Netanyahu somme le Qatar d’expulser les chefs du Hamas ou de les traduire en justice

Deux hauts responsables du Hamas auraient été blessés lors de la frappe controversée ; le Premier ministre qatari affirme que le Premier ministre israélien 'a tué tout espoir' pour les otages et plonge la région dans le 'chaos'

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime dans un message vidéo diffusé le 10 septembre 2025. (Capture d'écran/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répondu mercredi aux critiques dénonçant l’attaque israélienne commise à l’encontre des chefs du Hamas qui se trouvaient au Qatar, mardi – des critiques qui ne cessent de se multiplier – et il a comparé cette opération aux actions qui avaient été entreprises par les États-Unis dans le sillage du 11 septembre 2001. Il semble toutefois que la frappe ne soit pas parvenue à tuer les cibles qui étaient pourtant visées.

Le Premier ministre a choisi de prendre un ton provocateur lorsqu’il s’est exprimé en anglais dans une vidéo où il a défendu le raid israélien. Il a par ailleurs sommé le Qatar « d’expulser » les membres du bureau politique du groupe terroriste ou « de les traduire en justice ».

« S’il ne le fait pas, nous le ferons », a-t-il promis.

Comparant le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, aux attentats du 11 septembre — la date-anniversaire de ces attaques est jeudi – au cours desquels environ 3 000 personnes avaient été tuées quand quatre avions avaient été détournés par des terroristes d’Al-Qaïda, Netanyahu a dit qu’Israël « se souvenait du 7 octobre », ce jour où « des terroristes islamistes ont commis les pires atrocités à l’encontre du peuple juif depuis la Shoah ».

« Qu’avait fait l’Amérique après le 11 septembre ? », a ensuite interrogé Netanyahu. « Elle avait promis de traquer les terroristes qui avaient commis ces crimes odieux, partout où se trouvaient. Et elle avait également fait adopter une résolution devant le Conseil de sécurité de l’ONU, deux semaines plus tard, une résolution qui stipulait que les gouvernements n’étaient pas en droit d’héberger des terroristes ».

C’est cette approche que suit Israël, a ajouté Netanyahu qui a ensuite accusé le Qatar d’avoir accueilli des terroristes sur son sol et de financer le Hamas et d’offrir un train de vie avantageux à ses chefs.

« Nous avons fait très exactement ce qu’ont fait les États-Unis lorsqu’ils ont poursuivi les terroristes d’Al-Qaïda en Afghanistan et après qu’ils ont tué Oussama ben Laden au Pakistan  » a affirmé Netanyahu, qui a ajouté que les mêmes pays qui avaient applaudi les États-Unis pour avoir ôté la vie à Ben Laden condamnaient aujourd’hui honteusement Israël.

Cette image tirée d’une vidéo de l’AFPTV montre de la fumée s’élevant après une frappe israélienne à Doha, la capitale du Qatar, le 9 septembre 2025. (Crédit : Jacqueline PENNEY / AFPTV / AFP)

Le Qatar a riposté à Netanyahu, condamnant des propos « islamophobes », « imprudents » et dénonçant « des menaces explicites de violations futures de la souveraineté de l’État ».

« Netanyahu est pleinement conscient que l’hébergement du bureau du Hamas s’est déroulé dans le cadre des efforts de médiation du Qatar qui ont été demandés par les États-Unis et Israël », a fait savoir le ministère qatari des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Les négociations se sont toujours déroulées officiellement, de façon transparente, avec le soutien de la communauté internationale et en présence des délégations américaine et israélienne. L’insinuation faite par Netanyahu, qui laisse entendre le Qatar aurait secrètement hébergé la délégation du Hamas, est une tentative désespérée qui vise à justifier un crime qui a été condamné par le monde entier ».


La frappe audacieuse qui a été lancée par l’armée de l’air israélienne, mardi, a pris pour cible une réunion des principaux chefs du Hamas qui, semble-t-il, s’étaient rassemblés à Doha pour discuter d’une nouvelle proposition de cessez-le-feu à Gaza parrainée par les États-Unis, une proposition ouvrant la porte à la fin définitive de la guerre en cours à Gaza et à la remise en liberté des otages.

