Meurtre d’un octogénaire juif à Lyon : « Je ne suis pas antisémite », assure l’accusé

Rachid Kheniche encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict pourrait être rendu jeudi soir

L'entrée de la Cour d'assises du tribunal de Lyon. (Capture d'écran/YouTube)

Un homme, jugé pour le meurtre d’un octogénaire juif en 2022 à Lyon, a raconté mercredi comment il avait défenestré cet « ami » proche après un « coup de nerf », jurant que son geste n’avait aucun lien avec la religion du vieil homme.

« Il faut arrêter avec ça. Je ne suis pas antisémite », assure Rachid Kheniche, 55 ans, qui comparaît depuis lundi pour meurtre « commis en raison de la religion de la victime » devant la cour d’assises du Rhône.

Interrogé pour la première fois depuis le début du procès, cet homme de forte corpulence élude parfois. « Je ne sais pas, je n’arrive pas à comprendre », dit-il à plusieurs reprises quand est abordé le moment fatidique de cette journée de mai 2022.

Ce jour-là, il a jeté son voisin René Hadjadj, 89 ans, 1m67 et 58 kg, de son appartement situé au 17e étage d’une tour dans un quartier populaire de Lyon. L’autopsie a montré de multiples lésions sur le corps de la victime, « pour la plupart incompatibles avec la survie », rapporte le médecin légiste.

« De tout ce qui est dit, je ne me reconnais pas », martèle Rachid Kheniche.

Les deux hommes se rencontrent « vers 2018-2019 » devant l’ascenseur de leur immeuble, dit-il en revenant sur leurs liens. Le vieil homme « était quelqu’un de charmant, de très poli, très aimable ». Rachid Kheniche aime ses yeux bleus, son sourire.

« C’était plus qu’une amitié, c’était mon seul repère », dit Rachid Kheniche, qui vivait isolé à l’époque. « Il m’aide à découvrir le judaïsme », poursuit l’accusé. Les deux hommes parlent beaucoup de religion.

« Colère »

Le jour des faits, René Hadjadj se rend chez lui, mais Rachid Kheniche n’a pas envie de le voir et lui demande de partir, avant de se raviser et d’aller le chercher. Les deux hommes s’installent alors dans le salon de l’accusé.

De son humeur, Rachid Keniche dit qu’il ressentait de la « colère » sur sa situation : sans emploi, se demandant comment payer le loyer. Il ajoutera ensuite que cela faisait plusieurs jours qu’il n’était pas dans son état normal.

S’ensuit une dispute au sujet de photos pornographiques sur lesquelles l’accusé pense avoir reconnu une de ses soeurs, à tort.

Selon son récit, l’octogénaire, que l’accusé soupçonne, là encore sans raison, de proxénétisme, évacue les questions, préfère parler d’un problème de remboursement qui le perturbe.

« Le fait qu’il rabâche, j’avais pas envie. Je lui ai dit de se taire, il s’est énervé », raconte l’accusé. Quand René Hadjadj se rassoit, Rachid Kheniche passe derrière lui pour l’étrangler. La victime perd brièvement connaissance. « Après j’ai voulu le maîtriser, je sais pas », continue Rachid Kheniche.

« J’ai entendu une voix douce qui m’a dit de le jeter dans les abîmes. »

Un peu plus tôt, il avait pourtant expliqué qu’il enlevait les chaussures du vieil homme quand il s’endormait chez lui et qu’il le laissait gagner aux cartes.

La salle de la Cour d’assises du tribunal de Lyon. (Capture d’écran/YouTube)

« Défoncé »

Deux analyses psychiatriques ont relevé une altération du discernement au moment du passage à l’acte, non une abolition, l’un des experts évoquant une « psychose paranoïaque » avec un « fil conducteur, la persécution ».

« J’étais énervé, c’était un coup de nerfs », avance Kheniche. Pressé d’en dire plus, il répond plusieurs fois « ça a été tellement vite ».

Les avocats des parties civiles relèvent que dans des enregistrement vidéo et audio retrouvés chez lui, « tout ce qui est négatif concerne les juifs ». « Je ne suis pas antisémite », rétorque-t-il. « Là je suis jugé pour la gravité de ces faits ».

Consommateur de cocaïne et d’héroïne, il dit aussi qu’il était « défoncé » sur l’un des enregistrements. Sous le feu des questions, montrant une certaine fébrilité physique, il réclame le traitement médicamenteux qui le stabilise.

Quand son avocate lui demande s’il a « trouvé une réponse » à la question de savoir « pourquoi » il a tué René Hadjadj, il se prend la tête dans les mains en gémissant.

Rachid Kheniche encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict pourrait être rendu jeudi soir.

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