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Les russophones aiment la convivialité de Shavouot et son message pro-conversion

Une organisation axée sur le développement de communautés d'olim hadashim originaires des pays soviétiques a adapté la tradition d'étude nocturne de cette fête juive

Des russophones pratiquant la havdalah, une cérémonie qui marque la fin du Shabbat, en Israël. (Crédit : Shishi Shabbat Yisraeli)
Des russophones pratiquant la havdalah, une cérémonie qui marque la fin du Shabbat, en Israël. (Crédit : Shishi Shabbat Yisraeli)

Quelques mois seulement après avoir quitté l’Ukraine pour s’installer en Israël, Viktoria Dripan a déjà réussi avec brio l’examen final de son premier cours d’hébreu.

Mais ses compétences linguistiques ne lui permettent toujours pas de participer à l’une des sessions d’étude de la Torah qui se déroulent toute la nuit dans des milliers de synagogues israéliennes à l’occasion de la fête de Shavouot, qui a débuté jeudi soir.

Toutefois, elle n’a pas été exclue de cette étude, qui célèbre le don de la Torah. Comme des centaines d’autres d’olim hadashim – les nouveaux arrivants – russophones en Israël, elle participe à une série d’activités d’apprentissage de Shavouot en russe, destinées aux personnes ayant une connaissance rudimentaire du judaïsme.

Ces événements sont organisés par une ONG appelée Shishi Shabbat Yisraeli au profit des Israéliens originaires de pays russophones. Cela fait partie d’un ensemble d’initiatives destinées à renforcer cette partie de la communauté, qui relève d’une des vagues d’immigration les plus productives et les mieux intégrées d’Israël, malgré les problèmes persistants liés au statut de nombre de ses membres au regard du judaïsme institutionnel.

Mercredi soir, Shishi Shabbat Yisraeli – qui signifie en hébreu « vendredi et Shabbat israéliens » – a organisé une série de conférences en ligne avant les fêtes, auxquelles ont participé 16 éducateurs ainsi que des membres de la Knesset, des rabbins et des universitaires. Le programme de six heures, que Dripan, 24 ans, a suivi, était composé de dizaines de sessions de 20 minutes chacune, inspirées des TED Talks et des conférences d’apprentissage juif Limmud.

Le jour de la fête, la branche de Shishi Shabbat Yisraeli de Haïfa – il existe cinq branches dans tout le pays – organise un Tikkun Leil Shavouot – nom hébreu de la nuit blanche de Shavouot – en présentiel. De nombreuses synagogues en Israël mettent l’accent, pendant le Tikkun, sur les textes traditionnels comme le Talmud, mais Shishi Shabbat Yisraeli propose également des séminaires sur des sujets tels que l’histoire juive.

À l’approche de Pessah, les participants à Shishi Shabbat Yisraeli répétant le dîner traditionnel du seder, à Bat Yam, en 2023. (Crédit : Shishi Shabbat Yisraeli)

Pour Dripan, qui, comme beaucoup d’olim hadashim de l’ex-Union soviétique, n’est pas juive selon la halakha, la loi juive orthodoxe, c’est bien plus accessible que le Talmud. Professeure d’anglais née à Donetsk, en Ukraine, ville martyrisée par la guerre, Dripan vit aujourd’hui avec ses parents et son frère dans un appartement de Beer Sheva. Elle dit qu’elle pourrait se convertir au judaïsme. Mais pour l’heure, elle fait face à des problèmes plus urgents, comme la recherche d’un emploi ou l’apprentissage de l’hébreu.

« Il était très difficile de rejoindre une communauté », explique Dripan au Times of Israel. « Les six premiers mois qui ont suivi notre arrivée, en août l’an dernier, j’étais déprimée. Puis, j’ai commencé à me faire des amis et j’ai entendu parler de Shishi Shabbat Yisraeli : cela m’a vraiment aidée sur le plan émotionnel. »

Les activités de Shishi Shabbat Yisraeli, organisation forte de 15 000 membres en Israël, comprennent des excursions le week-end, des sorties et des conférences, mais aussi des rencontres au domicile des membres pour jouer à des jeux de société.

