L’étude d’une maison israélite montre qu’à l’âge de fer, les plus âgés étaient aussi les plus puissants

Les découvertes faites à Tel 'Eton, préservées par un incendie lors de la conquête assyrienne il y a de cela 2 700 ans, prouvent que la matriarche et le patriarche avaient la meilleure chambre de la maison

Salle B du bâtiment 101 à Tel 'Eton, dans la partie sud-est de la Chéphelah judéenne en Israël. Une étude publiée dans le Cambridge Archaeological Journal en janvier 2026 suggère qu'il était utilisé par les grands-parents du foyer. (Vue du ciel / Expédition archéologique de Tel 'Eton)

Selon une nouvelle étude, il semble que le patriarche, déjà âgé, et la matriarche d’une famille israélite éminente vivant dans un bâtiment imposant des basses terres judéennes, il y a de cela 3 000 ans, avaient une pièce spacieuse dans la meilleure partie de cette grande demeure, ce qui laisse entendre qu’ils ont, malgré les années, continué à jouer un rôle important au sein de leur foyer multi-générationnel.

Les recherches du professeur Avraham Faust de l’Université Bar-Ilan sur la salle B du bâtiment 101 de Tel ‘Eton semblent apporter un nouvel éclairage sur les dynamiques familiales, et en particulier sur la manière dont les personnes âgées étaient perçues, à l’apogée du royaume d’Israël. Il s’agit d’un sujet sur lequel on sait finalement peu de choses, même dans la Bible ou les textes plus contemporains.

La structure, érigée au sommet d’un tertre à 32 kilomètres au sud-est d’Ashkelon, était une de ces « maisons de quatre pièces » typiques d’Israël, mais nettement plus grande que la moyenne. Ce type de bâtiment était habituellement divisé en quatre espaces, parfois subdivisés en plus petites pièces, une configuration très courante durant l’âge de fer (1200-586 avant notre ère), période de la plupart des récits bibliques.

Selon une datation au carbone 14, le bâtiment de Tel’Eton aurait été érigé à la fin du XIe ou au tout début du Xe siècle avant notre ère, mais l’étude sur les personnes âgées portée sur ses derniers moments, au VIIIe siècle avant notre ère, avant que les Assyriens ne conquièrent Israël et détruisent la ville.

L’incendie qui a détruit la maison a épargné un grand nombre d’objets, ce qui a permis à Faust de mener une étude détaillée quelque 2 700 ans plus tard.

« Nous avons de la chance car tout est très bien conservé », explique Faust au Times of Israel. « Nous disposons d’une très grande quantité d’informations sur le fonctionnement du bâtiment et la façon dont les gens y vivaient, avant sa destruction, car l’incendie a préservé beaucoup de choses. »

L’étude, publiée le mois dernier dans le prestigieux Cambridge Archaeological Journal, émet l’hypothèse que la Chambre B était occupée par une matriarche et/ou un patriarche âgé de la famille, sur la base de plusieurs éléments circonstanciels, dont son emplacement au rez-de-chaussée de cette maison à deux étages.

Les conclusions de Faust reposent pour l’essentiel sur son interprétation des découvertes archéologiques, combinée à une compréhension des dynamiques familiales fondée sur des études bibliques, l’anthropologie et l’ethnographie.

Un pédiluve découvert à Tel ‘Eton, dans la partie sud-est de la Chéphelah judéenne en Israël, utilisé au VIIIe siècle av. notre ère. (Avraham Faust/Université Bar-Ilan)

Il y a différentes raisons pour lesquelles Faust pense que plusieurs familles nucléaires vivaient sous le même toit, dans le bâtiment 101.

À commencer par la taille de la pièce : près de 225 mètres carrés rien qu’au rez-de-chaussée, soit la taille moyenne d’une maison américaine moyenne, de nos jours, ce qui est bien plus grand que d’autres maisons de quatre pièces, même à Tel ‘Eton. Avec l’étage, la superficie totale devait avoisiner les 400 mètres carrés.

Les archéologues ont trouvé des accessoires de métiers à tisser, ce qui suggère la présence de trois, voire quatre métiers à métier dans cette maison.

« Je pense qu’il y avait un métier à tisser pour chaque femme mariée », explique Faust. « Dans l’ancien Proche-Orient, dans le monde classique et même dans le Moyen-Orient moderne, les métiers à tisser sont des symboles de féminité. »

Le bâtiment a été intégralement fouillé, à dix reprises, à partir de 2006. À l’occasion de ces fouilles, les archéologues ont découvert près de 200 poteries intactes et des centaines d’autres brisées, ainsi que des os d’animaux, des graines et d’autres artefacts. La richesse de ces découvertes a permis aux chercheurs d’établir la fonction de chaque pièce. Certaines de leurs découvertes ont été publiées dans le cadre de précédentes études.

Photographie aérienne composite de la résidence de quatre pièces du Xe siècle avant notre ère à Tel ‘Eton. (Vue du ciel et imagerie aérienne, édité par Yair Sapir / Expédition archéologique de Tel ‘Eton)

Dans l’aile nord, les cinq pièces étaient utilisées pour le stockage, comme en témoignent les jarres contenant encore des olives, celles destinées aux liquides et celles contenant des céréales.

Les archéologues ont également découvert des lampes à huile à l’entrée de chaque pièce, ce qui laisse penser qu’elles étaient allumées pendant la nuit.

