Israël en guerre - Jour 196

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Analyse

L’utilisation ciblée des forces terrestres de Tsahal pourrait enfin offrir une issue

Les derniers combats ont mis en évidence la dépendance excessive à l'égard de la puissance de feu et du Dôme de fer. L'armée ne veut pas reprendre Gaza, mais a un "concept de victoire" qui place des troupes en territoire ennemi

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un soldat entrant dans un véhicule blindé dans une zone de rassemblement pour les troupes à la frontière avec Gaza, le 2 mai 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un soldat entrant dans un véhicule blindé dans une zone de rassemblement pour les troupes à la frontière avec Gaza, le 2 mai 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Deux soldats israéliens avaient pris la décision rare d’émettre une sombre mise en garde dans un journal officiel de l’armée israélienne. Tsahal, avaient-ils averti, est dans une impasse.

Prenant la plume dans le sillage de trois « opérations de dissuasion », le général de brigade Tamir Yadaï et le lieutenant-colonel Eran Ortal avaient souligné que les conflits faisaient partie intégrante d’un modèle à la fois prévisible et inquiétant : l’armée de l’air israélienne menait une première frappe entraînant la mort d’un commandant, déséquilibrant temporairement l’ennemi ; Israël décidait de poursuivre l’opération et l’armée, à ce moment-là, s’efforçait de maintenir la pression exercée sur l’ennemi, qui se reprenait et qui ripostait ; Jérusalem faisait ensuite appel à la communauté internationale pour aider à mettre un terme aux combats et Israël jouissait ensuite d’une période de calme limitée avant la flambée de tensions suivantes.

Cette mise en garde avait été faite il y a une décennie.

L’article, rédigé en 2013, était sorti dans le sillage de l’Opération « Bouclier défensif » à Gaza, des combats d’une semaine qui avaient commencé par une frappe aérienne qui avait entraîné la mort d’Ahmed Jabari, le bras droit du chef de l’aile armée du groupe terroriste palestinien du Hamas.

Le phénomène décrit par les deux officiers – qui avaient continué leur ascension dans la hiérarchie de Tsahal – était identifié depuis une vingtaine d’années à l’époque, depuis les Opérations « Justice rendue » et « Raisins de la colère » (contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, au Liban) dans les années 1990.

Et plus de dix ans après l’annonce alarmiste de Yadaï and Ortal, l’armée tente encore de sortir de l’impasse des opérations répétitives de dissuasion, mais les premiers signes d’un changement émergent.

De la fumée entraînée par les tirs de roquettes depuis Gaza vers Israël, à Gaza, le 23 février 2023. (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)

Et les Israéliens ont eu une piqûre de rappel difficile de cette problématique, ce mois-ci. Le gouvernement de Netanyahu a lancé l’Opération « Bouclier et Flèche » en tuant trois hauts-responsables du Jihad islamique palestinien, entraînant cinq jours de conflits intenses, avec zéro espoir que ces affrontements soient les derniers entre les deux parties en lice.

Les attaques ont permis d’éliminer Khalil Bahitini, commandant du Jihad islamique palestinien pour le nord de la Bande de Gaza, qui était venu remplacer Tayseer Jabari, tué dans une frappe israélienne, au mois d’août 2022, lors du lancement d’une autre opération à Gaza, Aube Naissante. Jabari était le successeur de Hussam Abu Harbeed, mort lors d’un bombardement israélien pendant une opération qui avait eu lieu en 2021, qui lui-même avait pris la suite de Baha Abu al-Ata, qui avait lui perdu la vie lors d’un raid de l’armée de l’air israélienne au début de l’Opération « Ceinture noire », en 2019.

Des personnes endeuillées pleurant la mort du commandant du Jihad islamique palestinien Khalil Bahitini, de sa femme et de son fils, tués lors d’une frappe aérienne israélienne à leur domicile de Gaza, le 9 mai 2023. (Crédit : AP Photo/Fatima Shbair)

Des années de frappes aériennes, de tirs de roquette, d’assassinats et de brèves périodes de fragile accalmie montrent que l’armée est dorénavant bloquée dans une ornière, en matière de paradigme, qui met dorénavant hors de portée toute perspective de sécurité à long-terme – sans même parler de victoire.

Trouver un moyen de sortir de cette impasse nécessite au préalable de mieux comprendre comment l’État d’Israël s’est retrouvé, de prime abord, dans cette situation.

