L’Iran aurait menacé Israël et rejeté la proposition de cessez-le-feu américaine transmise par l’Irak
Les États-Unis ont frappé des cibles militaires iraniennes pour la 13e nuit consécutive ; des responsables iraniens ont affirmé qu'une escalade impliquerait de bombarder Tel Aviv
L’Iran a rejeté, dans la journée de jeudi, une proposition de cessez-le-feu qui a été transmise par les États-Unis par l’intermédiaire de médiateurs irakiens, a rapporté le New York Times, citant les propos qui ont été tenus des responsables iraniens et irakiens, alors que les États-Unis menaient leur treizième nuit consécutive de frappes contre la république islamique.
Le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi a fait le déplacement en Iran, jeudi, muni d’une proposition qui avait été formulée peu après sa rencontre avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, début juillet.
Des responsables iraniens ont toutefois fait savoir au journal qu’ils n’étaient pas intéressés par un « accord temporaire » qui ne réglerait pas la question du statut définitif du détroit d’Ormuz – qui est un point d’achoppement majeur dans les négociations.
Le bureau d’Al-Zaidi a noté qu’il s’était rendu à Téhéran pour appeler à la paix et au dialogue, et qu’il avait promis de ne pas permettre que le territoire irakien soit utilisé pour des attaques contre l’Iran.
Trump, de son côté, a averti que les États-Unis utiliseraient les fonds iraniens qui sont actuellement entre les mains ou contrôlés par Washington pour couvrir « tous les dommages » causés aux navires et aux cargaisons par des frappes dans le Golfe et ses environs.
« Que cette déclaration puisse servir à préciser – et ce jusqu’à nouvel ordre – qu’à partir de ce moment, tous les dommages causés aux navires, aux cargaisons ou à tout ce qui s’y rapporte seront pris en charge par les fonds iraniens que les États-Unis détiennent et contrôlent », a écrit Trump dans un post qui a été publié sur sa plateforme Truth Social.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a répondu : « Saisir les avoirs d’une autre nation pour payer des réclamations futures sans rapport avec celle-ci constitue un précédent incendiaire. »
« Ceux qui se réjouissent ou qui tirent profit de ces fonds doivent se rappeler qu’une fois que les gouvernements auront normalisé la confiscation, plus aucun actif ne sera à l’abri », a écrit Araghchi sur les réseaux sociaux. « Le chaos qui s’ensuivra ne sera ni beau ni pacifique ».
Responsables iraniens : une escalade signifierait des frappes sur Tel Aviv
Deux responsables iraniens cités par le Times ont averti que la prochaine étape de l’escalade des hostilités entre Washington et Téhéran inclurait des attaques de la république islamique sur Tel Aviv.
Le journal a signalé que ces responsables ont confié que si Trump devait mettre à exécution ses menaces de bombarder Téhéran ainsi que des infrastructures en Iran, la république islamique riposterait en prenant pour cible Tel Aviv et qu’elle demanderait au groupe rebelle houthi au Yémen d’imposer un blocus maritime sur le détroit de Bab al-Mandab.
Au cours de la première phase de la guerre – elle avait débuté le 28 février – l’armée israélienne avait pris part aux frappes contre l’Iran et Téhéran avait lancé des centaines de missiles balistiques en direction d’Israël. L’État juif est toutefois resté en retrait de la reprise actuelle des combats et n’a essuyé aucune attaque iranienne, ces dernières semaines.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, les États-Unis ont lancé leur treizième nuit consécutive de frappes contre l’Iran, a annoncé le Commandement central (CENTCOM).
Les attaques qui ont été menées contre des cibles militaires iraniennes ont visé « à demander des comptes à l’Iran et à réduire les menaces que fait peser le Corps des gardiens de la révolution islamique sur la navigation marchande », a dit le CENTCOM.
Les frappes « ont pris pour cible des centres de commandement militaires iraniens, des sites de stockage de drones, des réseaux de communication, des sites de surveillance côtière et des capacités maritimes », a-t-il ajouté dans un communiqué ultérieur.
Les médias d’État iraniens ont rapporté que des missiles américains s’étaient abattus sur la ville d’Ahvaz, dans le sud-ouest du pays, et que des explosions avaient été entendues à Omidiyeh, non loin de là, ainsi que dans la ville portuaire de Bandar Abbas et sur l’île de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz.