Naomi Yekelchik, jeune maman de 33 ans originaire de Haïfa, avait envie de faire partie d’une communauté lorsqu’elle est arrivée de Moldavie en Israël, il y a neuf ans. Seul son père est juif, ce qui signifie qu’elle a dû se convertir au judaïsme pour être considérée comme juive en Israël, et pouvoir se marier dans ce pays, qui n’offre pas la possibilité de se marier civilement.

Elle ne pouvait pas faire partie d’une synagogue avant de se convertir, ce qui prend des mois, voire des années. En outre, elle se trouvait coupée de sa communauté culturelle juive de Moldavie. Elle s’est donc sentie très seule, les premiers mois en Israël.

Des immigrants des anciens pays soviétiques assistant à un séminaire de fabrication de hallot, en Israël, en 2023. (Crédit : Shishi Shabbat Yisraeli)

Son premier événement communautaire juif en Israël, il y a neuf ans, a été une série de conférences sur Shavouot organisée par Shishi Shabbat Yisraeli, rappelle Yekelchik, enseignante titulaire d’une maîtrise en études juives. Elle a approfondi sa relation avec la religion en se rendant dans les lieux saints de Jérusalem, où elle s’est installée à son arrivée en Israël.

« Le judaïsme passe pour l’essentiel par l’appartenance à une communauté, et c’est ce qui me manquait », explique-t-elle. En 2014, au moment de Shavouot, elle l’a trouvé lors d’une session d’étude et d’un Tikkun que Shishi Shabbat Yisraeli avait organisé à Jérusalem. C’est au cours de cette session qu’elle a décidé de changer de nom, passant de Katia à Naomi, en hommage à Shavouot. La conversion est en effet au cœur de l’histoire de cette fête, dans laquelle une femme nommée Naomi convertit Ruth la Moabite au judaïsme.

Naomi Yekelchik participant à un séminaire de Shishi Shabbat Yisraeli, à la mer Morte. (Crédit : Yekelchik)

« Les événements organisés par Shishi Shabbat Yisraeli à l’occasion de Shavouot sont un bon tremplin, car cette fête peut être intimidante », confie Yekelchik. En adaptant les études aux russophones qui ont une connaissance basique du judaïsme, « cela leur permet de participer à un moment juif important pour de nombreux membres de ce groupe », ajoute Yekelchik. « C’est une passerelle importante. »

De nouveaux immigrants originaires de pays russophones portant un toast lors d’une activité de renforcement de la communauté, en Israël. (Crédit : Shishi Shabbat Yisraeli)

Yekelchik se rappelle avec plaisir le temps passé à préparer sa conversion orthodoxe. Elle dit respecter et apprécier les juges rabbiniques qui ont supervisé sa conversion.

Pourtant, les questions de conversion et de judaïsme restent un sujet douloureux pour de nombreux immigrants arrivés en Israël après l’effondrement de l’ex-Union soviétique, en 1990. Ces olim hadashim et leurs descendants constituent l’essentiel des quelque 510 000 Israéliens définis par le gouvernement comme « sans religion » et qui ne peuvent donc pas se marier en Israël parce que le Grand-Rabbinat ne les considère pas comme juifs.

À mesure que les partisans de la ligne radicale ont pris le contrôle du Grand-Rabbinat et de l’autorité de conversion de l’État, le statut de nombreux Israéliens russophones est devenu une source de friction et de frustration pour des milliers de convertis et de candidats à la conversion qui ne se sentent pas les bienvenus et sont parfois maltraités par les autorités chargées de la conversion.

Ce problème, ainsi que les stéréotypes négatifs largement répandus sur les russophones, ont conduit beaucoup d’entre eux à se sentir tenus à l’écart du reste de la société israélienne. Mais ces problèmes ne sont rien face à ce que de nombreux Israéliens, parmi lesquels l’ex vice-Premier ministre Avigdor Liberman, lui-même immigré de Moldavie, considèrent comme l’une des vagues d’immigration les plus réussies de l’histoire d’Israël.

