Mossad : plus de 100 agents étrangers déployés pendant la guerre en Iran – média

La Treizième chaîne détaille une opération inédite avec des missiles introduits clandestinement en Iran, et des transcriptions du Premier ministre disant que Trump devait voir des 'feux d'artifice' pendant la guerre de 12 jours

Cette image compare l'installation nucléaire iranienne de Fordo avant et après le bombardement du site par les États-Unis le 22 juin 2025. (Crédit : AP Graphic/Imagerie par Maxar Technologies/Graphique par Phil Holm)

L’agence de renseignement israélienne du Mossad a déployé une centaine d’agents étrangers en Iran avant le début de la guerre de 12 jours qui a opposé les deux pays en juin, avec pour mission de détruire des lanceurs de missiles et des systèmes de défense aérienne iraniens en grand nombre au début du conflit, ont révélé des informations.

Dans un reportage diffusé la semaine dernière, la Treizième chaîne a rapporté que des agents spécialement formés avaient installé et utilisé des systèmes de missiles lourds qui avaient été introduits clandestinement en Iran, puis qui avaient servi à cibler les lanceurs de missiles balistiques et les systèmes de missiles antiaériens de la république islamique, afin de seconder l’armée israélienne dans sa campagne.

Une opération sans précédent, tant par son ampleur (jamais autant d’agents n’avaient jusqu’alors été mobilisés pour une seule mission) que par sa complexité : elle impliquait en effet de confier à des non-Israéliens le contrôle de systèmes d’armement sophistiqués.

Le reportage a comporté des interviews du Premier ministre Benjamin Netanyahu, du ministre de la Défense Israel Katz, du ministre des Affaires étrangères Gideon Saar et du conseiller à la sécurité nationale Tzachi Hanegbi. Tous sont revenus en détail sur les exceptionnelles frappes menées dans la nuit du 13 juin en Iran qui ont déclenché la guerre ; sur l’espoir d’une intervention des États-Unis pour aider à détruire l’installation nucléaire souterraine de Fordo, la recherche d’une opportunité pour assassiner le guide suprême iranien Ali Khamenei et déstabiliser le régime de Téhéran, ainsi que les initiatives qui ont été prises pour pousser les habitants de Téhéran à fuir la capitale.

Netanyahu s’est souvenu du moment où il a informé le président américain Donald Trump de l’opération prévue contre l’Iran, déclarant : « Je lui ai dit : ‘Nous devons le faire.’ Et il a répondu : ‘Vous avez raison, il faut le faire’. »

Et Netanyahu d’ajouter qu’il avait alors annoncé aux responsables israéliens de la défense : « Nous allons détruire le programme nucléaire iranien du mieux que nous le pourrons. Nous n’attendrons pas le feu vert des États-Unis. Et peu importe s’ils désapprouvent. »

Des portraits de généraux militaires et de scientifiques nucléaires iraniens, tués lors de l’attaque israélienne du 13 juin, sont affichés au-dessus d’une route, alors qu’un panache de fumée s’élève au-dessus d’une raffinerie de pétrole touchée par une frappe israélienne nocturne, dans le sud de Téhéran, le 15 juin 2025. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Plusieurs ministres ont évoqué la nécessité d’un secret absolu à l’approche des premières frappes de la guerre.

« J’avais un ami dont la fille devait se marier cette semaine-là. Je me suis assis et nous avons parlé du mariage, même si je savais qu’il n’aurait pas lieu », a expliqué Saar.

Alors qu’il lui était demandé si sa propre famille avait été tenue dans l’ignorance, comme cela avait été le cas pour les proches des ministres et autres responsables, Netanyahu – le mariage de son fils Avner devait avoir lieu quelques jours après le début de la guerre – s’est montré légèrement évasif.

« Ma femme savait que nous allions prendre certaines mesures de sécurité pour le mariage. Elle aurait pu deviner la suite, mais personne n’était au courant », a-t-il déclaré.

Illustration : Le président américain Donald Trump (à gauche) serrant la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le Bureau Ovale, à la Maison Blanche, à Washington, le 7 avril 2025. (Crédit : AP)

À l’été 2023, avant même l’attaque du Hamas du 7 octobre, l’armée de l’air avait créé une nouvelle unité de renseignement, consciente de la nécessité de faire face à la menace iranienne, a révélé le reportage.

