L’ex-otage Matan Angrest dit avoir été torturé pendant sa captivité
Le soldat kidnappé dans son tank le 7-octobre assure ne rien avoir révélé de compromettant malgré les coups : on l'aurait forcé à dormir avec une jambe en l'air, attachée à une bonbonne à gaz
Dans sa première longue interview depuis sa libération au mois d’octobre dernier _ une libération qui a eu lieu à la faveur de l’actuel cessez-le-feu – l’ex-otage Matan Angrest, soldat extrait sans ménagement de son char le 7 octobre 2023, alors qu’il combattait des terroristes, a déclaré que ses ravisseurs du Hamas l’avaient torturé et électrocuté lors de ses deux années de détention à Gaza.
Dans cette interview, qui a été diffusée jeudi dans l’émission « Uvda », sur la chaîne N12, on a pu voir des images et des enregistrements de la captivité d’Angrest qui avaient été jusque là cachés au public.
Avec les trois autres soldats de son char — le sergent-chef Itay Chen, le sergent Tomer Leibovitz et le capitaine Daniel Perez — il s’était battu pendant des heures durant le jour du pogrom du Hamas. Les trois soldats avaient attendu en vain l’aide de l’armée.
« Où sont-ils ? Où sont les renforts ? » s’est-il rappellé avoir pensé, devant les caméras. « On n’arrête pas de nous dire qu’on a tout, des technologies perfectionnées, des personnes exceptionnelles – mais où étaient-ils ? »
Lorsque leur char avait été touché, ses trois compagnons d’arme avaient été tués et Angrest avait été blessé. Des membres du Hamas l’avaient alors enlevé et emmené à Gaza — ce qui avait été filmé — en même temps que la dépouille de Chen et du corps sans vie de Leibovitz.
Il a évoqué ce qu’il a vécu à son arrivée à Gaza: « Un type s’est approché de moi avec deux câbles en main : il les a mis sur ma blessure et il a allumé [un appareil]. J’ai senti de l’électricité. J’ai hurlé de douleur : c’est indicible. Il a recommencé, encore et encore. »
Angrest a dit que son premier souvenir, après l’attaque, remontait plus tôt – à ce moment où il avait repris conscience à Gaza, blessé et ligoté au niveau des bras et des jambes, face à huit Palestiniens assis, qui lui posaient des questions en arabe – une langue qu’il ne comprenait pas. Comme il ne leur répondait pas, ils s’étaient agités. Ils l’avaient frappé et électrocuté.
« Ils croyaient, les terroristes, que j’avais un GPS ou quelque chose comme ça, intégré dans mon corps ; ils croyaient que l’armée israélienne connaissait ma position », a-t-il expliqué.
« Au début, ils ont fait venir un ‘médecin’, » a dit Angrest, mais ça devait plutôt être « un vétérinaire ou quelque chose comme ça, il n’avait l’air très professionnel. »
« Il a passé un couteau sur et dans la blessure », a-t-il expliqué en parlant de la blessure qui avait été occasionnée par les combats. « Ils m’ont mis un pansement dans la bouche, pour que je ne crie pas et pour que les voisins ne m’entendent pas. Ils se sont éloignés. Quelqu’un a mis un seau sous mon bras : quand le médecin a nettoyé [la blessure], mon bras a perdu beaucoup de sang. »
Selon Angrest, le médecin s’est occupé de lui pendant quatre heures. Pendant des mois, ce rituel s’est répété chaque jour.
Les premières semaines, Angrest est resté seul, a-t-il expliqué. Ses ravisseurs le détachaient quelques minutes par jour mais il avait du mal à bouger.
« Ils m’ont dit : ‘Nous avons peur que tu fasses quelque chose, que tu t’enfuies ou que tu dérobes une arme.’ Ce à quoi j’ai répondu : ‘Je suis blessé. Comment pourrais-je faire une chose pareille ?’… Ils m’ont alors dit : ‘Tu ne veux pas qu’on t’attache les bras ? Ok, mais dans ce cas, tu vas dormir avec les jambes enchainées’, » a-t-il souligné.
Les ravisseurs ont attaché la jambe droite d’Angrest à une grosse bonbonne de gaz, dans la cuisine de la maison où il était détenu. « La nuit, tu dormiras la jambe droite en l’air. »
« C’est eux qui avaient le pouvoir. Mais ils avaient aussi besoin de moi. »
Angrest a déclaré à la chaîne N12 que, lors de sa captivité, il avait compris une chose : « Ils avaient le pouvoir. Mais en même temps, ils avaient besoin de moi. » Ses ravisseurs lui ont d’ailleurs dit un jour : « Tu es un soldat. Tu vaux beaucoup de terroristes. »
Lors des dizaines d’interrogatoires qu’il a endurés — principalement en hébreu — Angrest a eu du mal à savoir précisément ce que ses ravisseurs savaient ou non. Mais, a-t-il dit, ils ne semblaient pas considérer qu’il avait activement combattu les auteurs du pogrom du 7-octobre.
