L’université de Berkeley reconnaît avoir discriminé une professeure israélienne
Dans le cadre d'un accord conclu devant les juges, le recteur de l'université californienne présentera ses excuses à Yael Nativ pour le blocage de sa candidature en raison de son identité israélienne
Berkeley, qui dépend de l’université de Californie, a conclu un accord devant la justice suite à une plainte déposée à l’encontre de l’établissement d’enseignement supérieur. Dans cet accord, les administrateurs ont reconnu avoir discriminé une universitaire israélienne.
Yael Nativ, chercheuse en danse et sociologue israélienne, avait lancé des poursuites à l’encontre de Berkeley, au mois d’août dernier, affirmant avoir été discriminée en raison de son identité israélienne.
Selon la plainte, Nativ avait donné des cours à Berkeley en tant qu’invitée – elle enseignait notamment la danse contemporaine israélienne – avant le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023. Elle avait été invitée à revenir sur le campus – une offre que Berkeley avait annulée après le début de la guerre à Gaza.
Le bureau de lutte contre les discriminations de l’université avait lancé une enquête. Les investigations avaient finalement conclu que Nativ avait été victime de discrimination en raison de sa nationalité israélienne, selon la plainte qui avait été déposée devant un tribunal californien. Les lois californiennes sur la protection des droits civils et la politique de non-discrimination de Berkeley interdisent toute discrimination fondée sur l’origine nationale.
Le Louis D. Brandeis Center for Human Rights Under Law, un groupe de défense juridique qui représente souvent des Juifs dans des affaires de discrimination présumée sur les campus, a représenté la professeure dans le cadre de ce procès.
L’accord, dont la teneur a été annoncée mercredi, prévoit que le recteur de Berkeley, Rich Lyons, présentera ses excuses à Nativ pour les discriminations dont elle a été victime.
« Je respecte et j’apprécie à sa juste valeur la décision qui a été prise par Nativ concernant le nécessaire règlement de cette affaire. Elle mérite les excuses que je lui présenterai au nom de notre campus. Nous sommes impatients d’accueillir à nouveau Nativ à Berkeley où elle pourra donner des cours », a dit Lyons dans un communiqué qui a été diffusé dans la journée de mercredi.
Berkeley a également confirmé qu’un de ses employés avait enfreint la politique de l’université en matière de discrimination, que ses politiques n’autorisaient pas les discriminations à l’encontre des Israéliens et qu’elle ne tolérerait plus aucune discrimination anti-israélienne à l’avenir, selon une copie de l’accord que le Times of Israel a pu consulter.
Berkeley versera 60 000 dollars de dommages et intérêts à Nativ. L’université a accepté de l’inviter à revenir enseigner, selon l’accord.
Berkeley n’avait pas répondu à une demande de commentaire au moment de la rédaction de cet article.
Nativ avait donné un cours consacré à la danse contemporaine en Israël au Département de théâtre de Berkeley au cours du semestre de printemps, en 2022. Le cours s’était bien déroulé et Berkeley avait encouragé Nativ à postuler pour un poste d’enseignante pour un autre semestre.
Au mois d’août 2023, elle avait demandé à pouvoir revenir pour enseigner le même cours de danse – mais au mois de novembre 2023, quelques semaines après le pogrom qui avait été commis par le Hamas, les administrateurs de l’établissement d’enseignement supérieur lui avaient fait savoir que sa candidature avait été rejetée.
Une membre juive du corps enseignant avait confié à Nativ qu’elle pensait que ce rejet avait eu une « connotation politique » et un membre du Département de théâtre, qui avait auparavant encouragé Nativ à postuler, avait confirmé que cette décision était de nature politique.
« Mon département ne pourra pas vous accueillir pour un cours à l’automne prochain », avait dit ce professeur à Nativ dans un message WhatsApp. « La situation est très tendue ici en ce moment et un grand nombre de nos étudiants sont en colère. Je mettrais le département et vous-même dans une position très délicate si vous deviez venir enseigner ici ».
Nativ avait répondu qu’elle était « triste et brisée », qu’elle était déçue par l’hostilité dont elle était victime de la part des universitaires américains. Elle avait demandé à ce professeur d’encourager le dialogue sur le campus – une requête qui étaient restée sans réponse.
Après que Nativ a rendu public l’incident et après que des plaintes ont été formulées auprès de Berkeley, le bureau de l’université chargé de la prévention du harcèlement et des discriminations avait ouvert une enquête.
Et finalement, au mois de septembre 2024, le bureau avait admis, à l’issue des investigations, que la professeure avait bien été victime de discrimination en raison de son origine nationale et il lui avait demandé une réponse. Nativ, de son côté, avait réclamé des excuses, une invitation à venir enseigner à nouveau sur le campus et des ressources susceptibles d’aider les professeurs et les étudiants à faire face au racisme et à l’antisémitisme.
Nativ avait ensuite demandé à plusieurs reprises des informations sur l’évolution de la situation au cours des mois suivants, mais l’université n’avait pris aucune mesure, ce qui l’avait décidée à intenter un procès.
Sa plainte a porté sur un cas de discrimination fondée sur l’origine nationale en vertu de la loi californienne sur l’égalité en matière d’emploi et de logement (California Fair Employment and Housing Act), un manquement à l’obligation de prévenir la discrimination en vertu de cette loi et des discriminations fondées sur l’origine nationale, et ce en vertu du code californien de l’éducation (California Education Code).
Ce procès fait partie des dizaines d’actions en justice intentées à travers le pays pour lutter contre l’antisémitisme et l’activisme antisioniste qui sévissent sur les campus universitaires.
Les partisans et les opposants d’Israël attaquent les universités à travers tout le pays, les accusant de discrimination en raison de leur réaction face aux manifestations anti-israéliennes sur les campus.
Les Juifs américains ont été à l’origine de la majorité des poursuites judiciaires, dénonçant l’antisémitisme, mais les Israéliens ont également intenté certaines poursuites pour discriminations présumées sur la base de leur origine nationale.
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