L’Iran menace les câbles de communication sous-marins du Golfe – responsables

'Il n'y aura plus de lignes rouges' si la République islamique est attaquée, prévient un responsable, qui exhorte les États-Unis à ne pas 'jouer avec le feu'

Un employé installant un câble sous-marin à fibre optique sur la plage d'Arrietara, près du village basque espagnol de Sopelana, le 13 juin 2017. (Crédit : Ander Gillenea/AFP)

Téhéran a élaboré des plans détaillés visant à s’attaquer aux câbles de communication sous-marins dans le golfe Persique en cas de nouvelle attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël, ont déclaré à Reuters deux hauts responsables iraniens de la sécurité.

Leurs déclarations font suite aux avertissements lancés par des responsables iraniens selon lesquels les câbles sous-marins de la région pourraient devenir des cibles en cas de reprise du conflit si les négociations diplomatiques avec Washington échouaient.

Les deux responsables iraniens de la sécurité, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont donné peu de détails et n’ont pas précisé comment ni où exactement Téhéran mènerait de telles attaques. Mais l’un d’eux a déclaré que l’Iran chercherait à empêcher toute réparation après une attaque afin de prolonger les perturbations des communications, y compris des connexions Internet.

« Si l’Iran est attaqué, il n’y aura plus de lignes rouges… des câbles sous-marins aux bases militaires, y compris celles qui sont secrètes », a déclaré l’un des responsables.

Il a averti Washington de ne pas « jouer avec le feu » et a ajouté que l’Iran avait pleinement accès aux câbles sous-marins et pouvait facilement les détruire.

Yadollah Javani, directeur adjoint des affaires politiques du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, a déclaré mercredi que l’Iran pourrait prendre pour cible sept grands câbles Internet situés sous le détroit d’Ormuz si les infrastructures iraniennes venaient à être attaquées.

Le général de brigade Yadollah Javani, directeur adjoint du bureau politique du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien. (Crédit : CC BY 4.0, sayyed shahab-o-din vajedi, Wikipédia)

Selon l’Union internationale des télécommunications (ITU), une agence des Nations unies, les câbles sous-marins acheminent environ 99 % du trafic Internet mondial. Toutefois, l’impact mondial de telles attaques menées par l’Iran pourrait être limité, car moins de 1 % de la bande passante internationale transite par le détroit d’Ormuz, a déclaré Alan Mauldin, directeur de recherche au sein du cabinet d’études en télécommunications TeleGeography.

Ce détroit sépare l’Iran et Oman et relie le golfe Persique au golfe d’Oman et à la mer d’Arabie.

Ni le département d’État américain ni le ministère iranien des Affaires étrangères n’ont répondu aux demandes de commentaires de Reuters concernant les déclarations des responsables iraniens de la sécurité. Aucun commentaire n’a été formulé dans l’immédiat par les émirats du Golfe.

« Une riposte plus forte »

Les plans prévoyant d’éventuelles attaques contre les câbles sous-marins reflètent la conviction des dirigeants iraniens qu’une nouvelle campagne militaire américaine devrait être contrée par une riposte plus forte qu’auparavant.

Mohsen Rezaei, haut responsable de la sécurité, a averti ce mois-ci que les infrastructures numériques liées aux États-Unis dans tout le Golfe, y compris les centres de données et les installations d’intelligence artificielle (IA), pourraient être prises pour cibles en cas de reprise du conflit.

Les alliés de Washington dans le Golfe ont massivement investi dans ces infrastructures et ils « devraient tenir Washington, et non Téhéran, pour responsable de tout dommage causé aux câbles sous-marins », a déclaré le deuxième responsable iranien de la sécurité.

Alex Vatanka, directeur du programme sur l’Iran au Middle East Institute de Washington, explique que ces menaces visent à dissuader toute reprise du conflit et à faire pression sur Washington en faisant craindre aux émirats du Golfe et aux entreprises américaines pour leurs investissements dans la région.

Une femme passant devant un panneau publicitaire représentant un membre du Corps des Gardiens de la Révolution islamique posant le pied sur un sous-marin télécommandé américain que l’Iran affirme avoir saisi dans le détroit d’Ormuz, sur une place au nord de Téhéran, le 23 septembre 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

« Téhéran souhaite que les émirats du Golfe et les dirigeants d’entreprise fassent pression sur [le président américain Donald] Trump au sujet des risques que ses politiques font peser sur leurs projets d’investissement », a déclaré Vatanka.

Selon les analystes, plusieurs coupures de câbles pourraient ralentir les services Internet, perturber les transactions financières, le commerce électronique et le cloud computing. L’ampleur de l’impact dépendrait de la manière dont les opérateurs réachemineraient le trafic et de la capacité disponible sur les connexions alternatives, a déclaré Mauldin.

Le rétablissement des connexions en temps de guerre pourrait s’avérer difficile, ont indiqué les experts. La hausse des coûts d’assurance et les retards dans l’obtention des autorisations d’accès aux eaux territoriales pourraient également compliquer les réparations.

La mer Rouge pourrait constituer une cible plus importante que le détroit d’Ormuz, en particulier si l’Iran fait appel à son proxy, le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, même si Téhéran n’a fait aucune déclaration publique indiquant son intention de cibler les câbles dans cette région.

La mer Rouge achemine des données entre l’Europe, l’Afrique de l’Est et l’Asie ; la capacité qui y transite représente environ 3 % de la demande internationale mondiale et environ 10 % du trafic entre ces régions, a précisé Mauldin.

Les gouvernements du Golfe ont massivement investi dans la technologie afin de diversifier leurs activités au-delà du pétrole et de devenir des pôles mondiaux de l’IA, renforçant ainsi leurs liens avec les entreprises technologiques américaines.

En mars, des frappes iraniennes ont directement touché deux sites d’Amazon Web Services aux Émirats arabes unis et endommagé des infrastructures à proximité de l’un de ses sites à Bahreïn. Au plus fort de la guerre en mars, le CGRI a désigné des entreprises technologiques américaines, notamment Microsoft, Google, Apple et Nvidia, comme des cibles légitimes.

Les connexions terrestres peuvent en effet offrir des itinéraires alternatifs pour le trafic Internet. Les émirats du Golfe et les entreprises technologiques américaines investissent ainsi dans des infrastructures supplémentaires afin d’améliorer la résilience.

Microsoft prévoit d’investir plus de 400 millions de dollars dans la connectivité sous-marine et terrestre au Moyen-Orient d’ici 2030.

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