De hauts-responsables du groupe qui vivent à l’étranger devaient être présents. Parmi eux, le chef des unités du Hamas à Gaza, Khalil al-Hayya, Zaher Jabarin, qui dirige le Hamas en Cisjordanie, Muhammad Darwish, le chef du Conseil de la Choura du Hamas, Nizar Awadallah et Khaled Mashaal, le chef du Hamas à l’étranger.

Le Hamas a insisté sur le fait qu’aucun de ses chefs n’avait été tué dans l’attaque. Cinq membres de rang inférieur auraient toutefois perdu la vie, dont le fils de Khalil al-Hayya, chef du Hamas à Gaza et principal négociateur. Trois gardes du corps et le directeur du bureau d’al-Hayya auraient aussi été tués.

Mais malgré le pessimisme affiché en Israël sur la véritable réussite de l’attaque, le journal saoudien Asharq Al-Awsat a signalé que deux chefs du Hamas, des membres du bureau politique de l’organisation, ont été blessés lors de la frappe qui a visé le quartier-général du groupe terroriste palestinien à Doha.

Selon le journal, l’un des deux officiels est « dans un état critique ». Les identités des deux individus n’ont pas été révélées.

Les deux hommes ont été hospitalisés dans une clinique privée sous haute sécurité, a ajouté l’article.

Fournissant des détails supplémentaires sur la frappe elle-même, le journal a annoncé que plusieurs pièces différentes avaient été touchées dans le complexe qui abrite le siège du Hamas, y compris le bureau de l’ancien dirigeant du Hamas, Ismail Haniyeh, où se tenait la réunion.

Haniyeh avait été assassiné par Israël au mois de juillet 2024 lors d’une visite en Iran.

Mais c’est le bureau d’al-Hayya, et non celui de Haniyeh, qui était la cible principale de l’attaque, a continué le média qui s’est appuyé sur les propos tenus par des sources proches du dossier. Les deux bureaux étant situés à proximité l’un de l’autre, le bureau de Haniyeh a été touché, blessant deux membres du bureau politique du Hamas qui s’y trouvaient. Ils étaient assis dans la salle et ils ont échappé au point d’impact direct.

Le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, dirige les autres dirigeants du groupe terroriste dans la prière tandis que des images de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023 sont diffusées à la télévision. Khalil al-Hayya se tient derrière lui (deuxième à partir de la droite). (Capture d’écran/X)

Par ailleurs, les sources ont laissé entendre, auprès du journal saoudien, que la raison pour laquelle l’attaque n’était pas parvenue à éliminer les cibles visées était qu’Israël avait principalement compté sur la géolocalisation des dirigeants du Hamas en s’appuyant sur leurs téléphones – sans savoir qu’ils n’apportaient pas leurs mobiles avec eux à de telles réunions, préférant habituellement les laisser dans leurs bureaux ou chez leurs conseillers.

Dans une déclaration officielle concernant l’attaque, Husam Badran, haut responsable du Hamas, a diffusé un communiqué dans lequel il a affirmé que « les crimes d’Israël n’auront aucune incidence sur les décisions de la direction ni sur notre coordination avec les autres factions. »

« L’occupation criminelle [en référence à Israël] est une menace réelle pour la sécurité et la stabilité de la région », a ajouté Badran.

Badran est un haut responsable du Hamas qui vit à l’étranger. Il se trouvait vraisemblablement au Qatar au moment de la frappe.

La déclaration publiée en son nom a semblé indiquer que lui-même n’a pas été blessé lors de la frappe.

Le chef du Mossad se serait opposé au moment choisi pour l’attaque

Certains responsables israéliens, dont le président Isaac Herzog, ont continué à défendre l’attaque qui a pris pour cible les dirigeants du Hamas, arguant que c’était le groupe terroriste, et non Israël, qui empêchait la conclusion d’un accord.

Herzog, qui effectue actuellement une visite de trois jours au Royaume-Uni, a déclaré au Daily Mail qu’Israël s’en était pris à al-Hayya parce qu’il faisait obstacle à la finalisation d’un accord de cessez-le-feu qui ouvrirait la porte à la libération des otages.

« Nous avons pris pour cible Khalil al-Hayya parce qu’il s’opposait à un accord sur Gaza. Il n’arrêtait pas de dire ‘oui, mais’ pendant les négociations », a-t-il expliqué.