Les premières frappes de l’armée israélienne en juin étaient survenues au lendemain de deux attaques massives à la roquette et au drone menées par l’Iran contre Israël au cours des mois précédents. Des renseignements semblaient de surcroît indiquer que Téhéran intensifait son programme nucléaire.

Le chef des opérations de l’armée de l’air, le brigadier général Gilad Keinan, a confirmé qu’Israël s’était inquiété de perdre des pilotes, tués ou abattus pendant la guerre.

« Nous étions confiants quant à nos capacités de localiser et de rejoindre les pilotes ou navigateurs abattus. La question était plutôt de savoir si nous serions en mesure de les extraire », a-t-il ajouté.

Même si les avions israéliens avaient été menacés par les défenses aériennes iraniennes, a poursuivi Keinan, l’Iran n’avait pas envoyé d’avions pour les combattre, par crainte d’abattre ses propres appareils avec des missiles sol-air.

Une femme passe devant un immeuble résidentiel touché par une frappe israélienne et recouvert d’un grand drapeau iranien, à Téhéran, le 25 juin 2025. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

Keinan a également confirmé que des soldats avaient été déployés « quelque part » sur le terrain. Il a cependant refusé de donner davantage de détails.

L’officier chargé de la planification opérationnelle a également fait savoir, sous couvert d’anonymat, que des soldats étaient effectivement déployés « au Moyen-Orient », refusant toutefois de dire si l’Iran était concerné.

Le reportage a de plus divulgué des transcriptions de réunions du cabinet avant et pendant le conflit.

Quelques heures avant le début de la guerre, un haut responsable de la sécurité avait annoncé aux ministres que les services de renseignement iraniens avaient détecté des signes d’une attaque israélienne imminente, mais que Téhéran avait la conviction que les États-Unis empêcheraient Israël de passer à l’action avant un nouveau cycle de négociations sur le programme nucléaire.

Des activités visant à affaiblir le régime iranien étaient en cours depuis plusieurs années, a en outre souligné le responsable.

Les ministres du gouvernement avaient par ailleurs été informés de la possibilité de la perte de 200 à 400 victimes civiles israéliennes dans cette guerre.

Des pompiers, des secouristes et des militaires intervenant sur le site d’un missile qui a frappé Tel Aviv, le 22 juin 2025. (Crédit : Oded Balilty/AP)

Lorsque l’ordre de déclencher la guerre avait été donné, les ministres avaient été conduits dans un bunker sécurisé. Leurs familles avaient également été emmenées dans des lieux sécurisés, quelques heures plus tard.

Le chef d’état-major et son adjoint avaient été envoyés dans des lieux différents, avec un centre de commandement dédoublé, permettant d’assurer la continuité de la chaîne de commandement si l’un de ces centres venait à être touché.

Certains craignaient qu’un tweet publié à 2 heures du matin par l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, n’ait pu alerter les Iraniens du plan envisagé, a rapporté Hanegbi.

« Depuis notre ambassade à Jérusalem, nous suivons de près la situation. Nous resterons ici toute la nuit. Priez pour la paix à Jérusalem », avait en effet tweeté Huckabee juste avant le début des frappes israéliennes.

Un tweet rapidement suivi d’une déclaration de Trump sur sa plateforme Truth Social, affirmant que « dans les jours à venir », l’armée américaine allait « accumuler gloires et victoires ».

Le président américain Donald Trump (à droite) et l’ancien gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee lors d’une table ronde au Drexelbrook Catering & Event Center, le 29 octobre 2024, à Drexel Hill, en Pennsylvanie. (AP/Julia Demaree Nikhinson)

Lorsque l’armée de l’air iranienne avait commencé à prendre conscience des événements en cours, ses dirigeants s’étaient réunis dans les centres de commandement.

« Ce furent des Noces Pourpres », ont indiqué de nombreux responsables israéliens, reprenant l’expression utilisée pour décrire un massacre dans la célèbre série « Game of Thrones ».

