Goldstein.
Un homme juif qui portait la kippa, Moshe Yezhak Grunhaus, âgé de 50 ans, avait été poignardé avec un tournevis après avoir quitté les offices de Tisha Beav dans l’Upper West Side de Manhattan, dans l’après-midi de jeudi.
Peu avant, l’agresseur avait, semble-t-il, agressé à l’arme blanche un homme asiatique non juif, Chok Sung, qui était pour sa part âgé de 57 ans. Les deux victimes sont dans un état stable.
L’auteur présumé de ces deux attaques, Raul Morales, âgé de 51 ans, aurait crié « Allah akbar » pendant l’incident, a indiqué la police de New York (NYPD).
Les forces de l’ordre ont placé Morales en garde à vue immédiatement après les agressions.
La police a précisé que ces incidents faisaient l’objet d’une enquête pour crimes de haine potentiels. Ils ont noté que Morales souffrait de problèmes psychiatriques.
Une vidéo a montré la victime juive, assise par terre et se tenant la poitrine, immédiatement après l’attaque.
Ces agressions à l’arme blanche ont eu lieu alors que Mamdani avait diffusé, la veille, une déclaration dans laquelle il reconnaissait qu’il serait dans l’incapacité de tenir sa promesse de campagne de faire arrêter le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Dans cette vidéo, Mamdani avait tenu une série de propos incendiaires à l’encontre d’Israël – admettant ensuite qu’il ne serait pas en mesure d’arrêter le Premier ministre israélien. La séquence a été visionnée à plus de 242 millions de reprises.
Ces propos avaient suivi d’autres paroles incendiaires de la part de Mamdani, où il s’en prenait à Israël – Il avait notamment comparé, au cours d’un discours, le mois dernier, le lobby pro-israélien AIPAC à des « monstres » qui fomentaient un « génocide » et attisant les divisions au sein de la société.
« L’homme accusé des attaques d’hier souffrait peut-être de troubles mentaux, mais les personnes en situation de crise peuvent être particulièrement sensibles à la haine et aux théories du complot qui les entourent », a fait remarquer Goldstein. « Cela rend la rhétorique publique déshumanisante plus dangereuse, et non moins ».
La conférence de presse de vendredi s’est tenue devant le Jewish Center, une synagogue orthodoxe moderne où Grunhaus était en train de prier avant d’être poignardé dans la rue.
Les intervenants ont raconté avoir discuté de l’antisémitisme avec leurs enfants, qu’ils avaient débattu de la question de savoir si les enfants devaient porter une étoile de David. Ils ont ajouté qu’ils avaient évoqué la présence d’agents de sécurité dans les synagogues et qu’ils avaient parlé des inquiétudes nourries par les parents concernant la sécurité dans les colonies de vacances.
« Quand j’étais enfant, la seule fois où nous voyions des agents de sécurité devant ma synagogue ou devant mon école juive, c’était lorsque le maire venait prononcer un discours. La police était là pour le protéger », a dit le rabbin Yosie Levine, du Jewish Center. « Aujourd’hui, chaque fois que le maire prend la parole, nous avons besoin de la police pour nous protéger ».
À New York, les Juifs sont davantage la cible de crimes de haine que tous les autres groupes réunis. Au moins 178 crimes antisémites confirmés ont été enregistrés dans la ville, cette année.
Dans un communiqué qui a été publié après les agressions à l’arme blanche, Mamdani a indiqué : « L’enquête préliminaire de la police de New York laisse penser que des troubles mentaux pourraient être en cause. Les enquêteurs examinent également ces agressions comme des crimes de haine potentiels ».
« Ces attaques haineuses et méprisables n’ont pas leur place dans notre ville », a-t-il ajouté.
Cette agression au couteau a été la deuxième attaque potentiellement antisémite survenue dans la ville en l’espace de quarante-huit heures. Mercredi, un homme qui proférait des insultes antisémites avait bousculé un homme juif à Brooklyn, lui causant des blessures qui avaient nécessité des soins hospitaliers.
Étaient également présents à la conférence de presse de vendredi la présidente du Conseil municipal de New York, Julie Menin, le défenseur public Jumaane Williams, la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, des représentants des communautés sino-américaines et musulmanes, ainsi que Micah Lasher, qui est juif. Il représente la circonscription à l’assemblée de l’État de New York et il a remporté une primaire au Congrès, le mois dernier.
« J’implore toutes les personnes qui occupent des postes à responsabilité, y compris notre maire, d’entendre notre cri du cœur pour qu’elles contribuent à apaiser les tensions et pour qu’elles fassent preuve d’un esprit de leadership qui permette à chaque New-Yorkais de se sentir en sécurité », a dit Lasher.
Les intervenants ont exprimé à plusieurs reprises leur solidarité avec la communauté asiatique-américaine et ils ont salué la réaction de la police de New York (NYPD) face à ces agressions à l’arme blanche.
Mark Treyger, président du Conseil des relations communautaires juives de New York, n’a pas souhaité préciser si Mamdani avait été invité à la conférence de presse.
« Je laisse au maire et à son cabinet le soin de répondre aux questions concernant leur agenda », a-t-il déclaré.
« Un leadership responsable exige d’apaiser les tensions, et non de les attiser », a souligné Treyger. « Ce qui peut sembler être une stratégie de communication efficace, une stratégie potentiellement susceptible de générer des milliers de clics et de vues, n’est pas forcément une bonne stratégie de gouvernance dans la mesure où elle a des répercussions quotidiennes sur les personnes que vous servez et que vous représentez ».
« Ses propos ont de profondes conséquences concrètes sur nous, et honte à lui, honte à lui d’agir ainsi pour un profit politique supposé alors que cela a des conséquences concrètes pour les Juifs de New York. Il doit cesser », a affirmé Goldstein.
Des représentants de la police ont également fait part de leur inquiétude concernant la déclaration qui a été faite par Mamdani.
Dans la vidéo, Mamdani encourageait les New-Yorkais à manifester contre la visite prévue de Netanyahu à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre.
« La posture militante du maire place les policiers en service dans une situation terrible », a commenté auprès du New York Post Patrick Hendry, président de la Police Benevolent Association du NYPD.
« Les manifestations pendant l’Assemblée générale des Nations unies n’ont rien de nouveau, mais quand c’est le maire de la ville qui appelle activement à manifester, les agitateurs violents supposent alors qu’ils ont le feu vert pour semer le plus de chaos possible ».
« La rhétorique enflammée du maire pourrait suffire à faire basculer les manifestations dans le chaos », a-t-il regretté.