Opinion

Netanyahu a finalisé sa liste du Likud, mais sa campagne est minée par les crises

Le Premier ministre a inscrit les candidats qu’il a triés sur le volet sur la liste de son parti pour la Knesset alors même que les défaillances entourant le massacre perpétré par le Hamas reviennent sur le devant de la scène

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présente les nouveaux membres rejoignant la liste électorale du Likoud en vue des prochaines élections législatives, à Jérusalem. De gauche à droite : Amir Avivi (qui a renoncé à sa place sur la liste), David Peter, Talik Gvili, Netanyahu, Jacob Bardugo (à l’arrière), Itzik Bonzel, Elisha Madan (à l’avant), Eli Goldschmidt, le Dr Keren Assayag et Oron Dobronsky. (Les deux derniers ne figurent pas sur la liste du Likoud mais se sont vu promettre des postes ministériels si Netanyahu forme la prochaine coalition. 8 septembre 2026. (Crédit: Chaim Goldberg/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est entré, mardi dans la soirée, dans la salle de réception qui se trouve au sous-sol de l’hôtel Orient de Jérusalem, l’air résolument optimiste. Il y était venu pour présenter les candidats sélectionnés par ses soins qui étaient appelés à occuper les places réservées sur la liste du Likud. Hélas, l’ambiance, initialement à la fête, a été assombrie par des événements extérieurs.

Il faut dire que la journée avait été difficile pour Netanyahu, avec deux crises diplomatiques et sécuritaires majeures qui s’étaient abattues sur ses épaules à quelques heures d’intervalle. Ce matin-là, un article explosif publié dans Haaretz avait ainsi allégué que le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, s’était entretenu avec Netanyahu à la fin du mois de septembre 2023, l’avertissant explicitement des intentions du Hamas.

Et à peine quelques heures plus tard, les capitales occidentales avaient fait état de décisions coordonnées visant à interdire le commerce avec les implantations israéliennes de Cisjordanie.

Comme si cela n’était pas suffisant, de légers troubles avaient éclaté, dans l’après-midi, lors d’une réunion du secrétariat du Likud qui s’était tenue juste avant l’événement organisé à l’hôtel Orient. Le député David Bitan avait refusé de serrer la main du ministre de la Défense, Israel Katz, s’attirant jurons et insultes de la part de plusieurs membres du secrétariat qui n’avaient pas dissimulé leur colère.

J’ai demandé au Premier ministre s’il s’était bel et bien entretenu avec bin Zayed quelques semaines avant le massacre et s’il avait reçu cette mise en garde sans équivoque. Netanyahu a rejeté ce reportage en évoquant un « mensonge complet », des propos accompagnés de gestes vigoureux de la main, comme pour écarter définitivement cette hypothèse. Un proche du Premier ministre a par la suite ajouté qu’il n’y avait aucun enregistrement audio prouvant qu’une telle conversation avait effectivement eu lieu.

Mais s’il s’avère qu’un tel enregistrement existe, et s’il s’avère que Netanyahu a choisi d’ignorer une mise en garde de 45 minutes de la part du président des Émirats arabes unis lui-même environ dix jours avant le massacre qui a été commis par le Hamas, le 7 octobre 2023 — des informations qui ont été rapportées par deux journalistes, Shlomi Eldar et Ruth Yuval — il y a toutes les raisons de supposer qu’il perdra les prochaines élections avant même que les bulletins de vote ne soient dépouillés.

En attendant, Netanyahu a entrepris des manœuvres désespérées pour consolider son pouvoir et pour minimiser les dégâts essuyés au niveau politique. Au cours des dernières semaines, il a œuvré, nuit et jour, à conclure des alliances et à écarter de la course les petites factions gênantes — celles qui menaçaient de siphonner des dizaines de milliers de voix pourtant cruciales au bloc de droite.