« Il nous a fallu moins de 48 heures pour réaliser que le ciel de Téhéran était à nous », a confié un responsable de l’armée de l’air sous couvert d’anonymat.

Quand l’Iran avait lancé ses premières ripostes, certains ministres israéliens s’étaient inquiétés de ce que Trump puisse voir des images de dévastation dans les villes israéliennes.

Le leader du Shas, Aryeh Deri, avait ainsi, semble-t-il, déclaré lors d’une réunion du cabinet, au deuxième jour de la guerre, que « Trump ne devrait pas voir ces explosions en Israël » et que « la situation pourrait empirer ».

Les secours inspectant un bâtiment endommagé après un tir de missile iranien dans la ville israélienne de Petah Tikva, à l’est de Tel Aviv, le 16 juin 2025. (Crédit : Jack Guez/AFP)

D’après le reportage, le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, avait répondu qu’il pensait que les images et les photographies joueraient en réalité en faveur d’Israël.

« En fait, je suis persuadé que les images provenant d’Israël sont bonnes pour nous. En l’absence de dégâts, il ne peut pas expliquer à sa population pourquoi il nous envoie des avions ravitailleurs et pourquoi, dans quelques jours, il pourrait ordonner à l’armée américaine de nous rejoindre », avait-il précisé.

Des propos qui avaient été approuvés par Netanyahu, qui avait déclaré aux ministres que « les feux d’artifice et les couleurs sont plus importants que le reste ».

« Cette nuit, nous devons viser les réservoirs de carburant, une installation du Basij [force paramilitaire] et d’autres cibles. C’est ce qui pourra influencer Trump et le convaincre de se joindre à nous », aurait affirmé le Premier ministre.

« Il a dit que demain serait la nuit la plus importante. Je vais lui envoyer mes voeux d’anniversaire, avec un cadeau », a ajouté Netanyahu.

Katz a quant à lui fait savoir que les dirigeants israéliens avaient envisagé, même s’il ne s’agissait pas d’un objectif de guerre explicite, de prendre pour cible Khamenei, mais que l’idée avait été abandonnée : « Si l’occasion s’était présentée, nous l’aurions fait. Mais il s’est caché, il est entré dans la clandestinité et nous n’avons pas pu l’atteindre. »

Lorsqu’on lui a demandé si Khamenei était condamné à mort, Netanyahu a simplement répondu : « Son régime cherche à nous détruire. Je ne vois pas pourquoi nous l’épargnerions. »

Cette photo fournie par le bureau iranien montre le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, s’exprimant lors d’une cérémonie à Téhéran le 24 août 2025. (Crédit : BUREAU DU GUIDE SUPRÊME IRANIEN/AFP)

Selon l’officier responsable de la planification opérationnelle, si de nombreux sites nucléaires ont été pris pour cible, seule « une partie » du stock de matériaux nucléaires de Téhéran a été touchée. Le stock de matériaux nucléaires iraniens a toutefois été « largement » endommagé.

Israël a affirmé que son offensive de grande envergure contre les principaux chefs militaires iraniens, les scientifiques nucléaires, les sites d’enrichissement d’uranium et le programme de missiles balistiques était indispensable pour empêcher la république islamique d’accomplir son objectif explicite de détruire l’État juif.

L’Iran a toujours nié vouloir se doter de l’arme nucléaire. Le pays a toutefois enrichi de l’uranium à des niveaux n’ayant aucune application pacifique, empêché les inspecteurs internationaux de contrôler ses installations nucléaires, et renforcé ses capacités en matière de missiles balistiques. Israël a déclaré que l’Iran avait récemment pris des mesures visant à militariser son programme nucléaire.

En réponse aux frappes israéliennes, l’Iran a tiré plus de 500 missiles balistiques et environ 1 100 drones sur Israël.

Selon les autorités de santé et les hôpitaux, ces attaques ont fait 31 morts et plus de 3 000 blessés en Israël.

Au total, ce sont 36 missiles et un drone qui ont touché des zones peuplées, endommageant 2 305 logements dans 240 immeubles, ainsi que deux universités et un hôpital, et provoquant le déplacement de plus de 13 000 Israéliens.

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