Liberman appelle à un compromis « douloureux » sur l’enrôlement des Haredim, revenant sur une promesse de longue date

Cette mesure s'impose pour convaincre les factions haredim de rejoindre une coalition capable de renverser Netanyahu, d'éviter un nouveau scrutin et de contourner la nécessité du soutien arabe, dit le chef d'Yisrael Beytenu

Avigdor Liberman, chef d'Yisrael Beytenu, au siège électoral du parti, à Tel Aviv, le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Crédit : Tal Gal/Flash90)

Le député Avigdor Liberman, chef du parti d’opposition laïc et belliciste Yisrael Beytenu, a affirmé vendredi que pour évincer le Premier ministre Benjamin Netanyahu suite aux élections de la semaine dernière, des compromis « douloureux » devraient être conclus avec les partis haredim, notamment concernant l’enrôlement des hommes ultra-orthodoxes dans les rangs de Tsahal.

Cette déclaration, publiée sur le réseau social X, a confirmé les informations diffusées dans la soirée de jeudi selon lesquelles Liberman avait levé le veto qu’il opposait depuis des années à la formation d’un gouvernement incluant des partis haredim cherchant à obtenir l’inscription dans la loi de l’exemption de service militaire dont bénéficient leurs électeurs.

Dans ce message, il a également réitéré son opposition à la solution apparemment envisagée par le bloc sioniste anti-Netanyahu, à savoir un gouvernement minoritaire bénéficiant du soutien extérieur du Raam et de la Liste arabe unie, les deux formations chapeautées par des Arabes.

Le 27 octobre, les électeurs ont attribué 19 des 120 sièges de la Knesset au Raam et à la Liste arabe unie, 48 aux partis du bloc sioniste anti-Netanyahu, et 53 aux factions qui composent la coalition de Netanyahu.

La coalition de Netanyahu comprend le parti haredi séfarade Shas et la faction haredi ashkénaze Yahadout HaTorah, qui ont ensemble remporté 13 sièges – juste assez pour donner la majorité aux opposants sionistes de Netanyahu, qui avaient fait de la fin de l’exemption de service militaire dont bénéficient les haredim un thème central de leur campagne.

Le président Isaac Herzog devrait accorder au chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, à la tête du plus grand mouvement anti-Netanyahu, la première chance de former un gouvernement, après que 67 des 120 nouveaux députés issus des quatre partis sionistes anti-Netanyahu et des deux partis arabes ont apporté leur soutien à Eisenkot pour le poste de Premier ministre dans le cadre des consultations post-électorales qui ont été menées cette semaine par Herzog.

Des membres du parti de la Liste arabe unie rencontrent le président Isaac Herzog à la résidence présidentielle de Jérusalem, dans le cadre des consultations visant à désigner la personne qui sera chargée de former le prochain gouvernement, le 5 novembre 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)

Mais vendredi, dans un message publié sur le réseau social X, Liberman a déclaré que son parti, Yisrael Beytenu, voterait contre tout gouvernement qui s’appuierait sur le soutien extérieur du Raam et de la Liste arabe unie.

Il a évoqué le « gouvernement du changement », au sein duquel il avait occupé le poste de ministre des Finances, et qui avait évincé Netanyahu en 2021-2022 grâce à une majorité étroite intégrant le Raam. Après que ce gouvernement a été renversé sous l’effet de tensions internes, Netanyahu est revenu au pouvoir à l’issue des élections de novembre 2022 avec une solide majorité de 64 sièges.

« Un gouvernement minoritaire durera bien moins longtemps et, lorsqu’il prendra fin, nous retrouverons Netanyahu avec 70 sièges pour quatre années supplémentaires, après quoi le processus d’anéantissement ne sera plus qu’une formalité », a ajouté Liberman.

Liberman a également rejeté la perspective de nouvelles élections, insistant sur le fait que « l’ère Netanyahu doit s’achever ».

Sur toutes les autres questions, a-t-il poursuivi, il serait « acceptable et préférable » de faire des compromis, « même sur la loi relative à la conscription ».

« Cette situation est douloureuse pour moi, et je sais qu’elle l’est pour beaucoup d’autres », a souligné Liberman.

