Netanyahu évoque des « indices » de possibles attaques ennemies avant les législatives
Netanyahu a pris l'habitude d'anticiper les communiqués de l'armée israélienne concernant des frappes de grande envergure à l'approche du scrutin
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé mardi que des « ennemis » d’Israël pourraient tenter d’attaquer le pays avant les élections du 27 octobre, poussant les dirigeants de l’opposition à réclamer des précisions sur cette menace présumée afin de vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une manœuvre de Netanyahu visant à compromettre le scrutin.
« Nous avons des indications selon lesquelles nos ennemis tenteront de nous attaquer à l’approche des élections », a déclaré Netanyahu dans une vidéo tournée lors d’une visite à la base aérienne de Tel Nof.
« Je leur adresse donc ce message : ‘Ne vous en prenez pas à nous, ni maintenant ni jamais. Nous saurons vous atteindre, où que vous soyez et à tout moment.’ », a-t-il déclaré en hébreu.
Il n’a toutefois donné aucune précision sur la menace évoquée ni sur les « indices » laissant présager une attaque avant les élections.
Le Premier ministre a rencontré mardi soir le chef de l’opposition Yair Lapid afin de l’informer de cette menace présumée. À l’issue de l’entretien, Lapid a estimé qu’il n’y avait « aucune raison de semer la panique parmi la population ». Il a également reproché à Netanyahu d’avoir diffusé ce qu’il a qualifié de « vidéo électorale » et déclaré que, s’il était à ce point préoccupé par la sécurité, le Premier ministre devrait mobiliser « les 15 000 haredim qui manquent à Tsahal ».
Selon des sources de sécurité citées par Kan, Haaretz et la radio de l’armée, Tsahal n’a relevé aucune menace précise indiquant qu’une attaque contre Israël se préparait à l’approche des élections. L’armée n’a par ailleurs ni relevé son niveau d’alerte ni mobilisé de troupes supplémentaires dans aucun secteur.
Immédiatement après la diffusion de la vidéo du Premier ministre, le parti Yashar de Gadi Eisenkot, l’un des principaux candidats aux élections, a exigé que Netanyahu informe le chef de l’opposition Yair Lapid de toute nouvelle menace pour la sécurité.
« Si les déclarations de Netanyahu concernant les menaces sécuritaires sont exactes, le chef de l’opposition Yair Lapid doit en être immédiatement informé », a déclaré le parti sur X, ajoutant que cela permettrait « de vérifier qu’il s’agit bien d’une menace réelle et non d’une manœuvre politique visant à porter atteinte au processus électoral ».
Lapid a rapidement réagi, exigeant de Netanyahu qu’il l’informe d’urgence sur la situation sécuritaire.
« Je demande à savoir si ces menaces sont réelles et, dans l’affirmative, quelles dispositions le Premier ministre prend pour que les élections se déroulent normalement et sans perturbations », a écrit Lapid sur X.
אל תתעסקו איתנו pic.twitter.com/Wbt6xMF9s8
— Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו (@netanyahu) September 29, 2026
Le chef du parti HaDemocratim, Yaïr Golan, a lui aussi réagi, estimant que « le peuple d’Israël ne peut pas faire confiance à Netanyahu lorsqu’il affirme que ses motivations ne sont pas politiques ».
« S’il existe des menaces pour la sécurité, qu’il les expose au chef de l’opposition et qu’il rende des comptes à la population », a écrit Golan sur X. « Netanyahu sait qu’il est sur le point de perdre. Il a peur. Nous ne devons pas le laisser utiliser la sécurité d’Israël pour perturber les élections. »
Après un briefing, Lapid fustige Netanyahu
À la suite de la demande de Lapid, le cabinet du Premier ministre a d’abord indiqué que le secrétaire militaire de Netanyahu l’informerait de la situation sécuritaire. Il a précisé que le Premier ministre « tient régulièrement des réunions d’information sur la sécurité avec le chef de l’opposition Lapid, la dernière ayant eu lieu il y a deux semaines, le 14 septembre ».
Lapid ne s’en est pas satisfait. « Dès lors que le Premier ministre d’un pays démocratique affirme publiquement qu’une menace risque de perturber les élections, toutes les parties concernées doivent être pleinement informées de la situation et des mesures prises pour garantir le bon déroulement du processus démocratique », a-t-il déclaré sur X.
