Migrants africains : des rescapés de la Shoah, Justes parmi la nation ?
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Migrants africains : des rescapés de la Shoah, Justes parmi la nation ?

Ceux qui ont échappé aux nazis affirment que les Israéliens ont un devoir moral de sauver des migrants africains des dangers mortels auxquels ils sont confrontés

Des manifestants érythréens scandent « Des réfugiés, pas des infiltrés » devant l'ambassade du Rwanda, à Herzliya, le 22 janvier 2018 (Melanie Lidman / Times of Israël)
Des manifestants érythréens scandent « Des réfugiés, pas des infiltrés » devant l'ambassade du Rwanda, à Herzliya, le 22 janvier 2018 (Melanie Lidman / Times of Israël)

Plusieurs survivants de l’Holocauste se sont exprimés contre un plan du gouvernement consistant à expulser des dizaines de milliers de migrants africains du pays. Certains ont dit être prêts à cacher des demandeurs d’asile chez eux pour les aider à éviter d’être expulsés vers des pays où leurs vies seraient en danger.

Le mois dernier, la Knesset a approuvé un amendement à ce que l’on a appelé la Loi de l’Infiltré, imposant la fermeture des centres de détention et les explusions forcées d’Erythréens et de Soudanais à partir de mars.

La décision a entraîné des protestations de la part d’activistes de droits sociaux, avec parmi eux des survivants de l’Holocauste, dont certains ont déclaré au quotidien hébreu Yedioth Ahronoth que l’Etat juif avait le devoir moral de protéger les migrants. Dans un article publié mardi, certains ont été cités en disant qu’ils prendraient des migrants africains dans leurs maisons pour les cacher afin d’empêcher leur expulsion.

Veronika Cohen, âgée de 73 ans, survivante de Budapest en Hongrie, a promis de faire ce qu’elle pourrait contre ces expulsions, y compris en cachant des migrants chez elle.

« Je me suis toujours demandée ce que j’aurais fait si, pendant l’Holocauste, j’avais été de l’autre côté – aurais-je eu la force de faire ce que les Justes parmi les Nations ont fait ? Je ne sais pas si j’aurais pu risquer la vie de mes enfants, mais ici ils ne nous demandent pas de risquer nos vies. J’ai l’impression qu’en faisant cela, j’accomplis mon devoir humanitaire ».

Des migrants africains participent à une manifestation à Tel Aviv, le 10 juin 2017 (Tomer Neuberg / Flash90)

Il y a près de 38 000 migrants africains et demandeurs d’Asyle en Israël, selon le ministère de l’Intérieur. Environ 72 % sont Erythréens et 20 % Soudanais, et la très grande majorité est arrivée entre 2006 et 2012. Beaucoup vivent dans le sud de Tel Aviv, où certains résidents et activistes les ont rendus responsables de l’augmentation des crimes et délits et ont fait pression sur le gouvernement pour les expulser.

Hana Arnon, âgée de 77 ans, qui est née aux Pays-Bas, a fait des comparaisons avec Anne Frank, la jeune fille hollandaise qui a écrit son fameux journal alors qu’elle se cachait avec sa famille à Amsterdam pendant l’Holocauste. La famille Frank a finalement été découverte par les Allemands et a été assassinée en camp de concentration.

« En plus d’Anne Frank, qui étaient les héros ? a demandé Arnon. Les gens qui ont essayé de la sauver avec sa famille. Nous devons apprendre de leur courage ».

Ilana Drucker, âgée de 79 ans, dont la famille a survécu en fuyant l’Allemagne pour les Pays-Bas, où ils ont été sauvés par des non Juifs, a déclaré que si elle était prête à cacher des immigrés dans sa maison, elle réfutait la comparaison avec Anne Frank.

« Je suis en colère que l’on compare cette situation à celle d’Anne Frank, a-t-elle déclaré au Yedioth. Si j’accueille un réfugié chez moi, ils ne me tueront pas et cela ne mettra pas ma famille en danger. Mes parents étaient amis avec les parents d’Anne Frank. La famille qui nous a cachés a risqué sa vie ».

Les amis de Tesfe Kidane (aucun lien avec Helen Kidane), un demandeur d’asile érythréen déporté au Rwanda il y a deux ans, brandissent sa photo lors d’une manifestation devant l’ambassade rwandaise à Herzliya le 22 janvier 2018. Kidane a été assassiné en Libye en essayant de fuir vers l’Europe. (Melanie Lidman / Times of Israël)

Les critiques des expulsions ont gagné des soutiens, et lundi, trois pilotes d’El Al ont publié des messages sur Facebook annonçant leur refus de participer au programme du gouvernement en ne transportant pas les migrants vers le Rwanda et l’Ouganda.

L’action est surtout symbolique, dans la mesure où El Al ne propose pas de vols directs vers le Rwanda ou l’Ouganda, et a habituellement expulsé les migrants en utilisant d’autres compagnies aériennes en passant par l’Ethiopie ou la Jordanie.

Lundi, plus de 1 000 demandeurs d’asyle érythréens se sont rassemblés devant l’ambassade du Rwanda à Herzilya pour protester contre les expulsions forcées prévues.

Ils ont été rejoins par environ 100 Israéliens, y compris 10 étudiants inscrits à un programme d’un an préparatoire à l’armée à Jérusalem, qui organisent une manifestation contre les expulsions à Jérusalem pour le 1er février.

Dans le même temps, des dizaines de demandeurs d’asyle ont manifesté lundi devant la résidence du président Reuven Rivlin à Jérusalem contre les expulsions forcées prévues des réfugiés africains vers de autres pays qui seraient l’Ouganda et le Rwanda.

Les manifestants brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire « Ne perdez pas espoir, nous arrêterons les expulsions » et ils chantaient « Nous sommes des êtres humains ! »

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