Netanyahu et Gantz envisagent toutes les options, – mais il y en a (très) peu
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Netanyahu et Gantz envisagent toutes les options, – mais il y en a (très) peu

Un gouvernement d'unité ? Faire revenir Liberman ? Courtiser les transfuges ? Pourquoi certaines solutions potentielles à l'impasse politique pourraient être vouées à l'échec

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Des affiches électorales du parti Kakhol lavan montrent les candidats Benny Gantz (à gauche) et Benjamin Netanyahu, le 18 février 2020. (Miriam Alster/Flash90)
Des affiches électorales du parti Kakhol lavan montrent les candidats Benny Gantz (à gauche) et Benjamin Netanyahu, le 18 février 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Après avoir revendiqué une « victoire gigantesque » après la révélation du résultat des sondages de sortie des urnes établissant que son parti du Likud remporterait jusqu’à 37 sièges lors des élections de lundi – contre 32 à 34 sièges pour son adversaire Kakhol lavan – le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis, mardi matin, que lui et ses partenaires de droite et religieux formeraient un « gouvernement fort, stable, un bon gouvernement national pour Israël ».

Cette déclaration lui laisse toutes les portes ouvertes. Mais la manière dont il pourrait chercher à capitaliser l’une des options qui s’offrent à lui, et la façon dont il espère pouvoir parvenir à intégrer des éléments extérieurs à ses partenaires de droite au gouvernement reste indéterminée.

Selon les résultats des enquêtes de sortie des urnes – qui ont été révisés dans la nuit de lundi à mardi – le bloc religieux de droite dirigé par Netanyahu pourrait devoir se préparer à ne prétendre qu’à 59 sièges, soit deux de moins que le nombre nécessaire pour obtenir une majorité parlementaire à la Knesset, forte de 120 députés.

Ce qui pourrait compliquer les perspectives de l’établissement immédiat d’une coalition et d’une sortie rapide de l’impasse politique qui paralyse le pays depuis maintenant un an.

Ainsi – changeant le ton de la rhétorique qu’il avait employée pendant sa campagne – Netanyahu a sembler lancer un appel en direction de l’autre côté de l’aile politique, disant dans un discours prononcé devant des militants du Likud remontés à bloc à Tel Aviv que « nous devons éviter de nouvelles élections. Le moment est venu de régler les désaccords. Le moment est venu de la réconciliation ».

Comment Netanyahu prévoit d’éviter un nouveau scrutin et quelle sorte de réconciliation il tentera de mettre en place restent également, pour le moment, des questions sans réponse.

Faisait-il allusion à un gouvernement d’unité avec Kakhol lavan ? Peut-être à une réconciliation entre Yisrael Beytenu, la formation d’Avidgor Liberman, et les partis ultra-orthodoxes ? Ou, peut-être, entre le Parti travailliste et le Likud ? Ou bien encore au ralliement individuel d’anciens membres du bloc de droite qui étaient partis rejoindre le centre-gauche ?

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara devant leurs partisans pendant la nuit des élections israéliennes au siège du parti du Likud, à Tel Aviv, le 3 mars 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, s’exprimant devant ses partisans – bien moins joyeux – avait utilisé avant lui un langage similaire à celui de Netanyahu, disant que l’État juif avait besoin « de guérir, de l’unité, de la
réconciliation : il a besoin d’une direction sous forme d’union. Et nous continuerons à proposer cela au public israélien que nous sommes venus servir ».

Mais tout en laissant toutes les options à sa disposition sur la table, Gantz, faisant allusion à l’une des possibilités mentionnées par Netanyahu pour mettre un terme à l’impasse – celle, ostensible, du passage de certains députés de Kakhol lavan au Likud – a suggéré qu’il pourrait y avoir une répétition du scénario qui s’était produit lors du premier scrutin et qui avait laissé Netanyahu dans l’incapacité de former un gouvernement.

« En fin de compte, les résultats pourraient avoir la même signification politique que ceux du scrutin du mois d’avril, il y a presque un an. Dans ces élections, même lorsqu’il avait semblé que nous étions destinés à siéger dans l’opposition, nous étions restés unis, forts, attachés à l’idée de continuer dans le même chemin. Et nous resterons forts et unis », a-t-il clamé.