Pour de nombreux Juifs ex-Soviétiques, l’effondrement du rideau de fer signifiait qu’ils seraient libres de pratiquer leur judaïsme dans une partie du monde plus propice à cette pratique. D’autres ont simplement profité de leur ascendance juive pour échapper aux bouleversements sociaux et à la misère qui ont suivi la chute du communisme.

Tous étaient les bienvenus en Israël, dont le produit intérieur brut (PIB) par habitant en 1990 représentait environ la moitié de celui des pays d’Europe occidentale. En l’espace de dix ans, l’État juif a accueilli environ un million de russophones, dont beaucoup étaient sans le sou et ne possédaient pas les compétences linguistiques nécessaires. Cela a créé d’énormes défis pour les secteurs du logement, de l’éducation et de l’aide sociale, ainsi que des tensions sociétales et religieuses.

Des immigrants russophones récemment arrivés en Israël visitant le Conseil régional de Samarie, en 2023. (Crédit : Shishi Shabbat Yisraeli)

Mais l’investissement s’est avéré payant pour Israël, où des centaines de milliers de personnes éduquées en Union soviétique, qualifiées et travailleuses, se sont retrouvées à la pointe de la science, de la médecine, de la high-tech et des arts. Trente ans plus tard, le PIB par habitant d’Israël est égal, voire supérieur, à celui des pays d’Europe occidentale.

Dans ce contexte, les vagues ultérieures d’immigrants russophones – la plus importante après les années 1990 se produit actuellement, avec au moins 60 000 d’entre eux qui sont venus en Israël depuis que la guerre a éclaté l’année dernière entre la Russie et l’Ukraine – ont trouvé un pays avec beaucoup plus de ressources, de meilleures pratiques et de russophones pour les accueillir.

Shishi Shabbat Yisraeli a été créé en 2010 en tant qu’initiative éducative nationale, à peu près en même temps que quelques autres organisations visant à intégrer les russophones dans la culture juive et israélienne, notamment Limmud FSU et Masa FSU. Certaines organisations, comme One Million Lobby, sont des groupes de pression qui critiquent le judaïsme institutionnalisé en Israël et l’absence de séparation entre la religion et l’État.

Des participants de l’organisation Shishi Shabbat Yisraeli, destinée aux Israéliens russophones, visitant le désert du Néguev, en Israël en 2022. (Crédit : Shishi Shabbat Yisraeli)

Mais de nombreux Israéliens russophones sont prêts à approfondir leur lien avec le judaïsme, selon Linda Pardes Friedburg, directrice fondatrice de Shishi Shabbat Yisraeli, qui, selon elle, crée des communautés chaleureuses pour les jeunes olim hadashim et leur fournit un contenu culturel juif et israélien de qualité.

« C’est une chose curieuse : bien que les immigrants russophones viennent d’un milieu soviétique où la religion était anathème, beaucoup d’entre eux sont plus ouverts à l’étude et à la tradition juives que les Israéliens de souche, qui sont parfois allergiques au sujet en raison de la politisation de la religion en Israël », a déclaré Pardes Friedburg, qui est née dans le New Jersey et qui a immigré en Israël en 1990.

Linda Pardes Friedburg chantant lors d’une cérémonie de havdalah à Almog, un kibboutz israélien près de la mer Morte. (Crédit : Pardes Friedburg)

Ancienne militante du mouvement de libération des juifs soviétiques qui a appris le russe toute seule, elle a atterri à l’aéroport Ben Gurion en même temps qu’environ 400 olim hadashim de l’ex-Union soviétique, « qui dormaient sur leurs valises en attendant de recevoir leur certificat d’alyah », a-t-elle dit, en utilisant le terme en hébreu pour « immigrer en Israël » en vertu de la Loi du retour des Juifs et de leurs proches.

Elle se sent privilégiée de vivre cette période historique et remarquable de l’alyah russophone, a déclaré Pardes Friedburg, « de faire l’expérience de ce contingent incroyablement résistant et créatif du peuple juif, et de faire partie de leur phénoménale réussite et de la nôtre ».

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