Israël et les US rappellent leurs négociateurs de Doha après la réponse « égoïste » du Hamas

Witkoff affirme que le groupe terroriste 'ne semble pas coordonné ni agir de bonne foi' ; un haut responsable israélien nie l'existence d'une crise dans les négociations ; les familles des otages réclament des informations

Des manifestants protestent pour la libération des Israéliens retenus en otages dans la bande de Gaza, devant la base militaire de Kirya à Tel Aviv, le 23 juillet 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Israël et les États-Unis ont tous deux rappelé jeudi leurs négociateurs du Qatar, après plusieurs semaines de pourparlers menés sous médiation avec le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le but de parvenir à un accord sur la libération des otages et un cessez-le-feu à Gaza.

L’émissaire américain Steve Witkoff a acté jeudi l’échec des pourparlers menés à Doha en vue d’un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, mettant en cause la bonne foi du Hamas, en guerre contre Israël depuis plus de 21 mois.

Witkoff a également annoncé le retrait de l’équipe américaine « pour consultation » après la dernière réponse du Hamas, jugée « égoïste », et « qui montre clairement un manque de volonté de parvenir à un cessez-le-feu à Gaza ».

Il a ajouté que les Etats-Unis et leurs partenaires allaient « désormais envisager d’autres options pour ramener les otages chez eux et tenter de créer un environnement plus stable pour la population de Gaza ».

Peu avant, Israël a annoncé le rappel pour consultation de ses négociateurs, engagés dans des pourparlers indirects avec le Hamas au Qatar. « Nous agissons pour obtenir un nouvel accord afin de libérer nos otages », a néanmoins déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, malgré le retrait de son équipe.

« Nous apprécions les efforts des médiateurs du Qatar et de l’Égypte, ainsi que ceux de [l’envoyé spécial américain Steve] Witkoff pour parvenir à une avancée dans les négociations », a précisé le cabinet du Premier ministre, sans indiquer si cette décision signe une suspension du processus.

Le Hamas s’est déclaré « surpris » par la déclaration de l’envoyé spécial américain et a souligné s’être engagé de manière constructive dans les négociations, et avoir soumis une réponse bien accueillie par d’autres médiateurs.

« Nous sommes très surpris des déclarations négatives de l’envoyé américain Steve Witkoff concernant la position du mouvement, à un moment où les médiateurs ont salué et approuvé [notre] position constructive et positive, qui ouvre la porte à la conclusion d’un accord global », a fait savoir le Hamas dans son communiqué.

Le groupe terroriste a réaffirmé sa détermination à parvenir à un accord de cessez-le-feu et à surmonter les obstacles restants.

Une source proche de l’effort de médiation a déclaré au Times of Israel, en amont de la déclaration de Witkoff que si la réponse du Hamas comportait certaines réserves concernant la dernière proposition d’accord sur les otages, ces désaccords restaient ouverts à la discussion.

Des négociations se déroulent à Doha depuis le 6 juillet, l’accord envisagé prévoyant la libération de 10 otages vivants et la restitution des corps de 18 otages tués à Gaza en échange d’un nombre encore à déterminer de prisonniers palestiniens détenus pour des raisons de sécurité, pendant une trêve de 60 jours.

Un haut responsable israélien a déclaré jeudi à des journalistes israéliens que le retour de l’équipe de négociation israélienne n’indiquait pas une crise dans les pourparlers, affirmant qu’il n’y avait « ni explosion, ni effondrement ».

Dans le même temps, la situation actuelle témoigne de « l’approche réfractaire et regrettable » du Hamas, selon ce responsable.

La réponse du groupe terroriste, reçue par les médiateurs jeudi matin à 2 h 30, « ne permet pas d’avancer sans un changement de position du Hamas et sans consultation sur les moyens d’y parvenir, tant avec le médiateur qu’avec nous-mêmes », a déclaré le responsable.

