Les tweets provocateurs de membres de la mairie de New York normalisent l’anti-sionisme
Venues de militants pro-Mamdani, ces publications en faveur du Hamas et qui propagent des thèses conspirationnistes anti-Israël, illustrent la dernière controverse en date autour de la nouvelle équipe municipale
NEW YORK — En décembre dernier, le maire de New York, Zohran Mamdani, a nommé Catherine Almonte Da Costa à un poste de haut niveau au sein de son administration. Cette nomination fut de courte durée puisque Mamdani acceptait sa démission dès le lendemain, les propos antisémites tenus par elle une dizaine d’années avant cela ayant refait surface sur les réseaux sociaux.
De tels incidents n’ont pas cessé depuis, signes de l’intransigeance de certains membres de la municipalité new-yorkaise avec un rôle déterminant dans l’élaboration des politiques municipales.
Les publications de Da Costa, remontant à 2011 et 2012 et qui ont conduit à sa démission, parlaient des « Juifs avides d’argent », des « Juifs riches », et qualifiaient une des lignes de métro qui dessert un quartier juif « le train juif ».
Elle s’est empressée de présenter ses excuses après la révélation de ses déclarations. Mamdani a accepté sa démission et déclaré qu’il ne l’aurait pas engagée s’il avait eu connaissance de ses propos, tout en s’engageant à modifier le processus de vérification du profil des membres de son administration.
Pourtant, quelques jours plus tard, l’Anti-Defamation League (ADL) faisait état d’autres personnes nommées par Mamdani qui avaient tenu des propos favorables à la « résistance » palestinienne, soutenu le leader antisémite de la Nation of Islam, Louis Farrakhan, déclaré « Le sionisme est du racisme », qualifié le sionisme d’« idéologie génocidaire », affirmé « que les sionistes ne sont pas juifs » et enfin que les sionistes sont pires que les nazis.
Une autre personne nommée par Mamdani, le directeur du borough de Brooklyn, a dit que les femmes qui avaient déchiré des affiches d’otages israéliens étaient des « héroïnes ».
Les personnes nommées par le maire ont fermé leur compte X avant leur prise de fonctions, manifestement pour éviter toute controverse.
Les controverses ne se sont toutefois pas arrêtées, comme l’illustre l’actualité de la semaine dernière.
Mercredi dernier, Jewish Insider a laissé entendre que l’un des fondateurs de la campagne « Hot Girls for Zohran », Kaif Gilani, avait publié sur X des messages, certains en faveur du Hamas, d’autres de nature à sous-estimer l’ampleur de l’antisémitisme et d’autres, enfin, propageant des théories du complot au sujet de la prétendue implication des autorités israéliennes dans l’assassinat de l’ex-président américain John F. Kennedy et celui de Jeffrey Epstein.
Gilani était le consultant le mieux payé du candidat au Congrès américain Brad Lander lorsque ces publications ont refait surface. L’équipe de Lander a déclaré tout ignorer de ces publications, avoir coupé les ponts avec Gilani et condamner ses déclarations.
« Hot Girls for Zohran » est une initiative bénévole indépendante de la campagne municipale de Mamdani, mais ce dernier figure sur une photo avec Gilani. Cette initiative a bénéficié d’une ample couverture médiatique et du soutien de célébrités.
Il existe d’autres propos provocateurs rédigés par des membres de l’équipe politique de Mamdani qui ne s’en prennent pas directement à Israël mais à d’autres cibles, à commencer par les propriétaires, les personnes blanches, la police et les femmes.
Les propos extrêmes de personnalités politiques ne se trouvent pas qu’à gauche.
Fin 2025, l’organisation des Jeunes Républicains de l’État de New York s’est dissoute suite à la divulgation de groupes de discussion dont les membres avaient plaisanté sur les chambres à gaz, rendu hommage à Adolf Hitler et employé des insultes racistes, antisémites et homophobes.
Ces incidents sont le signe d’une normalisation d’un discours anti-sioniste radical au sein des membres politiques de niveau intermédiaire, chargés de mettre en œuvre les objectifs du gouvernement municipal par des actions telles que la sensibilisation, la rédaction de propositions politiques ou l’embauche de personnels, mais qui ne sont pas soumis aux mêmes contrôles que les élus.
Gilani a par exemple diffusé ses publications à ses près de 60 000 abonnés sur X sans que cela ne lui attire de problèmes, tout du moins avant leur révélation par le Jewish Insider.
L’ancienne garde du parti Démocrate de New York, à l’instar de la gouverneure Kathy Hochul, est très favorable au courant juif – à l’autodétermination juive en Israël et au peuple israélien – tout en étant très critique envers l’actuel gouvernement israélien.
Mamdani est, comme nombre de ses collaborateurs, davantage en phase avec la gauche militante anti-sioniste, ce qu’atteste leur présence sur les réseaux sociaux.
Les réactions à ces déclarations sont sources de révélations. Un cofondateur de Hot Girls for Zohran a défendu Gilani et déclaré qu’il resterait avec le groupe, renommé Hot Girls Organize.
D’autres voix anti-Israël de tout premier plan ont également défendu Gilani et le journaliste à l’origine de la divulgation de ses propos s’est plaint d’avoir reçu des menaces de mort antisémites.
Alors même que Mamdani s’est opposé aux propos de Da Costa, il s’est bien gardé de condamner ceux de Gilani, conformément à sa logique de condamnation des expressions classiques de l’antisémitisme, telles que les tropes sur la cupidité juive ou encore les croix gammées, mais pas des discours de haine contre Israël.