Netanyahu reste fidèle à l’extrême droite, Eisenkot veut « apporter le changement »

'Nous resterons ensemble', aurait assuré Netanyahu à Ben Gvir et Smotrich ; Golan veut réunir l’opposition, mais Liberman ghoste ses partenaires

Bezalel Smotrich, chef du parti HaTzionout HaDatit, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Itamar Ben Gvir, chef d’Otzma Yehudit, s’adressent à leurs partisans à l’issue des élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026. (Crédits : Chaim Goldberg/Flash90, Jewel Samad/AFP et Leo Correa/AP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses adversaires politiques ont chacun tenté, mercredi, de prendre l’avantage dans la bataille pour la direction du prochain gouvernement. Les résultats indécis des élections législatives de la veille laissent présager de longues négociations en vue de former une coalition.

Alors que plus de 90 % des bulletins avaient été dépouillés, le bloc de Netanyahu et de ses alliés disposait de 53 sièges, contre 48 pour le bloc d’opposition sioniste. Aucun des deux camps n’approchait donc de la majorité requise dans une Knesset qui compte 120 sièges. La Liste arabe unie et le Raam, deux formations à majorité arabe, étaient en passe de remporter les 19 sièges restants, avec respectivement 12 et 7 élus.

Aucun des deux camps ne dispose donc d’une voie évidente pour former un gouvernement, à moins d’accepter de s’allier l’un à l’autre ou de coopérer avec les partis arabes. Dans les deux cas, il leur faudrait revenir sur les engagements pris auprès de leurs électeurs avant le scrutin.

Selon plusieurs médias israéliens, Netanyahu s’est entretenu mercredi soir avec ses alliés d’extrême droite, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich. Il leur aurait promis de préserver l’unité du bloc réunissant les partis de droite et les formations orthodoxes.

« Nous sommes ensemble et nous resterons ensemble », leur aurait déclaré Netanyahu, selon la Quatorzième chaîne, proche du gouvernement. Ces propos sont intervenus alors que les analystes ont évoqué la possibilité d’un gouvernement d’union nationale, qui verrait le chef du Likud se séparer de ses alliés d’extrême droite au profit du parti Yashar de Gadi Eisenkot et d’autres formations politiques.

Selon les mêmes informations, le Premier ministre devait également s’entretenir avec les dirigeants des partis haredim Yahadout HaTorah et Shas.

Itamar Ben Gvir, député de droite (à gauche), et Bezalel Smotrich assistent à la cérémonie de prestation de serment des députés israéliens à la Knesset, à Jérusalem, le 15 novembre 2022. (Crédit : Abir Sultan/AP)

De son côté, Gadi Eisenkot, principal rival de Netanyahu, a estimé que les résultats du scrutin constituaient un vote de défiance envers le gouvernement sortant. Il s’est engagé à poursuivre ses efforts pour le remplacer, malgré un bloc d’opposition encore plus éloigné de la majorité parlementaire.

« Le peuple a clairement exprimé sa volonté en désavouant le gouvernement du 7-Octobre, celui des réfractaires au service militaire, ainsi que l’ensemble du bloc des réfractaires », a écrit Eisenkot sur X. Il faisait référence à Netanyahu et à ses alliés qui, conformément aux exigences des partis haredim, ont tenté de faire adopter une loi exemptant les étudiants des yeshivot du service militaire obligatoire.

« Nous avons encore beaucoup de travail devant nous, mais nous restons concentrés sur la lourde tâche qui nous a été confiée, celle d’apporter le changement en Israël et de former un gouvernement sioniste attaché au principe de la conscription militaire », a ajouté Eisenkot, à l’issue d’une longue journée de réunions.

Il s’est engagé à « être à la hauteur du défi qui nous attend ».

Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, s’exprime au siège de campagne de sa formation, après la fermeture des bureaux de vote, à Tel Aviv, le 28 octobre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Yaïr Golan, chef du parti de gauche HaDemocratim, a annoncé son intention de rencontrer mercredi, puis dans les jours suivants, trois dirigeants politiques, dont Eisenkot et Yaïr Lapid, numéro deux de Beyahad, afin de discuter de la formation d’un gouvernement.

Outre Yashar, Beyahad et HaDemocratim, le bloc d’opposition sioniste comprend également Yisrael Beytenu, le parti de droite dirigé par Avigdor Liberman. Ces formations ne sont toutefois pas parvenues à un accord pour gouverner ensemble. Toutes, à l’exception de HaDemocratim, se sont par ailleurs montrées très réticentes à l’idée de former une coalition avec les partis arabes.

Interrogé, lors de sa première interview depuis la fermeture des bureaux de vote, sur une éventuelle rencontre avec Liberman mercredi, Golan a refusé de préciser quels dirigeants il comptait rencontrer.

« J’espère les avoir tous rencontrés d’ici dimanche », a déclaré Golan à la chaîne N12, ajoutant qu’il chercherait à convaincre les autres dirigeants qu’ils partageaient une mission qui transcendait leurs divergences politiques, celle de redonner espoir au peuple d’Israël.

Selon Golan, la formation d’un gouvernement est indispensable pour répondre aux enjeux sécuritaires, mettre un terme à la refonte judiciaire engagée par le gouvernement actuel et redonner espoir aux jeunes, qui « se demandent même s’ils veulent encore vivre dans ce pays ».

Avigdor Liberman, chef d’Yisrael Beytenu, au siège électoral du parti à Tel Aviv, le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Crédit : Tal Gal/Flash90)

Il reste à savoir si les autres dirigeants de l’opposition partagent la vision de Golan.

Selon la chaîne N12, Liberman aurait pratiquement rompu tout contact avec ses homologues du « bloc du changement », même si leurs équipes de campagne ont continué à échanger ponctuellement.

Toujours selon N12, Liberman n’aurait répondu ni aux appels d’Eisenkot ni à ceux du chef de Beyahad, Naftali Bennett. Le chef d’Yisrael Beytenu resterait déterminé à tenir ses deux engagements, ne pas rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu et ne pas soutenir un gouvernement minoritaire dépendant des partis arabes.

Naftali Bennett et Yaïr Lapid, dirigeants du parti Beyahad, après la fermeture des bureaux de vote et l’annonce des résultats des sondages à la sortie des urnes., au siège de campagne de leur formation, à Tel Aviv, le 28 octobre 2026. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Par ailleurs, selon la chaîne publique Kan, les partis d’opposition envisageraient de mettre à profit leur majorité à la Knesset pour remplacer Amir Ohana par Yaïr Lapid à la présidence du Parlement, avant même d’entamer les négociations en vue de former un gouvernement.

La désignation de Lapid, actuel chef de l’opposition, à la présidence de la Knesset permettrait au bloc anti-Netanyahu de faire avancer deux dossiers majeurs, la création d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances ayant précédé l’invasion et le pogrom du 7 octobre 2023, et l’abrogation des lois adoptées dans le cadre de la réforme judiciaire menée par le gouvernement sortant.

D’autres noms seraient également envisagés pour la présidence de la Knesset, notamment ceux d’Oded Forer, député d’Yisrael Beytenu, d’Elazar Stern et d’Orit Farkash-Hacohen, députés de Yashar, ainsi que d’Efrat Rayten, députée de HaDemocratim.

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