Voilà trois options possibles pour Netanyahu et Gantz, ainsi que les raisons pour lesquelles elles pourraient ne pas se trouver sur la table initialement :

1. Un gouvernement d’unité

Après le scrutin de septembre, les deux hommes avaient tous les deux clamé soutenir la formation d’un gouvernement d’unité constitué avant tout de leurs deux partis. Mais les négociations dans ce sens avaient rencontré des difficultés avant même de commencer, en raison de l’insistance de Netanyahu et de ses partenaires religieux de droite de mener des pourparlers en tant que bloc uni – une condition qui avait été rejetée par Kakhol lavan. Gantz avait également refusé d’intégrer un gouvernement aux côtés du leader du Likud en raison de son implication dans des faits de corruption.

A LIRE : Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Depuis, Netanyahu a été mis en examen pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance et devrait prendre place sur le banc des accusés, devant les magistrats, le 17 mars. Et la rhétorique de Gantz contre Netanyahu et ses déboires judiciaires s’est durcie de manière notable. Il a ainsi notamment comparé le Premier ministre au président turc Recep Tayyip Erdogan – une analogie faite après la révélation d’une information rapportant qu’il chercherait à promouvoir un texte de loi qui empêcherait le déroulement approprié de son procès.

Se référant au procès pour corruption dans son discours de mardi, Gantz a rappelé que « indépendamment des résultats des élections, les procédures criminelles ne se décident que dans les salles d’audience. Et dans deux semaines, Benjamin Netanyahu prendra place dans une salle d’audience pour répondre de crimes graves ».

Le leader du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, s’exprime après la révélation des résultats des sondages de sortie des urnes au siège de son parti, à Tel Aviv, le 3 mars 2020 (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

Il a alors juré que « nous ne laisserons personne détruire notre pays, nous ne laisserons personne nous diviser, démanteler la société israélienne ou écraser notre démocratie ».

Pour que Gantz puisse rejoindre un gouvernement qui serait placé sous l’autorité de Netanyahu, il devrait alors revenir complètement sur ses promesses de campagne de ne jamais servir sous la direction d’un Premier ministre mis en examen – une promesse répétée à des dizaines de reprises. Il devrait également persuader de la justesse d’un tel ralliement les personnalités déterminantes de son parti – dont le numéro deux de Kakhol lavan, Yair Lapid, et l’ex-ministre de la Défense de Netanyahu, Moshe Yaalon — qui ont chacun, et de manière véhémente juré, de ne jamais s’associer à un gouvernement où siégerait Netanyahu.

Et si, malgré les démentis du Premier ministre, les informations portant sur sa volonté d’obtenir de sa coalition une aide pour l’aider à échapper à son procès se révèlent exactes, il trouvera difficilement un soutien à une telle initiative au sein de Kakhol lavan.

2. Ramener Liberman

Une autre option pour Netanyahu – une possibilité susceptible de lui apporter le soutien nécessaire pour des mesures législatives qui lui permettraient d’éviter un procès – est de tenter de persuader Liberman de rejoindre le gouvernement qu’il avait quitté au mois de décembre 2018, précipitant la série d’élections.

Détenant entre ses mains, une fois encore, l’équilibre du pouvoir, Liberman pourrait, en théorie, retourner dans le bloc de droite pour permettre la formation d’un gouvernement de droite dirigé par Netanyahu. Les sept sièges de sa formation Yisrael Beytenu – selon les estimations – pourraient facilement porter le Likud et ses partenaires au-delà de la majorité des 61 mandats nécessaires à la Knesset.

Le parti avait joué un rôle pivot dans les gouvernements dirigés par Netanyahu, qui incluaient les partis ultra-orthodoxes. Mais à deux occasions, il a privé Netanyahu de l’opportunité de former un gouvernement : une première fois au cours des élections d’avril – en exigeant des concessions significatives de la part des ultra-orthodoxes, qui avaient été refusées – puis au mois de septembre dernier, où il avait demandé la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale composé du Likud, de Kakhol lavan et de sa formation.

Le leader du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman s’exprime au siège de son parti à Moddin, le soir des élections, le 2 mars 2020 (Crédit : Sraya Diamant/ Flash90)

Comme Gantz, Liberman devrait revenir sur de nombreuses promesses électorales pour rejoindre une coalition de Netanyahu – et précisément celle de ne pas siéger dans un gouvernement composé des partis ultra-orthodoxes, une promesse qu’il a répétée dans son discours prononcé devant les partisans d’Yisrael Beytenu après la révélation des premiers résultats des sondages de sortie des urnes.

