Meurtre d’un octogénaire juif à Lyon : l’accusé est-il antisémite ?
Des experts ont confirmé que le discernement de Rachid Kheniche était altéré au moment des faits, mais pas aboli, et qu'il reste donc responsable pénalement de la mort de son voisin
La cour d’assises du Rhône s’est plongée mardi dans l’enfance, les publications sur les réseaux et les obsessions d’un homme jugé pour le meurtre d’un octogénaire juif, en 2022, afin de déterminer s’il a agi par antisémitisme.
A la barre des témoins, un enquêteur, interrogé sur le rapport de Rachid Kheniche au judaïsme, décrit un homme « fasciné par une religion qu’il veut comprendre ». Il fait part aussi de « toute la difficulté » qu’il a eu « à cerner ce monsieur ».
L’accusé, 55 ans, peine lui-même à expliquer pourquoi il a poussé son voisin et ami, René Hadjadj, du balcon de son appartement, au 17e étage d’un immeuble lyonnais.
« Je ne sais pas ce qui s’est passé, c’était comme un père », a-t-il lancé en pleine audience, interrompant un témoin sans qu’on lui donne la parole.
Lors de l’enquête, cet homme instable, sans emploi et vivant seul, a expliqué s’être disputé avec son ami au sujet de photos pornographiques, sur lesquelles Rachid Kheniche a pensé reconnaître, à tort, une de ses soeurs.
Il a assuré avoir fait un lien avec un conflit, remontant à son enfance, entre sa famille et des voisins juifs qui, selon lui, auraient menacé de mettre ses soeurs sur le trottoir. Il aurait alors tenté d’étrangler son ami avant de le pousser, sous l’injonction d' »une voix douce dans sa tête ».
Interrogée la veille, une de ses soeurs a confirmé que ce vieux conflit, déclencheur de sa colère, avait bien existé, mais qu’il avait été réglé rapidement.
Elle a surtout nié tout antisémitisme dans la famille de dix enfants, au père violent.
Des experts ont confirmé que le discernement de Rachid Kheniche était altéré au moment des faits, mais pas aboli, et qu’il reste donc responsable pénalement de la mort de son voisin.
D’autres éléments, recueillis lors de l’enquête, ont poussé les juges d’instruction à le renvoyer devant la cour d’assises pour meurtre « commis en raison de la religion de la victime ».
Parmi eux, un compte Twitter, actif fin 2020, comprend une cinquantaine de publications où reviennent régulièrement les termes de « sayan » et « sayanime », utilisés dans les milieux complotistes et antisémites pour désigner un agent dormant du Mossad, les services secrets israéliens, a expliqué un policier de l’Office de cybercriminalité.
Plusieurs personnalités publiques sont qualifiées ainsi par l’accusé, comme Marine Le Pen, l’avocat Gilles-William Goldnadel ou la chroniqueuse et militante Zorah Bitan.
Un second compte, créé en mars 2022 et actif jusqu’au jour du meurtre, et même très actif ce jour-là, comporte des commentaires « plutôt positifs envers Israël » mais avec « une incohérence grandissante », a ajouté le policier.
Les avocats des parties civiles ont relevé pour leur part que l’accusé avait associé, dans un document audio retrouvé pendant l’enquête, des familles au nom « à consonance juive » à des « clichés » antisémites : riches, puissants, mais aussi en lien avec le proxénétisme ou la pédophilie.
Au travers des témoignages recueillis pendant les investigations, les enquêteurs dressent le portrait d’un homme qui pouvait être « une personne gentille, sympa, qui tout à coup bascule et devient bizarre ». Un homme qui peut aussi se révéler « manipulateur ».
Au psychologue venu décrire un accusé sujet à des délires paranoïaques, l’avocat du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) Me Alain Jakubowicz demande : Au moment du drame « si la personne qui se trouve en face de lui n’est pas juive, est-ce qu’on a la même issue ? »
« Probablement non, c’est aussi cet élément sur lequel vient s’alimenter le délire », répond le psychologue.
Rachid Kheniche encourt la perpétuité. Le verdict pourrait être rendu jeudi soir.
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