Adieu aux manœuvres

Un certain nombre de vecteurs ont convergé pour créer la réalité confuse qui est celle d’Israël aujourd’hui – et l’un des plus importants est la conception, par l’armée, des manœuvres terrestres qui semblent être, pour elle, une obligation désagréable plutôt que le chemin ouvrant la voie à la victoire.

Pendant les premières décennies d’existence d’Israël, le concept opérationnel de Tsahal s’appuyait sur les manœuvres agressives de ses forces terrestres en territoire ennemi, en déplaçant rapidement les combats des centres de population pour infliger des défaites décisives aux forces rivales.

Les manœuvres de terrain se réfèrent à l’usage d’importantes forces terrestres qui fendent des formations ennemies plus lentes, rompant la cohésion de l’adversaire, compliquant ses plans de guerre et portant un coup au moral des troupes.

Les unités israéliennes avant leur avancée en direction du canal de Suez, pendant la Guerre des Six jours. (Crédit : Bureau de presse du gouvernement)

Dans ce cadre, l’armée de l’air jouait un rôle de soutien vital dans ces batailles, en particulier en détruisant la puissance aérienne ennemie pour ouvrir la voie aux chars de Tsahal qui venaient briser l’armure des armées arabes.

Une approche qui avait prouvé sa redoutable efficacité à l’époque des victoires remportées par Israël face aux armées conventionnelles. Les divisions arabes étaient, sans aucun doute possible, dévastées sur le champ de bataille, et les territoires capturés étaient à la base des négociations de paix avec les leaders des coalitions hostiles, dont le nombre de membres baissait après chaque défaite aux mains du Commandement des Forces terrestres israélien.

Ce concept des manœuvres terrestres avait commencé à vaciller dans le sillage de la Guerre de Yom Kippour, en 1973. Même si le conflit s’était terminé par une victoire classiquement remportée sur le champ de bataille par le Commandement des Forces terrestres, les pertes inattendues du Corps Blindé Mécanisé de Tsahal pris pour cible par les missiles égyptiens et syriens et une perte de confiance sans précédent dans les leaders qui envoyaient de jeunes hommes sur le front avaient amené les Israéliens à réfléchir. Risquer leur vie dans des combats était-il aussi nécessaire que cela avait pu leur être affirmé ?

Des tanks israéliens en position de couverture dans la péninsule du Sinaï, pendant la Guerre de Yom Kippour, le 1O octobre 1973. (Crédit : Bamahane/Archives du Ministère de la Défense)

Lorsqu’Israël a envahi le Liban en 1982, la perte de la foi, combinée à la libéralisation des normes sociales et culturelles, a déclenché une lutte acharnée sur la moralité et la justice de l’application de la force militaire par Israël, ainsi que des questions sur le sacrifice pour l’État.

La guerre de 1982, une autre manœuvre classique menée par une force terrestre de Tsahal bien plus importante que celle qui avait remporté la victoire en 1973, a également montré une nouvelle voie aux planificateurs israéliens, qui souhaitaient une alternative aux opérations terrestres lourdes en pertes qui nécessitaient des centaines de milliers de réservistes. Grâce à une guerre électronique innovante et à des drones, l’armée de l’Air a réussi, au cours de l’Opération « Courtilière », à détruire le réseau de missiles antiaériens syriens dans la vallée de la Bekaa ; c’est la première fois dans l’histoire qu’une force aérienne occidentale anéantit un réseau de défense antiaérienne de fabrication soviétique.

Le débat sur l’application appropriée de la force militaire en Israël s’est déroulé au moment où les penseurs militaires américains s’appuyaient sur leur avantage technologique pour résoudre le problème de la supériorité numérique soviétique en Europe. Au lieu de s’attaquer de front aux blindés russes, la « révolution dans les affaires militaires » (RMA) envisageait d’utiliser des missiles de précision et des capacités de renseignement améliorées pour dévaster les forces ennemies. L’étonnante victoire des États-Unis sur l’imposante armée irakienne en 1991 a mis en évidence pour Israël le potentiel de la RMA à offrir un moyen de victoire sans pertes pour les forces terrestres.