Les résultats ont été mitigés. Il est parvenu à pousser Bezalel Smotrich et Moshe Feiglin à fusionner au sein de la liste HaTzionout HaDatit – ce qui garantit pratiquement que le parti franchira le seuil électoral. Parallèlement, Gilad Erdan et Yuli Edelstein ont disparu de la scène politique après avoir formé une faction vouée à l’échec, HaAchdut, qui s’est dissoute en moins d’un mois.

Netanyahu n’a toutefois pas réussi à persuader Ofer Winter, ancien général de brigade au sein de Tsahal qui bénéficie actuellement d’une forte popularité, de conclure une alliance avec un parti plus important. Il a essuyé le même échec auprès de Yoaz Hendel et Yaron Zelekha, qui tirent principalement leur soutien de la droite. Lorsque les délais ont finalement expiré et lorsque toutes les listes électorales ont été déposées auprès de la Commission centrale électorale, à une heure avancée de la nuit de mardi à mercredi, il est également apparu clairement que le député extrémiste Avi Maoz tenait à se présenter seul à la tête de sa faction « Noam ». Là aussi, le bloc de droite risque de perdre plusieurs milliers de voix, qui seront irrémédiablement gaspillées.

Des renforts fidèles

Dans ce contexte chaotique, Netanyahu est arrivé à l’hôtel Orient avec pour objectif de présenter ses renforts politiques. Cet événement a marqué le coup de sifflet final d’une saga épuisante – une saga qui a été entièrement motivée par son désir de s’accaparer toutes les places disponibles sur la liste du Likud à la Knesset.

Contrairement à la majorité des formations politiques israéliennes, le Likud se targue d’organiser des primaires démocratiques, faisant appel à ses dizaines de milliers de membres inscrits. En contournant ce processus démocratique et en exigeant une multitude de « places réservées » (shiryunim) pour parachuter ses fidèles, Netanyahu a, de fait, purement et simplement privé de pouvoir la base du parti, déclenchant une violente réaction interne.

Au départ, Netanyahu voulait annuler ces primaires gênantes. Quand cette tentative avait échoué, il avait cherché à mettre en place une commission spéciale qui aurait été chargée des nominations, il avait relégué les sièges des circonscriptions régionales dans les profondeurs de la liste et il s’était finalement retrouvé avec plusieurs candidats qu’il n’appréciait guère. Aujourd’hui, Netanyahu espère bien rééquilibrer la faction grâce aux huit fidèles triés sur le volet dont il a dévoilé l’identité mardi soir — certains font d’ailleurs l’objet de controverses bien particulières.

Assis au premier rang se trouvait Oren Dobronsky, que Netanyahu a présenté comme un entrepreneur du secteur des technologies. Un siège à la Knesset avait été initialement attribué à Dobronsky qui y avait ultérieurement renoncé – ou qui avait été placé dans l’obligation de le faire. Il m’a confié, mardi, qu’il ne souhaitait occuper qu’un poste de ministre, précisant que le travail parlementaire classique ne lui convenait pas.

Comme l’acceptation d’un poste au gouvernement le contraindrait à renoncer à sa nationalité américaine, Dobronsky a fait savoir que si le portefeuille important qu’il convoite ne lui était pas confié, il abandonnerait totalement cette aventure politique.

Oren Dobronsky, qui figurait parmi les candidats sélectionnés personnellement par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour la liste du Likoud en vue des élections du 27 octobre 2026, mais qui a par la suite décliné cette place, lors d’un événement à Jérusalem où Netanyahu a présenté les candidats, le 8 septembre 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Selon Netanyahu, deux autres personnalités sont également pressenties pour occuper des postes ministériels s’il devait remporter les élections. La première est le général de brigade (à la retraite) Amir Avivi, qui est directeur du Forum israélien pour la défense et la sécurité (HaBithonistim) — un think-tank influent et ouvertement belliciste qui a été créé spécifiquement pour contrebalancer l’establishment militaire israélien, traditionnellement centriste ou de gauche.