Al-Hayya est « le numéro un du Hamas et il a le sang de milliers d’Israéliens sur les mains », a dit Herzog au journal avant sa rencontre avec le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer (à gauche) salue le président Isaac Herzog sur les marches du 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 10 septembre 2025. (Crédit: Toby Shepheard / AFP)

D’autres paraissent toutefois avoir fait preuve d’un enthousiasme moindre à l’égard de cette frappe et ils auraient exprimé des réserves avant qu’elle ne soit approuvée.

Selon un reportage qui a été diffusé, mercredi dans la soirée, sur la chaîne d’information N12, le chef du Mossad, David Barnea, aurait déclaré au Premier ministre qu’il pensait que ce serait une « erreur » de lancer cette attaque au moment choisi, des pourparlers sur un cessez-le-feu et sur l’éventuelle remise en liberté des otages étant en cours.

Le chef du Mossad aurait ainsi suggéré d’attendre encore une semaine avant la frappe avec pour objectif de laisser au Hamas le temps de répondre à la proposition américaine.

« Netanyahu a anéanti tout espoir pour les otages »

De son côté, le Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, a expliqué mercredi au cours d’un entretien accordé à CNN qu’il y aura une riposte à l’attaque israélienne – et que cette réponse est actuellement examinée avec les partenaires régionaux.

Des plans sont en cours concernant l’organisation prochaine d’un sommet à Doha autour de ces discussions, a déclaré al-Thani, sans donner de date précise.

Le Premier ministre qatari a déclaré que Doha réévaluait « tout » ce qui concerne son rôle de médiateur entre Israël et le Hamas sur la question d’un cessez-le-feu à Gaza, ainsi que l’avenir du groupe terroriste au Qatar.

Le Qatar a joué un rôle déterminant d’intermédiaire dans la guerre qui dure depuis près de deux ans, un conflit qui avait été déclenché par le Hamas lorsque les hommes armés du groupe terroriste avaient pris d’assaut le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, commettant un carnage.

Al Thani a précisé qu’il avait rencontré une famille d’otage le matin même du jour où Israël a frappé des responsables du Hamas dans son pays.

Les familles « comptent sur cette médiation pour un possible cessez-le-feu. Elles n’ont pas d’autre espoir », a-t-il noté.

Mais il a ajouté que « ce que Netanyahu a fait hier, c’est tuer tout espoir pour ces otages ».

Il a accusé le Premier ministre d’avoir plongé le Moyen-Orient dans le « chaos » et d’avoir « fait perdre » du temps au Qatar, indiquant qu’il pensait qu’Israël ne négociait pas sincèrement en vue de la fin de la guerre et de la remise en liberté des 48 captifs qui se trouvent encore dans les geôles des groupes terroristes à Gaza.

Il a évoqué le mandat d’arrestation qui a été émis par a Cour pénale internationale à l’encontre du Premier ministre israélien.

« Il doit être traduit en justice », a affirmé Al Thani, qui averti que la région du Golfe était en danger.

Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, s’adresse à la presse après les frappes israéliennes à Doha, le 9 septembre 2025. (Crédit : Karim JAAFAR / AFP)

L’État du Golfe a condamné une nouvelle fois Israël dans un message adressé aux Nations unies, qualifiant les attaques de violations « lâches » de la souveraineté du pays, selon le ministère des Affaires étrangères qatari.

Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, Doha a indiqué que la frappe représentait « une violation flagrante de toutes les lois et de toutes les normes internationales », soulignant que le Qatar « ne tolérera pas ce comportement irresponsable de la part d’Israël ». L’État du Golfe a aussi répété que des enquêtes sont actuellement en cours.

Le pays a également « demandé que le message soit diffusé aux membres du Conseil de sécurité et diffusé en tant que document officiel du Conseil ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU devait évoquer le sujet dans la soirée de mercredi.

Dans un communiqué distinct qui était adressé au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies à Genève, le représentant du Qatar a déclaré que « les violations et les crimes israéliens » à Gaza s’étaient « étendus à des attaques lâches qui ont visé des immeubles résidentiels » abritant des membres du Hamas.

