Netanyahu pourrait-il se réjouir de la démission de son ministre de la Défense ?
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Analyse

Netanyahu pourrait-il se réjouir de la démission de son ministre de la Défense ?

Liberman a peut-être doublé Bennett à droite, mais avec de nouvelles élections en vue, cela place le Premier ministre exactement là où il veut être

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman après la signature de l'accord de coalition, à la Knesset, le mercredi 25 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman après la signature de l'accord de coalition, à la Knesset, le mercredi 25 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La démission du ministre de la Défense, Avigdor Liberman, du gouvernement mercredi, après que le cabinet a approuvé un cessez-le-feu très impopulaire avec le Hamas, est destinée à le positionner comme le véritable défenseur des valeurs de droite, prêt à sacrifier son poste ministériel de premier plan pour une position de principe en défense des résidents assiégés du Sud d’Israël.

Du moins, c’est ce que Liberman espérait. Mais ses calculs pourraient se retourner contre lui et finir par jouer en faveur du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Liberman a démissionné moins de 24 heures après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, arguant qu’il ne peut plus faire partie d’un gouvernement qui cède au terrorisme. Dans son annonce, il a fait part de ses critiques adressées au Premier ministre et à son parti, le Likud, ainsi qu’aux autres partis de la coalition, HaBayit HaYehudi et Koulanou, les présentant comme faibles en matière de sécurité.

Interrogé par des journalistes, M. Liberman, qui est devenu ministre de la Défense il y a deux ans et demi, avait très peu de choses à faire valoir. Il s’est assuré que les services de la défense « fonctionnaient de manière ordonnée » et a lancé un site Web pour les habitants du sud, a-t-il dit. Ce ne sont pas exactement des réalisations qui aideront son parti Yisrael Beytenu, qui s’approche dangereusement du seuil électoral, à atteindre des sommets inégalés.

En effet, les nombreux griefs énumérés par Liberman lors de son annonce à la Knesset pourraient aussi être considérés comme son propre catalogue d’échecs.

Il a essayé mais n’a pas réussi à empêcher le carburant et l’argent qataris d’entrer dans la bande de Gaza. Il n’a pas obtenu du gouvernement qu’il déracine rapidement Khan al-Ahmar, un village bédouin de Cisjordanie qui a été construit sans les permis nécessaires. Il n’a pas réussi à faire adopter une loi appelant à la peine de mort pour les terroristes – sa promesse électorale centrale. Son appel en faveur d’une action militaire plus dure contre le Hamas à Gaza a été ignoré, ce qui a finalement conduit à sa démission.

Avigdor Liberman annonce sa démission du portefeuille de la Défense au cours d’une conférence de presse à Jérusalem, le 14 novembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

En démissionnant maintenant, Liberman a réussi à devancer son principal rival à droite, Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi, qui s’oppose également au cessez-le-feu de cette semaine.

Au cours de la prochaine campagne électorale, le patron de Yisrael Beytenu peut maintenant prétendre représenter le véritable camp nationaliste, dénonçant Bennett comme s’accrochant de façon opportuniste à son siège plutôt que de démissionner pour protester contre le cessez-le-feu, que les électeurs faucons ont en horreur.

Il est donc possible que Liberman puisse regagner une partie des votes des faucons qu’il a perdus il y a des années au profit de HaBayit HaYehudi.

Pour M. Netanyahu – qui doit être à la fois Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, ministre de la Défense et ministre de la Santé pour les trois ou quatre prochains mois – le moment de la démission de M. Liberman n’est sans doute pas idéal, car elle est trop proche du cessez-le-feu très impopulaire.

D’un autre côté, c’est aussi très pratique, car cela lui donne le prétexte parfait pour déclencher de nouvelles élections, ce qui joue en faveur de Netanyahu pour plusieurs raisons.

Premièrement, Israël devient pratiquement ingouvernable dans les mois qui précèdent les élections, car chaque parti réfléchit à ce qu’il peut faire pour devenir populaire, ignorant souvent la discipline de la coalition. Tôt ou tard, Netanyahu aurait appelé à des élections anticipées (la date actuelle des prochaines élections est en novembre 2019), mais maintenant il n’a pas besoin de créer une crise artificielle pour le faire (par exemple, à propos du projet de loi de dérogation ou des questions religieuses et gouvernementales) mais peut facilement en imputer la responsabilité à la démission de Liberman.

Selon de récents sondages, le Likud remporterait les prochaines élections avec une large avance. Alors que le procureur général Avichai Mandelblit s’interroge sur la question de savoir s’il faut inculper Netanyahu pour les diverses accusations de corruption portées contre lui, obtenir le mandat public de diriger à nouveau le pays pourrait se révéler extrêmement utile pour le Premier ministre.

Même s’il est finalement inculpé, un Premier ministre qui vient de recevoir un nouveau mandat des électeurs sera plus difficile à démettre de ses fonctions que celui qui n’a pas fait face à la volonté des électeurs depuis avant que les accusations de corruption portées contre lui aient fait leur apparition.

Le cessez-le-feu de cette semaine pourrait temporairement nuire à la réputation de M. Netanyahu en tant que Monsieur Sécurité, mais, en tant que militant chevronné, il trouvera probablement un moyen pour que les électeurs lui pardonnent et oublient.

Plus de 70 Israéliens ont été tués au cours de l’Opération Bordure protectrice, une guerre de 50 jours qui s’est terminée par un cessez-le-feu tout aussi désapprouvé, en août 2014. À peine six mois plus tard, le Likud remportait les élections à la Knesset par un raz-de-marée, mettant ainsi Netanyahu sur la voie pour devenir le Premier ministre qui a occupé le plus longtemps son poste en Israël.

Le Premier ministre Netanyahou (à gauche) s’entretient avec le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eizenkot à la cérémonie commémorative du premier Premier ministre israélien David Ben Gurion à Sde Boker, le 14 novembre 2018 (Amos Ben Gershom/GPO)

Mercredi, avant même que la démission de Liberman ne soit confirmée, Netanyahu a commencé sa campagne pour convaincre Israël qu’il avait fait ce qu’il fallait.

« En ce moment, gouverner n’est pas faire ce qui est facile ; gouverner c’est faire ce qui est juste, même si c’est difficile », a-t-il dit lors d’une cérémonie commémorative pour le premier Premier ministre israélien, David Ben Gurion.

A lire : Discours de Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie en mémoire de Ben-Gurion

« J’entends les appels des habitants du sud. Croyez-moi, ils sont précieux pour moi, leurs paroles pénètrent mon cœur. Mais avec les chefs des forces de sécurité, je vois l’image globale de la sécurité d’Israël, que je ne peux pas partager avec le public », a-t-il poursuivi.

Les sondages diront si des discours comme celui-ci peuvent persuader les Israéliens que Netanyahu est toujours le seul et unique Monsieur Sécurité, et qu’ils peuvent lui faire confiance pour prendre les bonnes décisions.

Les élections sont encore dans plusieurs mois, et la colère au sujet de la malheureuse confrontation de cette semaine avec le Hamas pourrait s’être dissipée au moment où les Israéliens se rendront aux urnes.

Le Premier ministre a l’autorité de dissoudre un Parlement hostile. Les électeurs doivent alors être appelés aux urnes dans les 90 jours.

Beaucoup d’Israéliens n’aiment pas particulièrement Netanyahu, et pourtant il gagne élection après élection – probablement parce que les électeurs estiment qu’il n’y a personne qui puisse le remplacer. La démission de Liberman n’a absolument rien changé à cela.

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