Moscou reporte son sommet arabe, signe d’un déclin de son influence au Moyen-Orient
Si Poutine invoque les pourparlers égyptiens sur Gaza pour justifier le report de la conférence, selon des informations, les dirigeants saoudiens, émiratis et égyptiens n'avaient jamais confirmé leur venue
La journée de mercredi est passée sans que le sommet de Moscou sur la politique arabe n’ait lieu. Le Kremlin a en effet reporté l’événement, vraisemblablement en raison du manque d’engagement des dirigeants du Moyen-Orient à y participer.
Cet échec à rallier les dirigeants arabes semble marquer un déclin de l’influence de la Russie dans la région, dans un contexte plus large d’affaiblissement du pouvoir du président russe Vladimir Poutine après son invasion de l’Ukraine, en 2022.
En annulant sa réunion, Poutine a invoqué le sommet qui s’est tenu lundi à Charm el-Cheikh, en Égypte, consacré à l’élaboration d’un plan de gouvernance pour la bande de Gaza dévastée après la guerre.
« Si j’ai pris cette décision, c’est pour ne pas interférer avec le processus qui, comme nous l’espérons, est désormais enclenché », a-t-il annoncé vendredi, faisant référence au sommet sur la paix qui devait alors avoir lieu.
De nombreux dirigeants du monde arabe et musulman et d’Europe, ainsi que le président américain Donald Trump, ont assisté au sommet égyptien.
Un sommet égyptien organisé dans l’urgence, offrant un contraste avec la réunion de Poutine qui, malgré ses efforts, n’a pas réussi à obtenir une promesse de participation de plus d’une poignée de chefs d’État arabes.
Le président syrien Ahmed al-Sharaa avait confirmé sa venue, tout comme le chef de la Ligue arabe. Mais, selon des informations de Bloomberg, les dirigeants de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de l’Égypte n’avaient, mardi 7 octobre, toujours pas confirmé leur présence.
Mercredi, Sharaa s’est tout de même rendu à Moscou afin de rencontrer Vladimir Poutine, qui s’est, grâce à son intervention dans la guerre civile syrienne, en 2015, assuré une influence significative au Moyen-Orient. La Russie a soutenu le dictateur syrien de longue date Bachar al-Assad, renversé en décembre dernier par des insurgés menés par les forces islamistes de Sharaa.
La Russie a conservé des bases militaires en Syrie, malgré la chute du régime d’Assad.
Mais les ressources utilisées par Moscou pour consolider son influence dans la région sont mises à rude épreuve depuis que le pays a envahi l’Ukraine en 2022, déclenchant une guerre sanglante, qui se poursuit encore aujourd’hui et qui lui a valu les condamnations et les sanctions de l’Occident.
Les relations diplomatiques étroites qu’entretenait Moscou avec les pays d’Asie centrale et du Caucase s’en sont également trouvées affaiblies. En effet, ces États ont choisi de prendre leurs distances avec la Russie après l’invasion de l’Ukraine, craignant pour leur propre sécurité à l’avenir.
La Russie pourrait encore décider d’organiser le sommet arabe, que le Kremlin a qualifié de reporté plutôt que d’annulé, et qui pourrait ainsi avoir lieu en novembre.
Ce report intervient par ailleurs alors que Trump semble perdre patience avec Moscou sur la question de la guerre en Ukraine, redoublant d’efforts pour parvenir à y mettre un terme maintenant qu’il a obtenu un cessez-le-feu à Gaza et le retour en Israël des otages vivants.
Mercredi soir, Trump a en effet déclaré : « Il est intéressant de noter que, grâce à ce qui s’est passé au Moyen-Orient, nous avons pu progresser [sur l’Ukraine] aujourd’hui ».
Vendredi, le président américain doit recevoir son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. En amont de cette rencontre, Donald Trump a laissé entendre que les États-Unis pourraient enfin vendre des missiles Tomahawk à Kiev, permettant ainsi à l’Ukraine de frapper plus profondément à l’intérieur du territoire russe qu’elle n’a pu le faire jusqu’à présent.
Mercredi, Trump a également annoncé avoir réussi à convaincre le Premier ministre indien Narendra Modi de cesser d’acheter du pétrole russe. L’Inde n’a toutefois ni confirmé ni démenti cette affirmation de la Maison Blanche.
Les États-Unis ont imposé des droits de douane de 25 % sur les produits indiens – qui viennent s’ajouter à d’autres droits de douane de 25 % – à titre de sanction pour le soutien apporté par New Delhi à l’économie russe.
« Je dois désormais convaincre la Chine de faire la même chose », a déclaré Trump, à propos du projet présumé de l’Inde de mettre un terme à ses achats de pétrole brut russe.
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