Mike Rogers, candidat républicain du Michigan, demande à l’AIPAC de ne pas appuyer sa campagne
Alors que ce groupe de pression pro-israélien devient de plus en plus impopulaire sur la scène politique américaine, les collaborateurs de Rogers auraient averti que son implication nuirait à la défaite d’Abdul El-Sayed
Le candidat républicain au Sénat, Mike Rogers, a demandé à l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) de ne pas faire campagne en sa faveur, craignant que le soutien apporté par ce lobby pro-israélien ne nuise à ses chances de remporter l’élection générale qui aura lieu au mois de novembre dans le Michigan, selon de nouvelles informations.
Une décision – rapportée par Axios – qui illustre à quel point l’influence de l’AIPAC a décliné dans la politique américaine, alors qu’il bénéficiait autrefois d’un soutien massif de la part des deux camps politiques.
Au cours des douze derniers mois, la majorité des candidats du Parti démocrate ont pris leurs distances avec l’AIPAC. Accuser son adversaire d’entretenir des liens avec ce groupe pro-israélien est devenu de plus en plus courant – indépendamment de la véracité de cette affirmation.
Mais la décision prise par Rogers de se distancier clairement de l’AIPAC a montré que la volonté affichée par les candidats de se dissocier de ce groupe existe désormais des deux côtés de l’échiquier politique, alors que le lobby est malmené par l’hostilité de la droite comme de la gauche.
Les sondages ont montré que les Américains sont de plus en plus hostiles à l’égard d’Israël.
Rogers s’est entretenu avec le président de l’AIPAC, Michael Tuchin, à Los Angeles, la semaine dernière. Le lendemain, l’AIPAC a mis de côté une publicité vidéo qui était déjà prête et qui prenait pour cible l’adversaire démocrate de Rogers, Abdul El-Sayed, un critique virulent d’Israël, a rapporté Axios.
La décision de Rogers de prendre ses distances avec l’AIPAC a exaspéré les responsables de l’organisation – le groupe avait déjà dépensé plus de 30 millions de dollars pour faire échouer la candidature d’El-Sayed au sein du Parti démocrate et il s’apprêtait à dépenser des millions pour aider à faire élire le candidat républicain lors du scrutin général, a noté Axios.
Les collaborateurs de Rogers avaient averti l’AIPAC, avant la primaire Démocrate, qu’ils pensaient qu’El-Sayed l’emporterait face à la modérée Haley Stevens – mais le groupe pro-israélien avait insisté pour rester impliqué, estimant que Stevens gagnerait, a indiqué Axios.
Le candidat progressiste et anti-israélien a finalement battu Stevens avec 1 % d’avance, soit 48,5 % contre 47,5 %.
L’AIPAC souhaitait toujours s’impliquer pour tenter de faire échouer El-Sayed – mais l’équipe de campagne de Rogers a estimé que l’implication du lobby a eu un effet boomerang et qu’elle continuera à porter atteinte au candidat, selon des sources qui se sont confiées à Axios.
La campagne acharnée et coûteuse entre El-Sayed et Stevens a attiré l’attention de la nation toute entière, pas seulement parce que l’élection générale pour ce siège contribuera à déterminer quel parti contrôlera le Sénat. Elle est également devenue le champ de bataille par procuration le plus marquant entre l’establishment et l’aile progressiste du Parti démocrate, les positions sur Israël et le Moyen-Orient étant au cœur du débat.
El-Sayed, ancien directeur de la santé du comté de Wayne, a axé sa campagne sur le « Medicare for All », la réforme financière et la fin de l’aide militaire à Israël. Il a exprimé son opposition à l’idée d’un État juif et il a déclaré que l’argent était la seule raison pour laquelle les démocrates qui « croient aux droits de l’Homme » soutenaient Israël.
Au début du mois, le sénateur Bernie Sanders a exhorté les dirigeants démocrates à interdire les dépenses des super PAC lors des primaires, en mettant l’accent sur les efforts livrés par l’AIPAC pour influencer la course cruciale au Sénat du Michigan.
« Il est absurde qu’ils dépensent des dizaines de millions de dollars pour tenter de déterminer qui sera le candidat démocrate et, s’ils échouent, qu’ils se mettent ensuite à soutenir le candidat républicain lors de l’élection générale », a expliqué Sanders.
Les détracteurs affirment que la diabolisation de l’AIPAC est liée à des clichés antisémites séculaires concernant la richesse des Juifs et le pouvoir démesuré qu’ils exerceraient en politique.
Malgré l’attention disproportionnée dont l’AIPAC fait l’objet, l’organisation ne figure pas parmi les principaux groupes de lobbying aux États-Unis : il se classait 18e en termes de contributions l’année dernière, 21e en dépenses externes et 191e en matière de lobbying, selon OpenSecrets.
En termes de dépenses globales, d’autres pays, notamment la Chine, le Qatar, le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dépensent davantage en lobbying aux États-Unis qu’Israël.
Luke Tress a contribué à cet article.