L’ancien président américain George H.W. Bush s’entretenant avec des journalistes dans la roseraie de la Maison Blanche après avoir rencontré les principaux conseillers militaires pour discuter de la Guerre du Golfe. De gauche à droite, le secrétaire à la Défense Dick Cheney, le vice-président Dan Quayle, le chef d’état-major de la Maison Blanche John Sununu, le président, le secrétaire d’État James A. Baker III et le président de l’état-major interarmées, le général Colin Powell, le 11 février 1991. (Crédit : AP Photo/Ron Edmonds/Dossier)

La RMA permettrait également d’éviter la nécessité de capturer du terrain, ce qu’Israël considère de plus en plus comme un handicap à la suite de la Première Intifada et de la longue occupation du Sud-Liban par Tsahal. « La possibilité que Tsahal retourne au Liban pour vaincre une organisation terroriste n’a jamais été envisageable après le retrait dans la zone de sécurité en 1985 », avait écrit Moshe « Chicho » Tamir, ancien commandant de brigade au Sud-Liban, en 2005.

Au milieu des années 90, il est devenu impossible d’ignorer la préférence croissante de Tsahal pour l’artillerie et les frappes aériennes plutôt que pour les manœuvres au sol. Les deux principales opérations contre les tirs de roquettes du Hezbollah – « Justice Rendue », en 1993 et « Raisins de la colère », en 1996 – ont été entièrement menées grâce à une puissance de feu à distance, sans mettre un pied au sol.

Les progrès de la technologie furtive, des drones et de la guerre électronique dans les années 1990 et au début des années 2000 ont conduit certains planificateurs israéliens à envisager l’idée d’une « guerre parfaite », selon Itaï Brun, ancien chef du Directorat des Renseignements militaires. Même s’ils n’en avaient pas conscience, les chefs des services de sécurité semblaient croire implicitement qu’Israël pouvait mener des campagnes sans que ses forces ne subissent de pertes et sans que les civils ne soient tués de l’autre côté.

Illustration : Les deux premiers avions de combat furtifs F-35 israéliens lors de leur vol inaugural pour l’armée de l’Air israélienne, le 13 décembre 2016. (Crédit : Armée israélienne)

La menace qui préoccupait Tsahal à l’époque, la Seconde Intifada, était gérée par de petites unités d’infanterie effectuant des raids et des arrestations de Palestiniens soupçonnés de terrorisme, ainsi que des frappes aériennes sur des chefs terroristes ou des lanceurs de roquettes à l’intérieur même des villes.

La principale exception a été l’Opération « Bouclier défensif » en 2002, au cours de laquelle l’armée israélienne a repris des villes palestiniennes et a mené des batailles rangées contre des hommes armés en masse. Mais cette opération, qui n’est pas par hasard la dernière victoire décisive d’Israël dans une opération, a été considérée comme pertinente uniquement pour les conditions uniques de la Cisjordanie, et n’a pas conduit à une nouvelle appréciation des manœuvres terrestres classiques dans les documents ultérieurs de Tsahal.

Il n’est pas surprenant que la part du géant des technologies innovantes et des augmentations budgétaires soit allée à l’armée de l’air et aux unités des Renseignements, tandis que le Commandement des Forces terrestres de Tsahal – considéré de plus en plus comme non pertinent pour les opérations contemporaines – a souffert d’une décennie perdue.

Séparation

Le cercle vicieux des opérations de dissuasion non concluantes peut également être attribué à l’abandon de l’idée de tenir le territoire ennemi, de se détacher unilatéralement plutôt que de soumettre les soldats à une lente hémorragie par les forces de guérilla et de nuire à la position d’Israël sur la scène internationale.

Des soldats israéliens ouvrant les portes pour le passage d’un char lors du retrait de Tsahal du Liban, le 22 juin 2000. (Crédit : Flash90)

Israël s’est retiré unilatéralement du Liban en 2000. Dans les années qui ont suivi, les dirigeants israéliens n’avaient aucune envie de s’enliser à nouveau dans la boue libanaise en utilisant des forces terrestres contre le Hezbollah, ou d’admettre que le retrait des troupes avait peut-être été une erreur. L’idée était plutôt de tenir la Syrie pour responsable si le Hezbollah attaquait Israël. « J’espère que personne n’osera, et je pense que celui qui osera devra en payer le prix… Je ne recommande vraiment à personne de nous attaquer », avait averti le Premier ministre Ehud Barak à la Syrie et à ses alliés avant le retrait des troupes.