Netanyahu n’étant pas parvenu à obtenir pour Avivi une place réaliste sur la liste du Likud, le poste ministériel promis constitue une forme de compensation politique.

La seconde est Keren Assayag, une chercheuse spécialisée dans le cancer du sein à l’université de Haïfa, qui a déclaré avoir été mise au ban par ses collègues universitaires en raison du soutien qu’elle apporte ouvertement à Netanyahu. Elle non plus ne dispose pas d’une place réaliste à la Knesset, mais le chef du Likud a l’intention, semble-t-il, de lui confier le portefeuille de l’Éducation dans son prochain gouvernement.

Talik Gvili, mère de Ran Gvili, l’otage décédé à Gaza le 10 décembre 2025. Le corps de Ran Gvili a été retrouvé par Tsahal et rapatrié en Israël le 26 janvier 2026. (Crédit: Yossi Aloni/FLASH90)

La plus haute place réservée sur la liste du Likud – la neuvième – a été attribuée à Talik Gvili. Son fils, Ran Gvili, policier héroïque de la Yamam, était tombé au combat alors qu’il se battait contre les terroristes dans les communautés frontalières de Gaza et son corps sans vie avait été emporté au sein de l’enclave (la Yamam est une unité nationale d’élite, hautement secrète, en charge de la lutte antiterroriste et du sauvetage d’otages, une unité qui avait subi de lourdes pertes le 7-Octobre.)

Netanyahu l’avait appelée mardi à deux heures du matin pour l’informer qu’elle allait devenir députée à la Knesset.

Yaakov Bardugo, l’un des candidats sélectionnés personnellement par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour la liste du Likud en vue des élections législatives du 27 octobre 2026, lors d’un événement à Jérusalem où Netanyahu a présenté les candidats, le 8 septembre 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

A la 11e place, Netanyahu a placé Jacob Bardugo, stratège politique et animateur de droite (très) provocateur. Plusieurs personnalités du Likud ont discrètement critiqué ce choix, avertissant que la rhétorique grossière de Bardugo et ses attaques incessantes contre le chef d’état-major de l’armée israélienne et contre le bureau de la procureure-générale ne feraient qu’éloigner les électeurs modérés du parti. D’autres ont toutefois soutenu que Netanyahu devait à tout prix regagner les électeurs qui ont pu faire défection – une tâche qui nécessite des personnalités provocatrices comme Bardugo qui savent faire du bruit, redynamisant la base du parti.

À la 15ème place, Netanyahu a installé Elisha Madan, un réserviste de combat qui avait perdu ses deux jambes lors d’une bataille sanglante à Beit Hanoun, dans la bande de Gaza, au mois de novembre 2023. Lorsque Netanyahu a officiellement félicité ses candidats, il a tenu à s’asseoir juste à côté de Madan. « Vous êtes une source d’inspiration pour des générations de soldats. Je vous rends hommage », lui a dit le Premier ministre. Sans surprise, l’inclusion de Madan sur la liste n’a entraîné absolument aucune controverse.

Elisha Madan (à droite), l’un des candidats sélectionnés personnellement par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour la liste du Likud en vue des élections législatives du 27 octobre 2026, lors d’un événement à Jérusalem où Netanyahu a présenté les candidats, le 8 septembre 2026. (Crédit: Chaim Goldberg/Flash90)

Soit dit en passant, au mois de janvier 2025, Netanyahu avait nommé Yechiel Leiter — le père de Moshe Leiter, un sous-officier chef servant dans la réserve qui avait perdu la vie lors du même incident de Beit Hanoun — au poste d’ambassadeur d’Israël aux États-Unis. Lors de diverses conférences publiques, l’ambassadeur Leiter avait raconté que Madan avait été hospitalisé à l’hôpital Hadassah aux côtés d’un autre soldat grièvement blessé qui avait perdu une jambe. « Il ne nous reste plus qu’une jambe et aujourd’hui, le peuple d’Israël s’appuie sur elle », avait commenté Leiter.