« C’est pourquoi j’exige que Netanyahu convoque sans délai une réunion à quatre réunissant le Premier ministre, le chef du Shin Bet, le président de la commission centrale électorale (CCE) et moi-même, afin que tout le monde dispose des mêmes informations et que nous soyons tous coordonnés à l’approche des élections », a-t-il ajouté.
Après plusieurs échanges, le cabinet du Premier ministre a finalement annoncé que Netanyahu et Lapid se rencontreraient mardi soir à 23 h 30 pour faire le point sur la situation sécuritaire.
C’est à l’issue de cette réunion, que Lapid a déclaré qu’il « n’y a aucune raison de semer la panique parmi la population. »
« Les menaces pour la sécurité doivent être traitées de manière professionnelle et responsable. La sécurité d’Israël et les bases de Tsahal ne sont pas des décors pour des vidéos électorales », a-t-il poursuivi, faisant référence à la base de Tel Nof où Netanyahu avait tourné sa vidéo.
Lapid a également rappelé que le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, avait « tiré dix fois la sonnette d’alarme sur le manque de soldats de combat et l’érosion de Tsahal ».
« Si Netanyahu est à ce point préoccupé par la situation sécuritaire, qu’il mobilise les 15 000 haredim qui manquent à Tsahal », a-t-il ajouté.
« Quoi qu’il en soit, les élections auront lieu à la date prévue, et personne ne pourra invoquer le moindre prétexte pour les perturber », a poursuivi Lapid.
Le bureau de Netanyahu a pour sa part indiqué que, lors de la réunion, « les avertissements concernant de possibles attaques sur différents fronts à l’approche des élections ont été présentés en détail », sans fournir davantage de précisions.
Le secrétaire militaire de Netanyahu, le général de division Guy Markizeno, ainsi que l’officier du renseignement du Secrétariat militaire ont également participé à la réunion, a ajouté le bureau du Premier ministre.
Dans un communiqué distinct, le Likud s’en est pris à Lapid, soulignant qu’il avait quitté la réunion à 23 h 39 et publié, « à peine deux minutes plus tard, à une vitesse record, un long communiqué entièrement consacré à une attaque politique contre le Premier ministre ».
« Soit il écrit à la vitesse de la lumière, soit le communiqué avait été préparé à l’avance, sans aucun rapport avec les informations qui venaient de lui être présentées », a accusé le parti.
Naftali Bennett, chef du parti Beyahad, a lui aussi vivement critiqué Netanyahu, l’accusant « d’encourager les réfractaires » et de contribuer ainsi, selon lui, à « l’effondrement de Tsahal ».
« Netanyahu met en garde contre les menaces qui pèsent sur la sécurité d’Israël, mais c’est lui-même qui crée le danger le plus grave en encourageant les réfractaires et en contribuant à l’affaiblissement de Tsahal », a déclaré l’ancien Premier ministre lors d’une conférence de presse sur la place des Otages, à Tel Aviv. Il faisait référence aux efforts du gouvernement actuel pour faire adopter une loi accordant des exemptions de conscription aux étudiants haredim des yeshivot.
Bennett a affirmé que Tsahal faisait face à une grave pénurie d’effectifs et qu’il était « au bord de l’effondrement ».
Il a estimé que « tous ceux qui ont participé à cet échec doivent quitter leurs fonctions immédiatement », visant les responsables en fonction dans la période ayant précédé le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
S’exprimant elle aussi sur la place des Otages, Einav Zangauker, mère de Matan Zangauker, ancien otage du Hamas, a accusé Netanyahu de chercher à effrayer la population et à se présenter désormais comme celui qui donne l’alerte.
« C’est la campagne d’influence la plus ignoble que nous ayons connue, une campagne lamentable destinée à le décharger de sa responsabilité dans le plus grand échec depuis la création de l’État », a-t-elle déclaré.
« Le monde entier l’a appelé pour l’avertir, mais il n’a tenu compte d’aucun de ces avertissements », a-t-elle ajouté.
Selon la presse israélienne, Netanyahu prévoyait également de réunir son cabinet de sécurité mardi soir pour une réunion présentée comme « de routine », au cours de laquelle ses principaux ministres et collaborateurs devaient être informés de la menace présumée d’une attaque. Selon Kan, la réunion devait se tenir dans un lieu « inhabituel », ce qui a suscité des interrogations parmi les responsables.
Les derniers sondages font apparaître une égalité entre les blocs pro- et anti-Netanyahu. Un récent sondage du Times of Israel indique ainsi que chacun obtiendrait 53 sièges si les élections avaient lieu aujourd’hui, les deux partis arabes détenant la clé de la majorité.