« Nous sommes un parti de principes. Ce que nous avons dit avant le scrutin est encore vrai après », a-t-il affirmé, ajoutant qu’Yisrael Beytenu « ne bougera pas d’un millimètre » en ce qui concerne les promesses faites à ses électeurs.

Sans toutefois préciser la nature des promesses auxquelles il faisait référence et en conservant, lui aussi, ses propres options ouvertes – au moins un peu – il a ultérieurement indiqué sur Twitter que « le gouvernement qui sera formé n’est pas encore clairement défini, mais il est important pour moi de dire deux choses : 1) il n’y aura pas de nouvelles élections ; 2) nous ne rejoindrons jamais un gouvernement dirigé par Netanyahu avec le Shas et YaHadout HaTorah ».

Ce qui rend encore une fois les choses particulièrement compliquées.

3. Courtiser un transfuge ou deux

S’il se trouve dans l’incapacité de relever les défis immenses que représentent la possibilité d’un gouvernement d’unité ou l’intégration d’israel Beytenu, Netanyahu pourrait tenter de débaucher un duo de députés d’autres partis politiques pour obtenir ses 61 sièges.

Alors que la faction travailliste-Gesher-Meretz a également juré de ne pas prendre part à un gouvernement placé sous la direction de Netanyahu et que la majorité des sept députés qui devraient entrer au Parlement à l’issue de ces élections sont des critiques acerbes et de longue haleine du chef du Likud, une possibilité pourrait être d’essayer de convaincre Orly Levy-Abekasis, la responsable de la faction Gesher et ex-députée d’Yisrael Beytenu, d’intégrer la coalition en échange d’un portefeuille ministériel.

L’avenir d’Orly Levy-Abekasis, qui a pris un virage incroyable à gauche au cours de l’année passée, a fait l’objet de spéculations lorsqu’elle a écrit sur Twitter après la révélation des résultats des sondages de sortie des unes qu’elle espérait « se réveiller demain dans une nouvelle ère d’action ». Elle a supprimé sa publication un instant plus tard, après que les journalistes lui ont demandé si son message signalait une velléité de faire scission avec son groupe pour rejoindre une coalition de droite à laquelle elle pourrait apporter une majorité.

« Rien n’a changé, nous continuons sur la même voie », a fait savoir un communiqué de son porte-parole.

Les dirigeants du parti Travailliste-Gesher-Meretz, Nitzan Horowitz (G) Amir Peretz (C) Orly Levy-Abekasis, à l’entrée de la commission centrale électorale à la Knesset, le 15 janvier 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Un sondage via texto apparemment réalisé par l’équipe de campagne du Likud a demandé aux membres de la formation – ainsi qu’aux journalistes qui ont fait état du message dans la soirée de lundi – si Orly Levy-Abekasis ferait une bonne ministre des Finances dans le prochain gouvernement.

Il est impossible de dire si ce sondage signifiait qu’il y avait eu des contacts entre le parti et l’intéressée, fille d’un ex-ministre des Affaires étrangères du Likud, ou si l’enquête d’opinion en elle-même a été une tentative de faire régner un climat de méfiance à gauche ou de faire en sorte que d’autres éventuels transfuges puissent se sentir encouragés à quitter leur formation d’origine.

De telles possibilités pourraient également expliquer les informations ayant laissé entendre que les députés Zvi Hauser et Yoaz Hendel, deux anciens conseillers de Netanyahu et actuellement des membres de la faction Telem au sein de Kakhol lavan, réfléchissaient à rejoindre le Likud.

Yoaz Hendel (à gauche) et Zvi Hauser, membres de la Knesset du parti Kakhol lavan, dans la salle des séances plénières de la Knesset, avant l’ouverture de la session de la Knesset du nouveau gouvernement, le 29 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

S’exprimant auprès du Times of Israel après le discours de Gantz, les deux hommes ont catégoriquement nié envisager quitter les rangs de Kakhol lavan pour aider Netanyahu à mettre en place un gouvernement.

« Ce sont des bêtises. Il n’y a aucune vérité là-dedans », a ainsi commenté Zvi Hauser. « Nous sommes l’union de trois partis [formant Kakhol lavan] et nous nous sommes présentés sous la forme d’une seule et unique entité pour offrir une alternative au Likud. Et nous continuerons à le faire ».

« Cette possibilité n’existe pas, ça n’arrivera pas », a assuré pour sa part Yoaz Hendel.

Et il semble, par son insistance sur le fait que « nous resterons forts et unis dans notre avancée », que Benny Gantz les croit sur parole.

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