David Peter, l’avocat personnel de Netanyahu qui a représenté le Likud devant la Haute Cour de justice, s’est hissé à la 16e place. Netanyahu l’a salué, évoquant « un véritable défenseur de la justice, un homme courageux ». En réalité, Netanyahu s’est donné un mal fou pour pouvoir qualifier tous ses candidats triés sur le volet de « courageux », simplement parce qu’ils défendent des opinions de droite dans des environnements hostiles, présentant ainsi leurs convictions politiques comme autant d’actes de bravoure extraordinaires.

Eli Goldschmidt, l’un des candidats sélectionnés personnellement par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour la liste du Likoud en vue des élections du 27 octobre 2026, lors d’un événement à Jérusalem où Netanyahu a présenté les candidats, le 8 septembre 2026. (Crédit: Chaim Goldberg/Flash90)

Netanyahu a réservé la 26e place à Eli Goldschmidt, qui avait occupé le poste de président du groupe parlementaire du parti Travailliste au centre-gauche à la Knesset dans les années 1990. Netanyahu a affirmé que Goldschmidt incarnait « cette génération qui a repris ses esprits ».

C’est ce passage spectaculaire de Goldschmidt du camp de la gauche au camp de la droite – véritable Rubicon politique – qui a suscité le plus d’émotion à l’hôtel Orient. Osnat Midan, membre du Comité central du Likud qui était présente dans la salle, n’a pas pu retenir ses larmes. « Nous avons attendu si longtemps qu’une personnalité comme lui vienne de la gauche pour nous dire à quel point nous avions raison. Là voilà enfin », a-t-elle indiqué en pleurant.

Au début de la guerre, Goldschmidt avait régulièrement attaqué le Premier ministre qui, selon lui, cherchait « à se soustraire à ses responsabilités dans la mort d’un si grand nombre de soldats et de civils ». Il l’avait accusé de « vouloir une dictature » et d’avoir été dupé par Yahya Sinwar, le chef du Hamas, qui avait été l’instigateur du pogrom du 7-Octobre. Toutefois, il avait ultérieurement « repris ses esprits » — comme il l’avait lui-même formulé — après avoir conclu que les accords historiques d’Oslo avaient été un désastre et que la paix avec le monde arabe était impossible.

Son épouse, Bruria, qui a accompagné son mari dans sa transformation politique, s’est également exprimée avec enthousiasme, mardi, en évoquant l’expérience déchirante vécue par le couple au sein du kibboutz Zikim, à la frontière avec Gaza, où ils vivaient le jour du massacre, ainsi que leur décision commune de franchir les clivages politiques. Le couple vit désormais à Sderot, surnommée la « capitale des roquettes ». Pour un Israélien, ce changement géographique – entre un kibboutz socialiste et laïc, bastion traditionnel de la gauche, à un bastion ouvrier farouchement pro-Likud – ne peut qu’être profondément symbolique.

Goldschmidt, tout comme la majorité des candidats qui ont été triés sur le volet par Netanyahu et comme un nombre croissant de responsables politiques du Likud, a fait son entrée sur la liste de la Knesset directement après avoir occupé un poste de chroniqueur dans les studios de la Quatorzième chaîne, la chaîne de télévision conservatrice qui est farouchement pro-Netanyahu.

A côté de Goldschmidt se trouvait un autre candidat désigné par Netanyahu, Itzik Bontzel, classé en 29e position. L’homme était le père du sergent-chef Amit Bonzel, tombé au combat dans le centre de Gaza au mois de décembre 2023. Il n’y a pas si longtemps, Bonzel avait expliqué que si une ancienne figure du parti Travailliste – comme Goldschmidt – devait bénéficier d’une place réservée sur la liste, il ne voterait plus jamais pour le Likud. Toutefois, mardi soir, Bonzel a changé de discours : « Je suis un joueur dans une équipe et nous avons un entraîneur. Il s’appelle Benjamin Netanyahu, et c’est lui qui prend les décisions ».

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