Des personnes participent à un rassemblement appelant à la fin de la guerre et à la libération immédiate des otages détenus par le Hamas dans la bande de Gaza, à Tel Aviv, en Israël, le jeudi 24 juillet 2025. (Crédit : AP/Ariel Schalit)

Selon ce responsable, le Hamas n’a proposé aucun compromis sur la démilitarisation de Gaza ou la fin de la guerre, et il existe des « difficultés » concernant la libération éventuelle de prisonniers palestiniens.

Les parties n’ont pas discuté des garanties relatives à la fin de la guerre, une exigence clé du Hamas, ni des modalités techniques de la mise en œuvre d’un accord, a déclaré ce responsable, qui a toutefois ajouté : « Nous pouvons y parvenir rapidement. »

Israël part du principe que le Hamas souhaite un accord, a déclaré le responsable, ajoutant que l’équipe continuerait à travailler « dès son arrivée et dès qu’elle sera reçue ».

Le responsable a salué l’Égypte et le Qatar, « qui ont fait preuve d’une approche proactive, d’une grande activité et d’efforts très, très importants tout au long de ces 18 jours ».

« Je suis réaliste et je continue de penser que nous pouvons poursuivre nos efforts pour réduire les divergences et parvenir à un accord », a déclaré le responsable.

Lors d’une cérémonie officielle jeudi soir, le Premier ministre a promis de ne faire aucun compromis pour atteindre les objectifs de guerre d’Israël.

« Nous agissons pour obtenir un nouvel accord afin de libérer nos otages. Mais si le Hamas considère notre intention d’y parvenir comme une faiblesse, comme une opportunité pour nous imposer des conditions de reddition qui mettraient en danger l’Etat d’Israël, il se trompe lourdement », a prévenu  Netanyahu jeudi.

Un haut responsable et une source proche du dossier ont déclaré à Axios que le Hamas insistait pour qu’Israël libère 200 Palestiniens condamnés à perpétuité et 2 000 Palestiniens arrêtés dans la bande de Gaza après le 7 octobre, en échange de la libération de 10 otages encore en vie.

Une source impliquée dans les efforts de médiation a confirmé cette version au Times of Israel, affirmant qu’Israël était mécontent de la proposition, mais a déclaré que ce chiffre n’était qu’une offre initiale et que le groupe terroriste était prêt à se rapprocher d’un montant jugé raisonnable par Jérusalem.

Une foule entourant les voitures de la Croix-Rouge alors qu’elles arrivent sur le site de la remise des otages thaïlandais et israéliens à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 30 janvier 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

En Israël, le Forum des familles d’otages, principale association de proches des captifs retenus à Gaza, a fait part de sa « vive inquiétude », estimant que « chaque jour qui passe réduit les chances de sauver les otages » et regrettant que « les négociations ont déjà trop duré ».

Les familles ont appelé Netanyahu, ainsi que le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer et le responsable des otages au sein de l’armée israélienne Gal Hirsch, à faire le point sur l’état des négociations et les principaux points de discorde.

« Une nouvelle occasion manquée de libérer tous les otages est impardonnable. Ce serait un nouvel échec sur le plan éthique, sécuritaire et politique, dans une série interminable d’occasions gâchées », ont déclaré les familles.

Peu après, dans une déclaration vidéo filmée à la Maison Blanche lors d’une visite marquant le premier anniversaire de la visite de Netanyahu à Washington en juillet 2024, un groupe d’otages libérés et de membres des familles des otages restants ont appelé le président américain Donald Trump à continuer de faire pression pour parvenir à un accord.


« Nous tenons à remercier le président Trump pour l’attention qu’il porte à cette question et à la région, ainsi que pour son aide dans le passé pour ramener des otages. Nous avons besoin que vous restiez à nos côtés, président Trump, ramenez toutes les parties à la table des négociations. Nous devons continuer à travailler sur cette question jusqu’à ce qu’ils soient tous de retour, jusqu’à ce qu’ils soient tous chez eux. »

Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas lors de l’invasion du sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre actuelle.

Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont la mort a été confirmée par l’armée israélienne. Vingt d’entre eux seraient encore en vie, et deux autres suscitent de vives inquiétudes, ont déclaré des responsables israéliens. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de l’armée israélienne tué à Gaza en 2014.

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