Cette vague de bombardements a duré plus de deux heures et elle s’est achevée peu avant 5 h du matin, heure locale, selon le CENTCOM.
Quelques heures plus tard, vers 8 heures du matin, heure d’Israël, les sirènes ont été activées à Bahreïn, appelant les habitants à se mettre à l’abri des tirs qui avaient été détectés par les systèmes de défense.
« Ce matin, les réservoirs de carburant, les grands entrepôts de matériel, les silos et les casernes des forces de l’armée terroriste américaine qui étaient stationnées à la base aérienne d’Isa, à Bahreïn, ont été pris pour cible par des drones kamikazes Arash », ont expliqué les forces iraniennes dans un communiqué qui a été relayé par la télévision d’État.
Les États du Golfe ont été fréquemment pris pour cible au cours de la semaine dernière – alors que les États-Unis et l’Iran ont échangé des frappes de plus en plus intenses dans un conflit qui a débuté par une lutte pour le contrôle du détroit stratégique d’Ormuz.
L’armée iranienne a également revendiqué des attaques aux drones contre la Jordanie, attaques qui ont visé « des hangars d’avions, des hangars de maintenance aéronautique et une caserne » à la base d’Al-Azraq. La Jordanie n’a toutefois signalé aucune agression au cours des dernières heures.
Par ailleurs, plusieurs explosions ont retenti à proximité de l’aéroport d’Erbil, qui accueille les soldats de la coalition dirigée par les États-Unis dans la région autonome du Kurdistan irakien, a indiqué un journaliste de l’AFP.
Des explosions ont été entendues après le déclenchement des systèmes de défense aérienne, selon le journaliste, qui a également vu des drones survoler la ville et de la fumée s’élever dans la zone de l’aéroport.
Depuis la reprise des hostilités au Moyen-Orient, des drones ont été interceptés à plusieurs reprises au-dessus d’Erbil, qui abrite également un important complexe consulaire américain.
L’Iran menace d’attaquer tout pays aidant les États-Unis
Araghchi a déclaré, dans la journée de vendredi, que l’Iran tiendrait pour responsable tout pays aidant les États-Unis à mener des attaques contre la république islamique.
« Toute participation, coopération ou assistance dans l’objectif de commettre des agressions à l’encontre de l’Iran engagera la responsabilité internationale des parties concernées », a affirmé Araghchi lors d’une réunion au Kirghizistan, ajoutant que Téhéran « se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires dans le cadre de sa légitime défense ».
Les Gardiens de la révolution iraniens ont récemment menacé le Royaume-Uni, qui a autorisé des bombardiers américains à décoller depuis des bases britanniques.
Le Royaume-Uni a réagi vendredi en tout début de matinée, affirmant que ses forces armées étaient « prêtes à protéger le pays contre tout type d’attaque, que ce soit sur notre sol ou depuis l’étranger » en utilisant ses propres moyens et en collaborant étroitement avec ses alliés de l’OTAN.
L’Iran a également menacé la Bulgarie, dont le parlement a récemment voté en faveur de l’autorisation donnée aux États-Unis de stationner des avions ravitailleurs sur son territoire – des appareils qui, a-t-elle insisté, ne seront pas utilisés pour lancer directement des attaques.
Les États-Unis et Israël ont lancé leur campagne contre l’Iran le 28 février, dans le but d’affaiblir les capacités militaires du régime iranien, d’éloigner les menaces posées par l’Iran — notamment ses programmes nucléaires et de missiles balistiques — et de « créer les conditions » susceptibles de permettre au peuple iranien de renverser le régime, ont déclaré Tsahal et les dirigeants israéliens.
Malgré un cessez-le-feu et un protocole d’accord qui a été conclu par la suite entre les États-Unis et l’Iran — auquel Israël n’a pas pris part lors des négociations, mais auquel il s’est rallié — les attaques ont repris, ces dernières semaines.
Donald Trump a annoncé, dans la journée de jeudi, qu’il envisageait d’ordonner la plus grande attaque américaine jamais menée contre l’Iran, ajoutant qu’Israël se joindrait aux frappes à sa demande. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait convoquer vendredi ses principaux ministres et conseillers pour une réunion consacrée à la sécurité nationale.