« Nous devons tout mettre en œuvre pour former une coalition de 61 députés, sans la Liste arabe unie ni le Raam. Une fois cette coalition formée, nous aurons de fortes chances de pouvoir compter sur trois ou quatre députés supplémentaires issus du Likud », le parti de Netanyahu, a assuré Liberman. « Cette stratégie est la seule qui puisse servir les intérêts de l’État d’Israël et du peuple juif. »

Le député Mansour Abbas, chef du parti Raam, et des membres de sa formation tiennent une conférence de presse à l’issue de leur rencontre avec le président Isaac Herzog, dans le cadre des consultations sur la formation du prochain gouvernement israélien, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 5 novembre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le député Yaakov Asher, chef du parti Yahadout HaTorah, a déclaré dans un communiqué publié suite aux propos de Liberman : « C’est un plaisir de constater l’ouverture d’esprit affichée par tous les acteurs politiques sur la question du service militaire. »

« Il est douloureux de penser à tout ce que nous aurions pu éviter en matière d’incitation à la haine et de conflit fratricide si cette ouverture était apparue ces dernières années », a ajouté Asher.

Aucune « alliance politique » n’a encore été proposée à Yahadout HaTorah, a-t-il laissé entendre, précisant que les rabbins de la faction auraient le dernier mot sur toute offre reçue par le mouvement.

Yahadout HaTorah, qui a conservé ses sept sièges à la Knesset après les élections, a refusé cette semaine, dans le cadre des consultations présidentielles, de soutenir Netanyahu au poste de Premier ministre, après s’être brouillé avec lui en raison de l’incapacité du gouvernement à faire adopter une loi consacrant l’exemption de service militaire pour les Haredim.

Le Shas, qui est passé de 11 à 6 sièges, a quant à lui recommandé Netanyahu, affirmant qu’il le soutiendrait après que celui-ci s’est engagé à faire adopter une telle mesure au cours de la prochaine législature.

Le député Yaakov Asher, chef du parti Yahadout HaTorah, s’exprime au siège du parti à Bnei Brak le 28 octobre 2026, quelques heures après la fermeture des bureaux de vote. (Hilel Ben Or/Flash90)

L’ancien député Dan Illouz, qui a quitté le Likud suite à la controverse sur la conscription des Haredim et qui s’est présenté sous la bannière d’Yisrael Beytenu, a quant à lui annoncé sur X son intention de « lutter contre toute loi d’exemption, même si elle émane du camp adverse », appelant à la formation d’un « gouvernement d’union sioniste capable de gagner des guerres et d’enrôler les Haredim ». Illouz, qui occupait la 10e place sur la liste électorale d’Yisrael Beytenu, n’a pas été élu à la Knesset, le parti n’ayant remporté que sept sièges.

Par ailleurs, le chef du parti HaDemocratim, Yair Golan, a assuré sur X que des « progrès substantiels » avaient été réalisés en vue de former dès que possible un « gouvernement d’urgence nationale ». Un message qui a été publié quelques minutes après celui de Liberman, mais qui ne faisait pas mention de la déclaration du chef d’Yisrael Beytenu.

« Je suis plus optimiste que je ne l’étais mercredi matin après l’annonce des résultats électoraux », a écrit Golan.

Il a ajouté que les négociateurs de HaDemocratim et de Yashar s’étaient rencontrés « à plusieurs reprises cette semaine », et que les partis sionistes opposés à Netanyahu « se préparaient à prendre le contrôle de la Knesset dès mardi ».

Golan, dont le parti de gauche est la seule faction sioniste à appuyer un gouvernement soutenu par les Arabes, a également accusé Netanyahu de « tenter de mener un coup d’État » et de semer le chaos dans les relations entre Israël et les États-Unis.

« Je sais que certains sont sceptiques » quant à la possibilité d’un nouveau gouvernement, a reconnu Golan. « Je suis bien conscient du chemin qui nous attend. Mais je connais aussi nos partenaires, le sens des responsabilités dont ils font preuve et leur réelle volonté d’apporter le changement. »

Vous avez apprécié cette lecture ? Rejoignez notre communauté et contribuez à faire vivre une information indépendante et de qualité. Merci de votre soutien !

read more: