Liban: poursuites contre des fonctionnaires pour une affaire de fioul défectueux
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Liban: poursuites contre des fonctionnaires pour une affaire de fioul défectueux

Le secteur de l'Energie constitue le symbole par excellence de la gabegie des services publics et de la corruption dans un pays souffrant toujours de coupures fréquentes de courant

Illustration d'une plate-forme pétrolière en Méditerranée. (Nati Shohat/Flash90)
Illustration d'une plate-forme pétrolière en Méditerranée. (Nati Shohat/Flash90)

La justice libanaise a engagé mercredi des poursuites contre 12 personnes, dont des fonctionnaires, dans une affaire d’importation de carburants défectueux à travers une société algérienne.

Hautement médiatisée, cette affaire est au cœur d’une enquête lancée il y a plusieurs semaines après l’arrivée d’un navire chargé d’une cargaison de dérivés pétroliers « non conformes aux normes », contrairement aux rapports officiels.

Le Liban importe du gazole et du fioul pour alimenter son secteur énergétique via deux sociétés locales, dont « ZR Energy », en vertu d’un contrat conclu en 2005 et renouvelé depuis avec « Sonatrach Petroleum Corporation », propriété de la compagnie pétrolière nationale algérienne Sonatrach.

Parmi les douze personnes faisant désormais l’objet de poursuites judiciaires, figurent le directeur général d’Electricité du Liban (EDL), Kamal Hayek, le directeur général des infrastructures pétrolières, Sarkis Hleiss, la directrice générale du département pétrolier au sein du ministère de l’Energie, Aurore Féghali, soupçonnés de négligence et d’avoir encaissé des pots-de-vin, selon l’Agence nationale de l’information.

Des mandats d’arrêt avaient déjà été émis contre le représentant de Sonatrach au Liban, Tarek Fawwal et Mme Féghali ainsi que plusieurs fonctionnaires du ministère libanais de l’Energie et des laboratoires locaux chargés de s’assurer du respect des normes, soupçonnés d’avoir reçu des pots-de-vin et modifié les rapports.

Lundi, des mandats d’arrêt par contumace ont également visé M. Hleiss, le directeur de « ZR Energy », Teddy Rahmé, et son directeur général, Ibrahim Al-Zouk, ainsi qu’un autre employé de la société importatrice.

La Justice a, par ailleurs, interrogé deux anciens ministres de l’Energie, dont Nada Boustani, proche du chef de l’Etat Michel Aoun ainsi que Mohammad Fneich, membre du Hezbollah.

De con côté, la filiale de Sonatrach a condamné mercredi une « campagne injuste et coordonnée qui lui porte atteinte, ainsi qu’à sa société mère », menaçant d’engager une action en justice pour « diffamation ».

Mercredi, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné au ministre de la Justice d’ouvrir une enquête sur « le volet concernant l’Algérie », et elle est en cours.

Son porte-parole Belaïd Mohand-Oussaïd a affirmé que « l’Algérie en tant qu’Etat n’est en aucune façon impliquée », qualifiant l’affaire de dossier libano-libanais » et de « problème libanais en premier lieu ».

Au Liban, le secteur de l’Energie, notamment l’EDL, constitue le symbole par excellence de la gabegie des services publics et de la corruption dans un pays souffrant toujours de coupures fréquentes de courant.

Chroniquement déficitaire et sous-productive, sa réforme constitue l’une des principales conditions des créanciers du pays – en proie depuis des mois à une crise économique inédite – au déblocage des aides.

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