Manifestants à Toronto : « Nous honorons tous nos martyrs » après 3 ans de guerre à Gaza
Des centaines de personnes défilent pour le 3e anniversaire du pogrom du 7-Octobre ; un groupe pro-Israël met en garde contre le risque d’attiser l’antisémitisme avec des slogans provocateurs
Samedi après-midi, des centaines de manifestants ont défilé dans le centre-ville de Toronto en passant par Yonge Street, scandant des slogans de soutien aux Palestiniens, à l’occasion du troisième anniversaire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023, contre le sud d’Israël, et de la guerre dans la bande de Gaza qu’il a déclenchée.
« Nous rendrons hommage à tous nos martyrs, à tous nos enfants, fils et filles ! » et « De mon vivant, je verrai les Palestiniens vivre libres ! » ont scandé les manifestants à l’unisson.
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a exprimé ses inquiétudes concernant ces manifestations.
« Le Centre intégré d’évaluation du terrorisme [ITAC] a mis en garde contre les conséquences d’une attitude complaisante : lorsque les attaques visant la communauté juive deviennent fréquentes et se normalisent, cela peut pousser des individus vulnérables à la violence. Les événements glorifiant la ‘résistance’ responsable des atrocités du 7-Octobre, alors que les communautés se rassemblent pour pleurer les victimes, exigent des dirigeants civiques qu’ils fassent preuve de clarté morale quant à ce qui est acceptable dans notre société. »
Séparé par des barricades métalliques et des agents de police, un groupe bien plus restreint de contre-manifestants brandissant des drapeaux d’Israël et iraniens se tenait à l’extrémité sud de la place Sankofa, où les manifestants s’étaient rassemblés avant le défilé organisé pour marquer le troisième anniversaire de la guerre à Gaza.
La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.
Marchant derrière une Ford F-150 blanche équipée de haut-parleurs, les manifestants ont, à un moment donné, scandé « À bas la classe d’Epstein », un slogan faisant référence aux scandales du financier pédocriminel juif Jeffrey Epstein, pour dénoncer l’élite mondiale et appeler à la destitution des ultra-riches. Des tensions ont brièvement éclaté lorsqu’un homme portant un sweat-shirt « Turning Point Canada » a été confronté à un groupe de manifestants anti-Israël.
Pour le reste, la manifestation s’est déroulée dans le calme. La police de Toronto a indiqué qu’une personne avait été interpellée lors de la manifestation, après avoir été identifiée par des agents comme étant recherchée dans le cadre d’un incident sans rapport avec celle-ci.
Cette manifestation s’inscrivait dans une vague internationale plus large de manifestations ; le ministère israélien des Affaires de la Diaspora avait recensé 17 manifestations prévues au Canada entre samedi et mercredi, notamment à Montréal et à Ottawa.
Parmi les manifestants figuraient des Juifs et des Israéliens très critiques à l’égard de la conduite de la guerre contre le Hamas à Gaza et du sionisme dans son ensemble.
« J’ai fait mes études à Haïfa et j’ai vu comment les Palestiniens étaient traités », a déclaré Shlomit, une manifestante anti-Israël de 65 ans qui n’a pas souhaité donner son nom de famille par souci pour sa sécurité. « J’ai grandi dans une famille très sioniste, mais le fait d’avoir vécu en Israël m’a effectivement fait changer d’avis sur certaines choses. »
Shlomit a expliqué qu’elle avait des amis en commun avec Vivian Silver, une militante pour la paix israélo-canadienne assassinée le 7-Octobre, lorsque le Hamas a attaqué Israël, déclenchant ainsi la guerre de Gaza. Elle a déclaré avoir été profondément bouleversée par la mort de Vivian, ajoutant que le travail de cette dernière était essentiel pour instaurer la paix entre Israéliens et Palestiniens.
« Je connaissais toutes ces personnes qui étaient proches de [Vivian]. C’était une militante pour la paix, et ce qui lui est arrivé m’a profondément bouleversée », a déclaré Shlomit, qui portait un pin’s « Jews Against Occupation » (Juifs contre l’occupation).
Le Premier ministre Mark Carney a évoqué Vivian Silver dans une déclaration mercredi, jour du troisième anniversaire du 7-Octobre.
« Le Canada condamne sans équivoque le Hamas, qui ne doit jouer aucun rôle dans la future gouvernance d’un État palestinien démilitarisé », peut-on lire dans le communiqué de Carney.
« Nous sommes résolument aux côtés du peuple israélien dans sa quête d’un Israël sûr et en sécurité, dans le cadre d’une solution à deux États. »
Le communiqué rend également hommage aux Canadiens qui ont perdu la vie lors de l’attaque du Hamas, citant Vivian et huit autres personnes.
« Nous nous souvenons d’eux pour la vie qu’ils ont menée et les personnes qu’ils aimaient – et nous rendons hommage aux familles et aux amis qui continuent de pleurer leur perte. Que leur mémoire soit une bénédiction », a-t-il déclaré.
D’autres manifestants ont exprimé leur solidarité avec des causes dépassant le cadre du Moyen-Orient. Caelen Leizer-Romalis, 24 ans, participait à la manifestation au nom du Parti communiste révolutionnaire.
« En tant que Canadiens, nous avons le devoir de nous opposer à l’impérialisme », a déclaré Leizer-Romalis, qui est juif.
« Pour libérer le peuple palestinien, nous devons également libérer les travailleurs d’ici. »
Bien qu’en infériorité numérique, les manifestants pro-Israël – qui brandissaient tous soit un drapeau iranien, soit une photo du dernier shah d’Iran avant son renversement lors de la Révolution iranienne de 1979 – agitaient leurs drapeaux tandis que la chanson « Tel Aviv » d’Omer Adam résonnait à plein volume depuis une chaîne stéréo.
Mahya Tayabi, 38 ans, a décidé de se joindre à la manifestation pour symboliser l’unité entre Israël et l’Iran.
« Je suis Persane, mais j’aime Israël. J’aime le peuple juif. Bibi et Tsahal ont aidé mon pays », a déclaré Tayabi faisant référence au Premier ministre Benjamin Netanyahu par son surnom. Alors qu’elle s’exprimait, la chaîne stéréo a commencé à diffuser un morceau d’EDM dont les paroles disaient : « L’ayatollah Khamenei est mort ! »
Israël et les États-Unis ont éliminé Khamenei, le guide suprême de l’Iran, au début de leur guerre conjointe contre ce pays, fin février.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.