Le ministère a également indiqué que le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed Abdulrahman Al Thani, avait reçu aujourd’hui des appels des ministres des Affaires étrangères saoudien, omanais et émirati qui avaient fait part de leur solidarité, condamnant « avec fermeté » l’attaque.

Le Canada examine ses relations avec Israël

Le Qatar n’a pas été le seul à s’indigner des actions d’Israël. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré mercredi qu’Ottawa évaluait ses relations avec Israël à la suite de ces événements.

Anand a tenu ces propos alors qu’il lui était demandé si le Canada était susceptible de suivre l’exemple donné par la Commission européenne, qui a indiqué qu’elle allait proposer la suspension des mesures commerciales prévues dans le cadre d’un accord entre l’Union européenne et Israël.

« Nous évaluons nos relations avec Israël », a dit Anand aux journalistes en marge d’une réunion du Parti libéral au pouvoir à Edmonton.

Le Canada envisage-t-il de prendre des sanctions à l’encontre d’Israël ? A cette question, elle a répondu : « Nous continuerons à évaluer les prochaines étapes ».

De l’autre côté de la frontière, les responsables, à la Maison Blanche, seraient tout aussi furieux dans la mesure où les responsables du Hamas s’étaient réunis pour débattre du plan de cessez-le-feu définitif à Gaza qui avait été proposé par Washington, selon le site d’information Axios.

Le président américain Donald Trump a déclaré publiquement ne pas avoir été « enthousiaste » face aux frappes survenues au Qatar, ce dernier étant un allié de premier plan des États-Unis. L’État du Golfe abrite la plus grande base militaire américaine de tout le Moyen-Orient.

Selon les informations qui ont été transmises par Axios, les responsables américains ont été également irrités par le fait qu’Israël les avait informés de la frappe trop tard pour qu’ils puissent réagir.

Un autre article du Wall Street Journal a indiqué que Trump avait déclaré à Netanyahu que sa décision de prendre pour cible le Hamas au Qatar n’avait pas été judicieuse. Trump a prononcé ces paroles lors d’un entretien téléphonique qui, a noté le média, a été « houleux ». Le président américain aurait appris que la frappe avait eu lieu a-posteriori et il en aurait été informé par l’armée américaine et non par Israël, provoquant sa colère.

Selon le WSJ, Netanyahu lui a dit qu’il avait eu une brève occasion de lancer l’attaque et qu’il en avait profité. Un deuxième appel téléphonique entre les deux hommes, dans la journée de mardi, a été plus cordial, semble-t-il : Trump a demandé à Netanyahu si la frappe avait réussi, a signalé le Journal, qui a ajouté que le Premier ministre lui avait répondu qu’il l’ignorait.

Un haut responsable de l’administration américaine aurait indiqué que Trump ressentait une frustration croissante face à Netanyahu, estimant que le Premier ministre prenait unilatéralement des mesures qui le mettaient dans une impasse et qui entraient en conflit avec ses objectifs au Moyen-Orient.

Israël n’a pas répondu de manière directe aux critiques américaines et Netanyahu a évité d’aborder le sujet lors d’une cérémonie de pose de la première pierre d’une promenade qui a été baptisée en l’honneur du 47e président américain, dans la journée de mercredi.

Au contraire, il l’a couvert d’éloges, disant que Trump était « le meilleur ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison Blanche ».

« Il a reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël, il y a transféré l’ambassade américaine, il a reconnu notre souveraineté sur le plateau du Golan, il s’est retiré de l’accord nucléaire catastrophique qui avait été conclu avec l’Iran, il nous a aidés à faire face à la menace nucléaire iranienne et il a fait beaucoup d’autres choses encore », a-t-il dit lors de la cérémonie qui était organisée à Bat Yam, selon un communiqué.

« C’est un véritable ami, et je suis fier d’être ici pour rendre hommage au président Trump », a ajouté le Premier ministre israélien qui a ajouté que ce dernier lui avait parlé « à plusieurs reprises de belles demeures en bord de mer ».

« Il m’a confié que nous avions ici de magnifiques atouts avec nos côtes. Il m’a parlé d’un secteur situé un peu au sud d’ici, à Gaza. Il a dit que cet endroit devait devenir un lieu de paix, de prospérité et de belle vie, et non un lieu de terreur. Et il a raison », s’est-il exclamé.

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