Mariages d’enfants et abus sexuels : Une secte hassidique du nord d’Israël mise en cause – média

Une dissimulation à l'échelle de la communauté empêche les autorités d'évaluer l'ampleur réelle des mariages 'dysfonctionnels' des Breslev de Yavnéel, rapporte Haaretz

Illustration : Des Juifs hassidiques se préparant pour Shabbat, dans le moshav Yavnéel, dans le nord du pays, le 24 mars 2017. (Crédit : Yaakov Lederman/FLASH90)

Des centaines de familles appartenant à une secte hassidique isolée du nord d’Israël marient systématiquement des fillettes de 12 ans à peine à des maris à peine plus âgés, alors que les services sociaux ne leur viennent pas en aide et que les membres de la communauté craignent de s’exprimer, a rapporté Haaretz jeudi.

L’article cite les propos tenus par des membres actuels et anciens de la communauté Breslev du moshav Yavnéel, par des responsables au fait du dossier, s’appuyant également sur les conclusions inédites d’une commission gouvernementale créée en 2023 pour enquêter sur cette communauté fermée.

La commission qui a enquêté sur la communauté aurait découvert « des cas donnant lieu à des soupçons de crime », « de multiples cas de parentalité dysfonctionnelle » et « des abus sexuels, dont une partie n’est pas signalée ».

« C’est carrément un viol », a déclaré un membre actuel de la communauté qui a été cité par Haaretz.

« Personne ne demande à une jeune fille de 14 ans si elle veut se marier. Un an plus tard, elle emmène son bébé au parc. »

Selon la commission gouvernementale, les mariages concernent principalement des enfants âgés de 15 à 17 ans, à qui l’on enseigne dès leur plus jeune âge qu’il faut se marier jeune.

Illustration : Des hommes priant sur la tombe du rabbin Eliezer Shlomo Schick, à Yavnéel, dans le nord d’Israël, le 13 mai 2025. (Crédit : David Cohen/Flash90)

« La communauté perpétue et est imprégnée d’une vision religieuse et culturelle selon laquelle les mariages précoces de mineurs sont souhaitables et qu’ils contribuent notamment à éloigner les jeunes de divers dangers », indique le rapport gouvernemental, sans donner plus de détails, selon Haaretz.

Le journal a cité les propos tenus par des membres actuels et anciens de la communauté qui ont affirmé que les « dangers » redoutés étaient les émissions de sperme non procréatives, interdites par la halakha – loi juive orthodoxe.

Les membres actuels de la communauté ont accepté de s’exprimer à condition de le faire près de la route, loin du moshav – faisant part de leur méfiance à l’égard des voitures qui s’approchaient, a rapporté Haaretz.

Le journal a repris les paroles d’une femme membre de la communauté qui a déclaré : «Ceux qui parlent risquent de détruire leur vie et la vie de toute leur famille. »

Vue sur la tombe du rabbin Eliezer Shlomo Schick, à Yavnéel, dans le nord d’Israël, le 13 mai 2025. (Crédit : David Cohen/Flash90)

La commission gouvernementale chargée d’enquêter sur la communauté de Yavnéel a été mise en place par le ministère des Affaires sociales, en collaboration avec des représentants de la police et des ministères de la Justice, de l’Éducation et de la Santé, à la suite d’une interview réalisée par la chaîne publique Kan avec une femme qui avait échappé aux abus de la secte.

Cette femme, Mika Maimoni, avait été mariée à l’âge de 14 ans à un homme de 19 ans et elle était tombée enceinte au bout de trois mois. Elle avait été envoyée à Bnei Brak pour accoucher et, en chemin, on lui avait demandé de mémoriser une histoire pour expliquer sa grossesse, avait-elle raconté à Kan. Elle s’était échappée de la secte en 2015, alors que celle-ci pleurait la mort de son chef spirituel, Eliezer Shlomo Schick.

Selon Haaretz, des mariages comme celui de Maimoni sont courants au sein de la communauté Breslev de Yavnéel. Des membres de cette communauté, cités par le journal, ont déclaré que des mariages avaient lieu à raison d’un ou deux par mois.

En 2003, la police de Tibériade avait mis au jour une vingtaine de cas de mariages arrangés par Schick entre de jeunes filles, dont certaines âgées de 12 ans, et des hommes de 15 ans à peine.

Illustration : Des Juifs hassidiques se préparant pour Shabbat, à Yavnéel, dans le nord d’Israël, le 24 mars 2017. (Crédit : Yaakov Lederman/Flash90)

Et dans son rapport, la commission créée en 2023 a constaté que les mariages d’enfants étaient « très répandus » au sein de cette communauté d’environ 500 familles, qui représente plus de la moitié des habitants de cette ville d’un peu plus de 5 000 habitants, selon Haaretz.

Cependant, la commission a déclaré ne pas être en mesure de fournir de chiffres exacts en raison des « techniques de dissimulation et de subterfuges synchronisées et systématiques » mises en œuvre par les conspirateurs.

Ces techniques consisteraient notamment à organiser des mariages en secret, à modifier les adresses des enfants mariés, à fournir de fausses informations aux autorités, à nommer des personnes fidèles au groupe comme enseignants et conseillers, ainsi qu’à demander à des médecins d’enregistrer des mères adultes comme patientes dans le cadre de traitements de fertilité pratiqués sur de jeunes filles.

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