L’histoire tragique pré-1948 du quartier huppé de Mekor Haïm à Jérusalem
Cette zone juive enclavée au sud de la capitale a fait l'objet d'attaques arabes brutales et abrite un mémorial en l'honneur de douze hommes tués au cours de la Guerre d'Indépendance
Un mémorial très modeste se dresse dans la cour d’une synagogue du quartier de Mekor Haïm, dans le sud de Jérusalem. Érigé par les riverains dans les années 1990, ce mémorial est dédié à douze hommes qui ont perdu la vie en défendant le quartier pendant la Guerre d’Indépendance d’Israël en 1948.
Chaque nom inscrit raconte une histoire d’héroïsme, d’altruisme et d’ardeur passionnée à défendre leur petit pays assiégé – des histoires qui reflètent celles de nos braves soldats tombés dans la guerre que mène actuellement Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Peu de guides touristiques de Jérusalem (y compris le nôtre) mentionnent Mekor Haïm, alors qu’en 1930, le tout premier accord de paix entre Arabes et Juifs a été signé entre des représentants de Mekor Haïm et du village arabe voisin de Beit Safafa. Non seulement cet accord est entré dans l’histoire, ce qui, en soi, suffit à justifier la mention du quartier, mais, on trouve encore, dispersées dans une masse de nouveaux immeubles d’habitation attractifs, plusieurs des maisons originales de Mekor Haïm, construites au début du XXe siècle et dotées d’un seul étage et d’un toit en tuiles rouges.
Situées au sud de Jérusalem et entourées de villages arabes, les premières parcelles de terrain de Mekor Haïm ont été achetées en 1913. Elles ont été achetées par l’intermédiaire d’organisations sionistes avec de l’argent donné en l’honneur du riche philanthrope européen Haïm Cohen.
Cependant, rien ne se passa sur ces terres jusqu’à ce que le Fonds national juif (JNF/KKL) ajoute d’autres propriétés à la parcelle en 1923. Des maisons ont finalement été construites un an plus tard, et la pierre angulaire de la première synagogue a été posée lors d’une cérémonie en 1924. Le célèbre architecte juif allemand Richard Kaufman, responsable de la planification de plus de 150 villes, villages agricoles et quartiers-jardins d’Israël, a conçu Mekor Haïm.
Les premières maisons ont été construites le long d’un étroit chemin de terre, à quelques dizaines de mètres à l’est de la voie ferrée qui reliait Jérusalem à Jaffa. Cependant, complètement isolé de la Jérusalem juive, il fut la cible privilégiée des Arabes hostiles lors des émeutes déclenchées en 1929 après que quelqu’un a soufflé dans un shofar (corne de bélier) au mur Occidental lors de la fête juive de Rosh HaShana. Malgré l’accord de paix avec Beit Safafa, Mekor Haïm a été constamment la cible de tirs de snipers pendant trois années à la fin des années 1930, a été assiégé pendant cinq mois pendant la Guerre d’Indépendance et a subi des attaques quasi-quotidiennes jusqu’à ce que l’armée israélienne sécurise le sud de Jérusalem.
La vie n’était pas facile pour les quelques dizaines de familles qui se sont installées à Mekor Haïm. Il n’y avait de l’eau que deux fois par jour, à partir de robinets situés de part et d’autre du quartier. Il n’y avait ni arbres ni jardins ; à l’extérieur des maisons, il n’y avait que des rochers et des ronces. Il fallait un cheval et une charrette pour se déplacer. Mais les pionniers étaient des gens intéressants : le propriétaire d’une étable, des charpentiers, des rabbins, un horloger, des cordonniers et un boucher.
Parmi les bâtiments qui subsistent, on trouve une maison d’hôtes de 1925 qui a servi de quartier général au commandement du quartier en 1948, deux maisons enduites de briques silicatées – ce qui était très inhabituel à Jérusalem -, une maison ancienne qui dispense aujourd’hui des services dentaires gratuits aux nécessiteux de Jérusalem, et une maison construite en 1930, presque enfouie sous l’un des nouveaux immeubles d’habitation. Comme il était interdit par les Britanniques de posséder des armes dans l’Israël d’avant l’État, mais que cela était absolument nécessaire dans une telle région, cette maison disposait d’une cache d’armes secrète qui, heureusement, a été emportée juste avant un raid britannique. La synagogue d’origine est également toujours debout et utilisée quotidiennement.
La famille Zisserman possédait la plus grande étable du quartier et c’est là que Mekor Haïm a perdu son premier défenseur de la Guerre d’Indépendance. Il se nommait Avraham Zisserman et vivait dans le quartier depuis l’âge de 3 ans.
En 1936, lorsque des émeutes arabes ont éclaté en Palestine sous mandat britannique, il n’y avait tout simplement pas assez de monde pour défendre les quartiers juifs isolés. Bien qu’il n’ait pas l’âge légal pour servir, Zisserman réussit à rejoindre les Forces auxiliaires juives – une division spéciale de la police britannique – afin de pouvoir porter une arme.