« Je ne savais pas comment ils allaient prendre le fait que j’aie tué des camarades à eux », a-t-il dit. « J’avais donc une histoire officielle, que je leur racontais : je leur disais que nous étions sortis de la base 10 minutes [après le début de l’attaque], qu’ils nous avaient tiré dessus et qu’ils m’avaient enlevé, et c’est tout. » Il a fait de gros efforts pour s’en tenir à son histoire et rester cohérent au fil du temps, alors qu’ils faisaient tout pour le prendre en flagrant délit de mensonge.
Angrest a reconnu qu’il avait d’une part gardé le silence sur les informations sensibles qui les intéressaient, tout en coopérant dans une moindre mesure à des interrogatoires qui duraient parfois des heures.
« Je savais qu’ils avaient déjà certaines informations, grâce à Internet : ‘À quelle vitesse roule le char ?’ Ce n’était pas très grave de leur dire, j’ai joué le jeu, ce n’est pas la fin du monde. »
Mais, a-t-il ajouté, le char contenait des systèmes classifiés, sur lesquels il lui fallait garder le silence : il s’en est sorti en faisant mine de ne pas connaitre certaines procédures.
« Il y a des information classifiées — ‘Plutôt mourir que de les divulguer’ », a déclaré Angrest à l’intervieweur.
Détenu avec Gali Berman pendant une grande partie de sa captivité
Après des semaines de séquestration seul, Angrest a été rejoint par un autre otage, Gali Berman, avec lequel il a a passé le reste de sa captivité.
Berman a aidé Angrest à gérer les interrogatoires, a-t-il confié – des interrogatoires particulièrement intenses, en raison de sa qualité de soldat. Mais, a-t-il noté, il a dû cacher des informations à Berman de peur que ce dernier ne les révèle sans le vouloir ou sous la pression.
C’est par hasard, à la radio, qu’Angrest a su ce qui était arrivé à ses camarades
Angrest a appris par hasard ce qui était arrivé à ses camarades de char, lorsqu’un de ses ravisseurs a mis une radio israélienne qui passait une chanson en hommage à Tomer Leibovitz. L’animateur de radio avait expliqué que le soldat était mort au combat avec deux membres de son équipage.
Avant cet épisode, les ravisseurs d’Angrest lui avaient dit que les autres soldats avaient eux aussi été enlevés.
« Je me dis parfois: ‘J’aurais peut-être pu faire autre chose ? Peut-être que j’aurais pu les sauver ? Peut-être que je n’ai pas fait ce qu’il fallait. La meilleure chose, pour moi, c’est d’être en paix avec moi-même et de savoir que j’ai fait de mon mieux », a-t-il déclaré.
La liberté, a expliqué Angrest, est arrivée subitement.
Lui et Berman ont eu les yeux bandés, avant d’être réunis avec Alon Ohel et Guy Gilboa-Dalal. « Un des hauts responsables [du Hamas] est venu et a dit : ‘Vous quatre, vous sortez demain.’
« Et d’un coup, comme par magie, tout s’est terminé. Le bien l’a emporté sur le mal, comme ça, » a-t-il confié.
Quand il a vu des soldats l’attendre à sa sortie, il a dit : « Mon corps tout entier était parcouru par la chair de poule, j’avais l’impression d’exploser de bonheur. »
Angrest a été l’un des 20 derniers otages vivants à rentrer en Israël le 13 octobre 2025, à la faveur du cessez-le-feu négocié par les États-Unis. Les corps sans vie des otages décédés ont été progressivement restitués à Israël.
D’autres otages avaient été libérés à la faveur de précédents accords. En échange, Israël a remis en liberté près de 4 000 terroristes palestiniens emprisonnés, prisonniers de sécurité ou suspects de terrorisme détenus pendant la guerre, ainsi que les corps de terroristes palestiniens.
Huit otages ont été secourus en captivité par l’armée.
En tout, 251 otages avaient été enlevés le 7-octobre, parmi lesquels des personnes âgées, des enfants et un bébé. Tous – ou presque – étaient en vie à ce moment-là, à l’exception de personnes qui avaient été tuées lors de l’attaque et dont la dépouille avait été enlevée. Trente-huit personnes ont été enlevées en vie et tuées en captivité, certaines d’entre elles assassinées par leurs ravisseurs et d’autres, mortes lors des combats.
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