Dans l’aile sud, les pièces devaient servir à plusieurs choses. L’une d’entre elles devait servir à la cuisine, et une autre aux personnes dans un état rituel impur — à savoir les femmes menstruées ou qui viennent d’accoucher.

La pièce que Faust pense occupée par les grands-parents est située au coin de la zone sud, la plus éloignée de l’entrée de la cour.

« C’était la plus grande pièce et la seule à disposer d’un vrai salon, qui ne servait ni au stockage ni à d’autres usages, au rez-de-chaussée », poursuit-il.

Bâtiment 101 à Tel Eton, dans la partie sud-est de la Judée Shephelah en Israël, à la veille de sa destruction par l’armée assyrienne à la fin du VIIIe siècle avant notre ère (Vered Yacobi/Université Bar-Ilan)

C’est à cet endroit que les archéologues ont découvert des artefacts très spécifiques.

« Nous avons découvert les vestiges d’un pédiluve absolument unique, ce qui est généralement l’apanage des personnes de haut rang ou destiné à leurs invités, mais aussi un couteau en fer, du bois de cèdre qui pourrait être les restes de pièces de mobilier, une chaise peut-être », dit Faust.

La Bible regorge de récits dans lesquels des hôtes lavent les pieds de leurs invités en signe de respect, comme par exemple dans la Genèse, lorsqu’Abraham lave les pieds d’anges qui ont pris forme humaine sous sa tente.

La pièce comportait également un banc le long du mur sud du bâtiment, ainsi qu’une plateforme en pierre qui, selon les archéologues, devait servir de table (sur laquelle se trouvait une marmite), de lit et de bureau.

Le professeur Avraham Faust de l’Université Bar-Ilan. (Avec l’aimable autorisation de l’Université Bar-Ilan)

« Il y a d’autres choses intéressantes dans cette pièce », ajoute Faust. « À l’entrée de la pièce, on pouvait voir toute la cour, tout ce qui entrait et sortait du bâtiment, de même que de toutes les autres pièces, tout en restant loin de l’entrée, un gage d’intimité et de contrôle. »

Selon les archéologues, le bâtiment avait un deuxième étage dont ils ont retrouvé des parties de sol, effondrées, au rez-de-chaussée. Néanmoins, le bâtiment n’avait pas d’escalier, ce qui suggère que des gens utilisaient des échelles.

« Quand on est vieux, le fait de grimper à l’échelle peut s’avérer difficile », relève Faust.

Un couteau en fer découvert à Tel ‘Eton, dans la partie sud-est de la Chéphelah judéenne en Israël, utilisé au VIIIe siècle avant notre ère (Avraham Faust/Université Bar-Ilan)

Cette pièce se trouvait tout à côté de la cuisine, identifiée par la présence de six casseroles et de plusieurs poids à tisser.

Selon Faust, il est possible que ce soit là que la matriarche tissait, ce qui lui permettait de superviser la préparation des repas et autres activités.

« Pour toutes ces raisons, je pense que [la Chambre B] était la chambre du patriarche et de la matriarche — du grand-père et de la grand-mère », souligne-t-il. « Ils pouvaient aussi y recevoir des invités importants, des membres importants de la famille qui n’habitaient pas avec eux. »

Dans la dernière partie du bâtiment, les archéologues ont découvert un petit mur érigé dans la cour qui délimite un espace séparé à l’entrée de la chambre des grands-parents et de la cuisine.

Des archéologues fouillent la salle C du bâtiment 101 à Tel ‘Eton, dans la partie sud-est de la Judée Chéphelah en Israël. (Avec l’aimable autorisation de l’expédition archéologique Avraham Faust / Tel ‘Eton)

Les chercheurs estiment que le mur a été érigé quelques années avant la destruction de la maison, sans doute pendant le siège assyrien, les briques de boue étant différentes de celles utilisées à l’époque précédente. Par ailleurs, le mur est relativement fragile, ce qui laisse penser qu’il a été érigé en toute hâte.

« C’est un tout petit mur : rien de nature d’empêcher un adulte d’entrer ou sortir, mais malgré tout assez gênant. Pourquoi l’avoir mis là ? » s’interroge Faust. « C’est peut-être là que les bébés et les tout-petits passaient leur temps sous la garde de la grand-mère. Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, les grands-mères s’occupaient des enfants, afin que les mères puissent travailler en dehors de la maison. »

Les archéologues ont découvert un grand nombre d’astragales, ces os d’animaux utilisés à des fins divinatoires mais aussi comme jouets, ce qui conforte l’idée que cet endroit était réservé aux enfants.

« Je pense que c’est pour cela que les astragales se trouvaient à cet endroit », ajoute Faust.

Des fouilles à Tel Eton, dans le sud-est de Shephelah (Israël), sur une photo non datée. (Avec l’aimable autorisation de l’expédition Tel ‘Eton)

Le chercheur explique que, compte tenu du grand standing de ce bâtiment, le mode de vie de ses occupants ne reflète peut-être pas celui de l’Israélite moyen de Tel Eton ou d’ailleurs.

« C’était certes un bâtiment de grand standing, mais cela nous permet tout de même de généraliser certaines choses », souligne Faust.

Aucun reste humain n’a été retrouvé dans cette structure, ce qui laisse penser que ses occupants avaient été capturés ou avaient déjà pris la fuite lorsque les Assyriens l’ont incendiée.

« Ce bâtiment se dressait tout en haut [de Tel’Eton] », précise Faust. « Je pense qu’il a été incendié volontairement par les Assyriens comme un symbole de destruction de la ville. »

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