Les vidéos des otages évocatrices des camps, disent des survivants de la Shoah

« Ces images me ramènent à ces jours terribles – à l'enfer, la faim, la perte de mes proches et la peur », confie un rescapé suite aux vidéos d'Evyatar David et Rom Braslavski

Des manifestants brandissent des affiches des otages devant une capture d'écran issue d'une vidéo du Hamas de l'otage Evyatar David, le 2 août 2025. (Paulina Patimer/ Forum des otages et des familles de disparus)

Pour certains survivants de la Shoah, les vidéos des otages diffusées ces derniers jours leur rappellent les tortures et privations endurées du fait des nazis, il y a de cela quatre-vingts ans.

« Leurs corps sont d’une maigreur qui fait peine à voir – comme des Muselmänner – avec des yeux terrifiés et vides, le visage marqué par le désespoir. Ces images me rappellent ces jours terribles – l’enfer, la faim, la perte de mes proches et la peur », confie Israel Shaked dans un communiqué publié par la Marche internationale des vivants, une organisation qui se charge de faire connaitre et visiter les camps de concentration européens aux adolescents juifs.

« Muselmänner » était un terme utilisé dans les camps de concentration pour « parler des prisonniers presque morts, que ce soit d’épuisement, de faim ou de désespoir », explique Yad Vashem, le musée national de la Shoah, en rappelant que les nazis tuaient ainsi des hommes en l’espace de quelques jours ou semaines.

Libéré du camp de Mauthausen, Shaked évoque l’état de santé d’Evyatar David et Rom Braslavski, de jeunes hommes enlevés le 7 octobre 2023 au festival de musique Nova dans le sud d’Israël. Dans de nouvelles vidéos, dont la diffusion a été autorisée par leurs proches ce week-end, on les voit particulièrement émaciés et en larmes.

On y voit David en train de creuser ce qu’il dit être sa propre tombe, une pratique cruelle des nazis.

« Je sais ce qu’est la faim. Dans les camps, on nous donnait du pain et une soupe qui ressemblait davantage à de l’eau. Nous avions tellement faim que nous aurions mangé de l’herbe s’il y en avait eu », se rappelle Naftali Hurst, qui a survécu à Auschwitz et Buchenwald. « Je me souviens des humiliations, de la dignité humaine qui nous était déniée. Je sais ce qu’est la peur, la terreur. »

Des prisonniers affamés, quasiment morts de faim, dans un camp de concentration, le 7 mai 1945, à Ebensee, en Autriche. (Domaine public)

Ces vidéos, qui ont choqué les Israéliens, ont été au coeur des rassemblements de samedi soir en faveur de la fin de la guerre et d’un accord en vue de la libération des derniers otages. Ils seraient 50, 20 d’entre eux possiblement vivants.

« Evyatar est mon petit frère, une âme belle et douce qui a eu le « tort » d’aller à un festival de musique pour la paix », explique son frère Ilay lors d’un rassemblement. « Savoir sa douleur, sa faim, sa peur dans ces tunnels sombres – cela me hante constamment. »

En février dernier, lorsque les otages Eli Sharabi, Or Levy et Ohad Ben Ami ont été libérés à la faveur d’un cessez-le-feu, leur extrême maigreur n’avait pas manqué de rappeler celle des rescapés de la Shoah et suscité l’indignation des Israéliens. Le président américain Donald Trump avait lui aussi fait part de sa colère en disant : « On dirait ces vieilles photos de survivants de la Shoah, c’est la même chose. »

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