Manon Aubry visée par une interdiction d’entrée en Israël, annonce Boaz Bismuth
La décision fait suite à une visite de l’eurodéputée insoumise française en Cisjordanie
« Manon Aubry, au revoir et surtout ne reviens pas ! », a posté sur X, jeudi 13 novembre, Boaz Bismuth, député du Likud et francophone.
Il réagissait ainsi au départ de Cisjordanie de l’eurodéputée La France insoumise (LFI) et présidente du groupe de la Gauche au Parlement européen, qui a effectué une visite de plusieurs jours dans la région.
« La députée antisémite a été expulsée hier d’Israël, et le ministère de l’Intérieur a émis à son encontre une interdiction d’entrée. Nous avons claqué la porte derrière toi et l’avons verrouillée. J’espère que tu as pensé à prendre des souvenirs, car c’était ta dernière fois sur notre sol », a écrit Boaz Bismuth, qui avait publiquement annoncé quelques jours plus tôt que de telles mesures seraient prises. « Comme pour Rima Hassan, nous agirons de la même manière pour Manon Aubry : pas de retour en Israël », avait-il prévenu.
La visite de l’eurodéputée française a provoqué de vives interrogations en Israël, en raison des positions anti-Israël de l’élue et de son parti. Sur les réseaux sociaux, beaucoup se sont ainsi interrogés comment et pourquoi les autorités israéliennes l’avaient laissée traverser le poste-frontière d’Allenby, entre Israël et la Jordanie.
Après son départ, Manon Aubry a écrit sur X : « Malgré les tentatives d’intimidation du régime israélien, je viens de rentrer à Bruxelles comme initialement prévu. Votre mobilisation n’aura pas été vaine et je tiens à vous remercier pour vos nombreux messages de soutien. Merci également aux services consulaires français pour leur appui. De nombreux Palestiniens n’ont pas cette chance et sont constamment entravés dans leur liberté de circulation et vivent sous les menaces et humiliations quotidiennes. Je n’oublierai pas ce que j’ai vu en Palestine, cette vie à double vitesse entre colons d’un côté et palestiniens de l’autre, pris au piège dans un régime d’apartheid. Ces images resteront gravées en moi et nourriront mon engagement pour mettre fin aux crimes de Netanyahu et permettre au peuple palestinien d’enfin vivre en liberté. »
Durant sa visite en Cisjordanie, Manon Aubry a dénoncé sur X la rencontre entre Emmanuel Macron et le chef de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas qui survenait au même moment, à Paris.
« Je suis actuellement en mission en Cisjordanie pour rencontrer des Palestiniens victimes de la colonisation et de l’apartheid », avait écrit la députée, avant d’ajouter : « Toutes celles et tous ceux que j’ai rencontrés regrettent que Mahmoud Abbas rende des comptes à Emmanuel Macron et lui soumette son projet de Constitution avant même de l’avoir présentée aux Palestiniens. »
Ces propos ont suscité l’indignation d’Abdal Karim Ewaida, ambassadeur de Palestine en Côte d’Ivoire, qui l’a accusée d’ingérence. « De quel droit vous mêlez-vous de nos affaires internes, madame Aubry ? Qui vous donne le droit d’insulter notre président pendant que vous êtes chez nous ?», a-t-il posté sur X. « Nous ne laisserons personne profiter de notre cause », a-t-il ajouté.
Le diplomate a ensuite nuancé ses propos : « Nous estimons profondément le parti de Mme Aubry pour son engagement en faveur de la cause palestinienne », a-t-il expliqué, déplorant néanmoins que l’élue « n’ait rencontré aucune personnalité officielle » lors de sa visite.
Selon le diplomate palestinien, les conclusions de l’eurodéputée auraient reposé sur « quelques témoignages individuels » ne représentant pas « l’opinion publique palestinienne ». « Il est inacceptable d’affirmer que le président de l’État de Palestine, et non de l’Autorité palestinienne, rend des comptes à Emmanuel Macron », a-t-il affirmé.
Abdal Karim Ewaida a aussi rappelé que la question constitutionnelle relevait des affaires internes de son pays, « toute Constitution d’un État respectable est soumise à référendum avant son adoption, à moins que Mme Aubry ne nous considère comme des amateurs ». « Si Mme Aubry a un différend avec le président de son pays, elle ne devrait pas utiliser la Palestine et sa cause dans ce contexte », a-t-il conclu.
Vendredi, le chef du parti de Manon Aubry, Jean-Luc Mélenchon, a réagi sur X au voyage de la parlementaire : « Retour de Palestine, Manon Aubry me raconte son périple en territoires occupés, à Hébron, dans le quartier Silwan de Jérusalem où 40 000 personnes risquent d’être délogées et le village chrétien palestinien de Taybeh. Elle me décrit un incroyable et sidérant régime d’apartheid et d’humiliations permanentes de la population palestinienne. Je suis très troublé par ce récit. »
Vendredi, Manon Aubry a elle publié une vidéo sur YouTube intitulée « Palestine : J’ai vu la réalité de l’apartheid ».
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