Lorsque la Guerre d’Indépendance commence à la fin du mois de novembre 1947, Zisserman est chargé de plusieurs positions défensives. En janvier 1948, lors d’une attaque du quartier par des gangs arabes, il se rend avec deux autres personnes sur une position à la lisière du Mekor Haïm. Après que ses deux camarades l’ont abandonné, il est resté seul, tirant avec son arme jusqu’à ce qu’il reçoive une balle dans la tête et soit mortellement blessé.
De lourdes pertes
Mekor Haïm a beaucoup souffert pendant la Guerre d’Indépendance. Le quartier a été assiégé par les Arabes pendant cinq mois et a fait l’objet d’assauts répétés. Comme le garagiste Yitzhak Getler, né à Jérusalem, les onze autres défenseurs de Mekor Haïm n’étaient pas originaires de ce quartier. Alors qu’il préparait des fortifications dans le quartier frontalier de Yemin Moshe, Getler exigea de participer aux combats. Envoyé à Mekor Haïm, il fut mortellement blessé à l’estomac lors d’une terrible attaque.
Tuvia Ordang est né en 1907 dans une famille sioniste lettone très engagée. Enfant, il s’est enfui et, lorsqu’on l’a retrouvé, il a déclaré qu’il essayait de se rendre en Israël. Ingénieur agronome ayant immigré à Hadera et participé activement à la répression des émeutes en 1929, Ordang s’est installé à Jérusalem en 1937 et s’est engagé dans la Hagana, la force paramilitaire qui allait bientôt devenir l’armée israélienne.
Trop vieux pour être recruté pendant la Guerre d’Indépendance et père de trois fillettes, il a néanmoins rejoint l’armée pré-étatique. Le 3 juin 1948, il a marché sur une mine placée juste à l’extérieur de Mekor Haïm. Ordang et deux autres soldats ont été tués.
Le diamantaire David Welber, né à Jérusalem en 1912, a rejoint le bataillon de Jérusalem pendant la Guerre d’Indépendance. Comme la plupart des autres soldats inscrits sur le mémorial, il était très fier d’avoir participé à plusieurs batailles destinées à libérer le sud de Jérusalem. Le 3 juin, une mine a explosé alors qu’il aidait un compagnon d’armes blessé.
Né en Allemagne en 1881, Heinrich Landshot était un pharmacien chimiste qui possédait des pharmacies à Strasbourg et à Francfort. Pendant la Première Guerre mondiale, il était responsable du service médical de l’armée allemande. Il était également un ardent sioniste.
En 1933, il a immigré à Jérusalem et, lorsque la guerre a éclaté, il avait déjà 63 ans. Mais il a immédiatement rejoint l’armée pré-étatique et a été envoyé en tant qu’officier pour défendre Jérusalem. Tué par des tirs de snipers ennemis à Mekor Haïm le 17 octobre, il avait l’habitude de dire qu’il valait mieux risquer la vie des personnes âgées que celle de la jeune génération qui aura à reconstruire le pays après la guerre.
Hanan Seri, métallurgiste, né à Tel Aviv, a rejoint la Haganah à 16 ans et a participé à ses opérations. Il a été capturé une fois par les Britanniques. Pendant la Guerre d’Indépendance, il a été envoyé à la défense de Makor Haïm. À un moment donné, il a dirigé une unité chargée de tendre une embuscade aux Arabes qui attaquaient.
Bien que grièvement blessé au cours de l’escarmouche qui suivit, il a refusé de quitter le champ de bataille. Les Arabes ont été tenus en échec, mais Seri a succombé à une seconde balle qui l’a atteint à la tête.
Né à Berlin en 1909, Gad Brickman a obtenu un doctorat en physique dans une université allemande. En 1933, il s’est installé en Israël et a rejoint la Haganah tout en travaillant dans la recherche en pharmacologie à Tel Aviv. Onze ans plus tard, il a participé à la création du département de pharmacologie de l’Université hébraïque.
Brickman a rejoint l’armée au début de la Guerre d’Indépendance, et est devenu commandant dans différents quartiers de la ville. Son dernier poste est celui de commandant de la défense de Mekor Haïm. Le 14 juillet 1948, il dirigeait une unité qui se rapprochait d’une position ennemie non loin de Beit Safafa et fut tué lorsqu’il marcha sur une mine.
Un grand nombre de maisons de Mekor Haïm ont été détruites pendant la guerre, et seules quelques personnes sont retournées dans leur ancien quartier. Les tirs de snipers se poursuivirent jusqu’à la Guerre des Six Jours, lorsque le sud de Jérusalem fut développé et que Mekor Haïm ne fut plus isolé.
Soixante-quinze ans plus tard, le vent a tourné et Mekor Haïm est un lieu très convoité. Non seulement le tramway de Jérusalem passera par Mekor Haïm dans quelques années, mais ce quartier tranquille est adjacent à l’ancienne gare restaurée, qui reliait Jérusalem à Jaffa. Il regorge de boutiques et de restaurants et dispose même de plus de sept kilomètres de pistes cyclables et piétonnes qui se terminent à Beit Safafa, un quartier autrefois hostile et aujourd’hui accueillant.
Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en anglais sur Israël. Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé qui propose des visites privées et personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes.
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