Israël avait pris une mesure similaire à Gaza, en retirant tous les civils et toutes les troupes lors du Désengagement de 2005. Le Premier ministre Ariel Sharon avait averti les terroristes palestiniens de ne pas prendre ce retrait pour un signe de faiblesse. « S’ils choisissent le feu, nous répondrons par le feu, plus sévèrement que jamais. »

Ce mouvement, ainsi que la barrière de sécurité qui a commencé à être érigée en Cisjordanie au même moment, traduisent la volonté d’Israël de résoudre son conflit avec les Palestiniens en se séparant simplement d’eux, après avoir renoncé aux chances d’une paix négociée.

L’ennemi vote aussi

Les ennemis d’Israël ont été très attentifs à la doctrine militaire métamorphosée de Tsahal.

L’écrasante puissance aérienne et les capacités de frappe de précision déployées par les États-Unis au Kosovo et en Irak, ainsi que par Israël au Liban et à Gaza, ont amené les généraux syriens, le Hamas et le Hezbollah à prendre conscience d’une triste réalité. Ces forces ont compris qu’Israël les dominait militairement dans tous les domaines conventionnels.

Deux combattants du Hezbollah se tenant près de roquettes Katyusha dans le village d’Ein Qana, au sud du Liban, en avril 1996. (Crédit : AP Photo/Mohammed Zaatari/Dossier)

S’ils pouvaient mener des attaques localisées contre les forces de Tsahal dans des territoires disputés, ils ne disposaient pas de la puissance de feu nécessaire pour dissuader Israël.

Parallèlement à l’abandon des opérations terrestres par Tsahal, les groupes terroristes palestiniens se sont également tournés vers la puissance de feu, investissant dans la construction de caches de roquettes susceptibles de terroriser la population israélienne sans pour autant envoyer des combattants au-delà de la frontière.

L’effet dissuasif des roquettes, en particulier celles du Hezbollah, s’est accru au fur et à mesure que leur portée, leur charge utile et leur précision augmentaient.

Les groupes terroristes ont également mis au point des moyens d’éviter les frappes aériennes israéliennes en se dissimulant, en réduisant leur signature et en creusant des tunnels défensifs.

Un membre du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien marchant dans un tunnel dans la Bande de Gaza, le 17 avril 2022, lors d’une tournée médiatique dans un contexte d’escalade de la violence avec Israël. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

En 2017, le chef du Commandement des Forces terrestres de l’armée israélienne, Kobi Barak, a déploré que l’amélioration de la technologie permettant de localiser les tirs de roquettes ne se traduise pas par une efficacité accrue contre la menace réelle.

« L’ennemi, quant à lui, réussit généralement à fuir ces cibles avant qu’elles ne soient attaquées. Nous détruisons les coordonnées, mais nous avons du mal à toucher l’ennemi », avait-il déclaré.

La meilleure attaque est-elle une bonne défense ?

Le dernier vecteur qui maintient Israël enfermé dans un schéma de flambées incessantes est le pilier central de sa stratégie anti-roquettes : le Dôme de fer et la défense en général.

Par le passé, Tsahal a évité d’investir dans la défense, préférant consacrer ses budgets limités aux capacités offensives destinées à neutraliser rapidement les menaces ennemies.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu visitant une batterie du Dôme de fer, le 14 novembre 2019. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Mais après que le Hezbollah a réussi à maintenir des tirs soutenus de roquettes Katioucha tout au long de la Seconde Guerre du Liban de 2006, qui a duré un mois, la commission Meridor de 2007 sur la doctrine de sécurité nationale d’Israël a fait de la défense un pilier du concept de sécurité nationale.

La même année, le Premier ministre Ehud Olmert avait accepté la recommandation du ministre de la Défense Amir Peretz et avait approuvé le système de défense aérienne Dôme de fer comme solution israélienne contre les roquettes à courte portée.

L’investissement dans la Défense a également suscité de l’opposition cette fois-ci. De nombreux officiers de Tsahal considéraient le système comme une menace pour le concept de combat offensif de l’armée. Pire encore, selon eux, la défense antimissile pourrait même nuire à la capacité de dissuasion d’Israël, car elle priverait d’argent les capacités offensives sur lesquelles repose cette capacité de dissuasion.

Il n’a pas fallu longtemps pour que le Dôme de fer affecte la manière dont Israël combat. L’opération de Gaza qui s’est déroulée avant le déploiement opérationnel du Dôme de fer, l’Opération « Plomb durci » de 2008-2009, a donné lieu à d’importantes manœuvres terrestres de la part du Corps d’Infanterie et du Corps Blindé Mécanisé de Tsahal.

