Malgré une apparente interdiction, des dizaines de milliers de Palestiniens travailleraient en Israël

Si le ministre de la Défense et l'armée avaient interdit l'entrée de ces travailleurs dans le pays après le 7 octobre, une chaîne de télévision dit qu'environ 2 400 entreprises ont été exemptées 'à des fins humanitaires'

Des ouvriers palestiniens font la queue au poste-frontière d'Erez, en Israël, le 28 septembre 2023. (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)

Malgré l’interdiction générale de l’entrée des ouvriers palestiniens en Israël dans le sillage de l’attaque du 7 octobre, des milliers d’ouvriers et autres employés originaires de Cisjordanie et dotés d’un permis pénètrent sur le sol israélien quotidiennement, a fait savoir un nouveau reportage.

La Treizième chaîne a indiqué qu’une longue liste d’entreprises israéliennes sont parvenues à obtenir des exemptions à des fins « humanitaires », ce qui les autorise à employer des ouvriers et autres employés palestiniens et ce même si le travail en question n’a apparemment que peu de lien avec l’humanitaire – sont ainsi concernés des hôtels, des boulangeries ou des usines de fabrication de meubles, par exemple.

Environ 15 000 Palestiniens de Cisjordanie et 18 500 personnes provenant de la bande de Gaza entraient en Israël, tous les jours, avant le 7 octobre. Les permis de travail avaient toutefois été gelés par le ministre de la Défense Yoav Gallant et par le chef d’état-major Herzi Halevi pour des raisons de sécurité après l’attaque dévastatrice commise par le Hamas au sein de l’État juif.

Les ministres d’extrême-droite, dont le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich, se sont opposés de manière répétée à la levée de cette interdiction.

En résultat, l’économie a subi le contrecoup d’une grave pénurie de main-d’œuvre, les secteurs de la construction et de l’agriculture étant particulièrement frappés.

Cette interdiction du recours à la main-d’œuvre palestinienne, imposée par le ministère de la Défense et par Tsahal, devait concerner tous les secteurs de l’économie avec des exemptions toutefois accordées aux hôpitaux, aux organisations de pompes funèbres, à certains commerces essentiels et autres structures humanitaires.

Des ouvriers palestiniens, bloqués en Israël depuis les attaques du 7 octobre, retraversant la bande de Gaza au poste-frontière de Kerem Shalom avec Israël, dans le sud de l’enclave palestinienne, le 3 novembre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Selon la Treizième chaîne, environ 2 396 entreprises et institutions ont néanmoins obtenu des exemptions – avec des desseins qui ne peuvent parfois aucunement être qualifiés d’humanitaires.

Des firmes israéliennes majeures, comme le géant alimentaire Osem, l’entreprise d’ameublement Aminach et la chaîne de boulangerie Berman ont réussi à obtenir les autorisations nécessaires pour faire entrer des employés palestiniens au sein de l’État juif, a annoncé le reportage.

Des hôtels, des producteurs alimentaires, des boulangeries, des garages automobiles, une usine de fabrication de fenêtres, une société événementielle et une firme de traitement des déchets ont ainsi obtenu des permis d’entrée dans le pays pour leurs ouvriers palestiniens.

Ce sont des dizaines de milliers de Palestiniens qui viennent donc quotidiennement dans le pays pour y travailler, a noté la chaîne.

Tsahal a déclaré à la Treizième chaîne que c’était le ministère de l’Économie qui avait la responsabilité des exemptions délivrées aux nombreuses entreprises – ce que le ministère a nié avec vigueur.

« La seule agence autorisée à approuver l’entrée des ouvriers de Cisjordanie est le Bureau du Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires [le COGAT qui dépend du ministère de la Défense], conformément aux politiques mises en œuvre par le gouvernement », a fait savoir le ministère.

Ni le ministère de la Défense, ni le COGAT n’ont répondu à une demande de réaction.

Le ministère de l’Économie a déclaré être « fermement opposé à l’idée d’autoriser les ouvriers palestiniens à entrer travailler en Israël », ajoutant qu’il s’efforce actuellement « de faire venir une main-d’œuvre issue de pays pacifiques ».

En effet, le ministre de l’Économie, Nir Barkat, s’est récemment querellé sur la question des travailleurs étrangers avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, accusant le Premier ministre de reporter une décision du cabinet qui ouvrirait la porte à l’arrivée d’un grand nombre d’ouvriers et autres employés étrangers en remplacement des Palestiniens.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au début de la réunion hebdomadaire du cabinet, à Jérusalem, le 17 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran GPO)

Une source proche du ministère de l’Économie a indiqué que le cabinet socio-économique gouvernemental, qui comprend plusieurs ministres et autres hauts fonctionnaires de l’État, était le seul à être en capacité de déterminer quelles étaient les entreprises susceptibles de bénéficier d’une exemption à l’interdiction mais que le panel n’avait pas donné sa permission pour les milliers d’entreprises qui ont eu des permis leur permettant de faire entrer leurs employés palestiniens, depuis le 7 octobre.

La semaine dernière, un responsable du secteur des affaires a indiqué que les firmes étaient « généralement favorables » au retour des ouvriers palestiniens, en particulier au vu de la pénurie grave de main-d’œuvre qui a été entraînée par l’interdiction.

« Nous parlons aujourd’hui d’un ralentissement d’environ 50 % dans les activités du secteur de la construction », a commenté Dan Catarivas, président de la Fédération israélienne des Chambres de commerce binationales, auprès de l’AFP.

« Mais il y a aussi un grand manque dans ce que nous appelons les secteurs ‘essentiels’ comme l’alimentation, les produits pharmaceutiques ou la maintenance des infrastructures d’assainissement, par exemple », a-t-il ajouté.

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