Il n’a pas fallu longtemps pour que le Dôme de fer affecte la façon dont Israël combat. L’opération de Gaza qui s’est déroulée avant le déploiement opérationnel du Dôme de fer, l’Opération « Plomb durci » de 2008-2009, a donné lieu à d’importantes manœuvres terrestres de la part du Corps d’Infanterie et du Corps Blindé Mécanisé de Tsahal.

Des roquettes tirées de Gaza et interceptées par le système antimissile israélien Dôme de fer dans le ciel israélien, vues depuis la ville de Gaza, le 13 mai 2023. (Crédit : AP Photo/Fatima Shbair)

Après le déploiement du Dôme de fer en 2011, Israël a mené deux autres conflits majeurs contre le Hamas. Lors de l’Opération « Pilier de Défense » de 2012, Tsahal s’est appuyée entièrement sur sa puissance de feu et n’a pas envoyé de troupes, tandis que l’avancée terrestre limitée de l’Opération « Bordure protectrice » de 2014 faisait partie d’un effort défensif contre les tunnels et n’avait pas pour but de vaincre le Hamas sur le terrain. Depuis, les troupes n’ont pratiquement pas pénétré dans la Bande de Gaza.

L’accent mis sur la défense peut également nuire à l’esprit offensif Tsahal. Dans un article de 2015 intitulé « Le Dôme de fer – la nouvelle Ligne Maginot », le général de brigade (res.) Meïr Finkel a comparé le système à la ligne de fortifications défensives que la France a construite dans les années 1930 pour repousser une offensive allemande.

La Ligne Maginot, à la pointe de la technologie, a absorbé 6 % du budget de la Défense de la France entre 1930 et 1937, privant des capacités offensives telles que les chars et les avions de fonds dont ils avaient désespérément besoin et contribuant à une atmosphère illusoire de sûreté et de sécurité.

« Paradoxalement, alors que les capacités tactiques d’Israël depuis les airs continuent de s’améliorer, l’efficacité stratégique de ses campagnes aériennes diminue régulièrement. »

Elle n’a fourni ni l’une ni l’autre, et l’Allemagne s’est frayé un chemin dans la forêt des Ardennes, où les fortifications étaient peu nombreuses, conduisant la France à capituler au bout de 46 jours.

« Tous les défauts de la Ligne Maginot – coûts astronomiques au détriment des moyens offensifs, création d’une fausse sécurité et atrophie de la pensée offensive de l’armée – pourraient également exister dans le contexte du Dôme de fer », avait averti Finkel.

Les dirigeants israéliens ont présenté le Dôme de fer comme un élément qui change la donne, permettant à Israël de pilonner Gaza depuis les airs et de « rétablir la capacité de dissuasion » sans avoir à s’inquiéter outre mesure des tirs de roquettes de représailles sur les civils.

Mais alors que le Premier ministre et d’autres déclarent leur victoire devant les batteries du Dôme de fer, les capacités du Hamas et du Jihad islamique palestinien continuent de s’accroître. Les roquettes peuvent frapper plus profondément en Israël qu’auparavant, parvenant à fermer temporairement l’aéroport Ben Gurion à plusieurs reprises.

Une passagère se tenant devant le tableau des vols et des heures de départ affichant diverses annulations à l’aéroport Ben Gurion, le 23 juillet 2014. (Crédit : Gil Cohen-Magen/AFP)

Paradoxalement, alors que les capacités tactiques d’Israël depuis les airs continuent de s’améliorer, l’efficacité stratégique de ses campagnes aériennes diminue régulièrement. Alors que les porte-parole de Tsahal diffusent des vidéos de missiles visant une fenêtre spécifique d’un immeuble de bureaux et se vantent des taux d’interception du Dôme de fer, les batailles sont plus fréquentes et les capacités ennemies s’accroissent.

Une chance de victoire ?

Il existe un espoir de s’en sortir. Depuis l’article publié en 2013 par Yadaï et Ortal, la reconnaissance du fait que l’approche de Tsahal doit changer s’est répandue parmi les hauts responsables militaires.

Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Aviv Kohavi, assistant à une cérémonie du programme « Aharai ! » (« Après moi »), au mont Herzl, à Jérusalem, le 17 juin 2022. (Crédit : Flash90)

Sous le précédent chef d’état-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, Tsahal a publié deux documents importants, le plan pluriannuel « Momentum » et son fondement conceptuel, le « Concept opérationnel pour la victoire ». Ces publications montrent que Tsahal reconnaît l’existence d’un grave problème et qu’elle doit changer sur le plan conceptuel et matériel. Ces deux documents témoignent d’un changement important dans la façon dont Tsahal se perçoit et perçoit ses adversaires. Au cœur de ces publications, Tsahal comprend que les mesures réactives sont insuffisantes pour faire face aux défis contemporains.

Les documents abandonnent le langage des insurrections, des guérillas et de la guerre asymétrique qui était particulièrement en vogue au début des années 80, après les attentats du 11 septembre et les invasions américaines de l’Afghanistan et de l’Irak. Au lieu de cela, Kohavi avait parlé « d’armées terroristes basées sur des fusées », bien entraînées et capables d’agir.

Les documents rédigés par Kohavi acceptent également le fait que les opérations de dissuasion non seulement n’éliminent pas la menace, mais aussi « inoculent l’ennemi contre la puissance de Tsahal en l’exposant progressivement à des doses limitées de nos capacités », selon Ortal, dont les idées ont été au cœur du nouveau concept. Les opérations de dissuasion indiquaient également à l’ennemi que ses actions avaient un effet sur Israël « et qu’il devait continuer à les développer », a indiqué Ortal.

Un soldat de Tsahal faisant voler un petit drone dans le cadre d’un exercice à grande échelle, « Flèche meurtrière », simulant une guerre dans le nord, en octobre 2020. (Crédit : Armée israélienne)

Le nouveau concept reconnaît la nécessité d’une victoire décisive par des manœuvres au sol. Mais il propose un nouveau type de manœuvre, qui découle de la compréhension du fait que le territoire n’est plus l’atout que les ennemis d’Israël tentent de protéger. Au contraire, c’est leur capacité à maintenir leurs tirs de roquettes sur le front intérieur d’Israël qui doit être supprimée.

Le concept de forces terrestres émergentes tire parti des nouvelles possibilités offertes par les technologies civiles, en particulier l’intelligence artificielle (IA), la miniaturisation, les capteurs, l’automatisation et les données massives (big data). Dans la vision de Kohavi, cela permettra aux forces terrestres israéliennes – manœuvrant une fois de plus à Gaza ou au Liban – d’utiliser leur proximité avec les forces et les lanceurs furtifs de l’ennemi pour les localiser et les détruire une fois qu’ils auront été contraints de se dévoiler.

Il s’agit moins de la manœuvre lourde d’antan, dominée par les réservistes, que d’une opération de type « boutique », composée d’unités de soldats actifs hautement entraînés et intégrant un éventail de capacités sur les lignes de front.

À l’heure actuelle, cependant, le concept se heurte à une certaine résistance. Tsahal est lente à adopter des changements organisationnels, qui prennent des années à filtrer dans les rangs, comme dans n’importe quelle autre grande institution.

Le chef du Commandement du Front intérieur de Tsahal, le général Tamir Yadaï, à gauche, s’adressant à une délégation militaire qui se prépare à partir pour le Brésil afin d’effectuer des opérations de recherche et de sauvetage dans le pays après la rupture d’un barrage, le 27 janvier 2019. (Crédit : Armée israélienne)

Bien que ses dirigeants fassent l’éloge de la manœuvre et de la victoire, sur le plan opérationnel, Tsahal continue de s’accrocher au concept de dissuasion et aux hypothèses qui le sous-tendent.

Le fait qu’Ortal et Yadaï, tous deux généraux aujourd’hui, réclament encore en 2023 que le changement se produise est le signe qu’ils ont encore de nombreuses raisons de s’inquiéter.

« En apparence, Tsahal a accepté cette feuille de route », ont-ils écrit avant la dernière opération de dissuasion à Gaza. « Mais nous sommes plus concentrés sur la banque de cibles [pour l’armée de l’Air] que sur la question de la victoire elle-même. Pour faire face au nouveau défi, nous devons nous débarrasser des habitudes auxquelles nous nous sommes habitués pendant plus de trente ans. »

Pendant ce temps, l’ennemi apprend, la menace grandit et les Israéliens peuvent s’attendre à un autre combat peu concluant contre le Jihad islamique palestinien ou le Hamas d’ici peu.

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